Mais regardez qui arrive ! Le poids lourd du R&B international fait son grand retour après une aventure remplie de controverses. En effet, Janet Jackson nous a habitués par ses apparitions remarquées en faisant la une de la presse à scandales et en défiant le puritanisme des États unis pour qui la simple vue d'un sein est un comportement gravissime. Trêves de bavardages, car derrière cette surface peu glorieuse, il convient de faire rappeler que Janet Jackson c'est aussi une figure emblématique du R&B qui a parcouru un chemin impressionnant marqué par de nombreuses récompenses et des millions d'albums déversés dans le monde entier, à se demander presque si le nom « Jackson » n'est pas devenu un label commercial à lui tout seul…
Discipline de Janet représente le 10ème album de la belle et tranche subitement avec le reste de sa carrière, au placard les collaborations de longue durée de Jimmy Jam et Terry Lewis, place à la vague actuelle dominée par des noms comme Ne-Yo, Rodney Jenkins, Stargate et surtout son petit ami Jermaine Durpri avec lequel elle mettra sur pied le label Island Urban affilié à Def Jam. Ces producteurs ont la lourde tâche de remettre en selle une artiste qui s'est enlisée dans le bide intégral de son 9ème essai 20 Y.O. Alors quels sont les ingrédients pour épicer une artiste en pleine crise ? La faire surfer sur les sons qui dominent notre paysage musical et lui conseiller d'aborder des thèmes les plus explicites possible, entendez par là qu'il est bien évidemment question de sexe et pas que dans sa forme la plus érotique…
Car en posant les yeux sur la cover de l'album, l'idée que l'on va écouter un essai qui va nous apprendre comment on doit s'y prendre pour faire ce que vous savez est très claire. A l'écoute, cette impression se confirme, mais avant toute chose, Janet ouvre le bal via une intro qui met bien l'accent sur le modernisme « I.D. » avec un renfort de sons informatiques avant de rentrer dans le vif du sujet avec « Feedback » qui est le single porte-étendard du disque. Rodney Jenkins n'a toujours pas lâché les tambours à ce que l'on voit, il offre une production efficace et percutante capable de faire hurler les boîtes de nuit. Parmi les bons titres de cet essai, citons « Rollercoaster » qui nous donne effectivement cette sensation d'être dans un grand huit, la chaude balade « Can't B Good » qui séduit par ses relents Nu-Soul et le sympathique « Never Letchu Go ». Ces 2 morceaux sont des pistes de reconversion plus qu'intéressantes pour l'avenir de la chanteuse. Pour les collaborations, il faudra se contenter de l'amie Missy Elliott qui pose un couplet enthousiaste sur un « The 1 »
En soi, l'enveloppe de ce Come-Back ne souffre d'aucune contestation possible puisque tout le projet tourne dans l'idée que l'on va partager 2 jours de la vie de Janet dans les clubs, c'est plutôt la forme qui souffre d'imperfections perceptibles. À force de jouer sur le modernisme, on finit par donner naissance à des incohérences comme sur le titre « Rock With You » où on ne sait plus trop où se trouve la frontière entre R&B et Pop généraliste, Jermaine Dupri s'est lâché sur la production, mais à quel prix ? Ce constat peut aussi s'appliquer à « 2Nite » qui est un titre plus taillé pour les clubs. Du côté de la voix, Janet n'a jamais excellé en la matière se débrouillant juste à mettre en avant ses vocalises robotiques et monocordes même si son organe sied parfaitement quand il s'agit d'apporter un brin de sensualité. Tiens venons-en justement à la thématique sexuelle où la belle puise au plus profond d'elle-même pour faire ressortir des discours parfois sensuels, parfois plus délicats comme le prouve bien le verse suivant tiré du titre « Discipline » : “Babe, I need some discipline tonight/ Don't hold back/ I've been very bad/ Make me cry/ Got to make me cry babe/ I misbehaved/ And my punishment should fit my crime/ Tie me to something/ Take off all my clothes/ Daddy I want you to take your time (I'm scared)/ My heart is beating fast/ Shiver as you grab my neck/ Baby, blindfold me daddy/ Is better when I don't know what to expect.” Ici il n'est plus vraiment question d'érotisme, mais bien de contenu plus “douteux” qui nous laisse croire que Janet veut par-dessus tout rêver en l'éternelle jeunesse (ou la beauté éternelle c'est selon) pour embrasser un nouveau succès…
En conclusion, Discipline signe un retour fracassant de Janet dans les affaires, car pour ce qui est de l'innovation, il faudra passer son chemin. Piochant beaucoup trop dans les recettes d'un R&B « facile » et jouant plus la carte d'une musique directe et futuriste, la chanteuse y laisse des plumes en négligeant l'écriture et les mélodies. À force de vouloir savoir de quoi la musique sera faite dans les prochaines années, on oublie les éléments essentiels… Reste que tout n'est pas noir comme le latex puisque il suffirait que la belle se concentre sur une identité sonore pour que la mayonnaise puisse prendre. Dans l'état, ce disque a comme faiblesse d'explorer tous les types d'influences possibles (R&B, Electro, Nu-Soul) et donc de ratisser beaucoup trop large au point de rendre le résultat final diffus et peu convaincant… Mais bon, Discipline est supérieur à 20 Y.O., c'est déjà ça de pris…
À noter qu'il existe une version Collector qui contient un DVD où l'on trouve un Making Of habituel, des séances photo ainsi que le clip du single "Feedback"






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