Sans en remettre une couche, il faut bien avouer que l'aura du Soul Brother n'a connu qu'une descente inexorable vers les tréfonds du scepticisme et c'est bien dommage d'en arriver à cette conclusion… Mais on parle pourtant bien du légendaire producteur qui a créé à partir des matières premières que sont le Jazz et la Soul, des édifices sonores difficilement effaçables de l'esprit de n'importe quel Hiphoper qui se respecte. Adulé pour avoir façonné le son du rap des années 90 et d'avoir incarné une des figures emblématiques du Golden Age, Pete est à l'origine d'un nombre difficilement quantifiable de classiques que ce soit en s'alliant avec la crème de la scène Hip Hop US où en prenant son courage à deux mains en donnant naissance à des projets instrumentaux de premier choix (Petestrumentals et The Surviving Elements). Mais depuis le désormais classique Soul Survivor et mis à part ses aventures instrumentales et son double recueil Lost & Found, il est difficile de collecter des avis unanimes sur le travail solo de Pete qui a à coup sûr fait couler beaucoup d'encre. Son implication dans My Own Worst Enemy d'Edo G n'a pas massivement convaincu même si l'album en lui-même sentait le vécu et la sincérité à des kilomètres à la ronde. Même son de cloche pour le deuxième volet de Soul Survivor, décidément l'année 2004 est placée sous le signe de la méfiance.
Mais l'intéressé ne l'entend pas de cette oreille et après maintes compositions livrées à divers MC, il est temps en 2008 de faire renaître le désir de faire sortir de sous terre un nouvel album, tout beau, tout neuf. Chapeauté par le label de Brooklyn Nature Sounds, NY's Finest part du postulat de réunir le meilleur de la grande pomme… Sur le papier tout du moins, car si on dispose de l'une des légendes de New-York, le casting quant à lui ne répond pas correctement au titre de l'album qui semble du coup incohérent aux vues de la présence de certains blazes qui n'ont rien à voir avec la mégalopole (Jim Jones par exemple). Certes, il ne faut pas faire la fine bouche puisque la simple évocation du Soul Brother suffit à faire rassembler les plus grands soldats du rap game : Reakwon, Redman, Papoose, Styles P, Sheek Louch, le groupe Little Brother, Masta Killa, Royal Flush… Du carburant de premier choix pour faire jaillir les flammes des platines comme l'évoque si bien la sublime Cover du disque qui s'inspire du « Hell » de James Brown.
« We Roll » avec Jim Jones (des Diplomats) et Max B ont la lourde tâche de démarrer les hostilités, un son qui a déjà fait le tour du net puisqu'il a été diffusé avant la sortie physique du disque. Une ligne de basse caractéristique de Pete, une couche organique flasque qui vient se superposer sur la rythmique, rien à ajouter c'est bien du Pete Rock pur jus. « ‘Till I Retire » joue la carte du son « Street » en plaçant judicieusement des scratches jouissifs, le producteur quant à lui se débrouille bien quand il s'agit de s'expliquer avec le Mic… Mais on aurait aimé la présence de CL Smooth qui incarne incontestablement la nostalgie des grands jours, bon on se débrouillera avec les moyens du bord. Arrive ensuite Styles P. et Sheek Louch en forme qui viennent sublimer encore un peu plus la superbe production de « 914 » riche en trompette et en détail Soul de premier ordre, un pur moment d'extase incontestablement. Pour rester dans les moments forts, il serait impardonnable de passer à côté de « Questions » avec Royal Flush en featuring. Sur ce titre on ne sait plus trop ce qu'il faut admirer le plus, Pete Rock qui maîtrise complètement son sujet en samplant le fameux « Concierto de Aranjuez » de Miles Davis ou la rage de Royal qui ingurgite tel un ogre l'instru ? Il est clair que l'on ne sait rien dire, mis à part que le titre dure à peine plus de deux minutes… Quant aux Little Brother, ils répondent toujours présents quand il s'agit de venir prêter main-forte à un nouveau projet du Soul Brother « Bring Y'All Back » et Papoose quant lui pose sur une excellente production « Comprehend »
Been on a lotta tours, seen a lotta whores/Groupies frontin' like good girls but really whores/Recieve a round of applause after remarkable feats/I use the MPC to make y'all this heat/My name's Pete & I make the crowd rock/And I like moving in the whip with a loud knock/This is why, this is why, this is why I'm hot/I'm not MIMS but music's been my savior/Let 'em reminisce or give them something to saviour/Or for nonsense they captivated/The whole damn music industry is saturated/And looking back on them years, yup/I'm glad I made it, I reminisce I reminisce/Yeah I'm glad I made it now that's my favourite/Only to tell these dudes what's real/Cause half of these dudes that's real these dudes that squeal/And the life is I'll, so don't take it for granted/I thank the most high God for my son on the planet.
Ce couplet est tiré du morceau « The Best Secret », ici Pete Rock revient sur ses anciennes gloires, son dégoût face à l'industrie musicale qu'il qualifie comme saturée et incapable de produire des biens de qualité. Une façon de montrer son aversion au contexte actuel… Mais il est néanmoins regrettable de déceler pour la énième fois des baisses de régime qui viennent de manière redondante ponctuer l'écoute. L'auditeur pourra facilement pointer les origines du mal : des productions fades et sans saveur comme « Let's Go », « The PJ's » avec Masta Killa et Reakwon ou encore des instants très « mous du genou » comme sur « That's What I'm Talking About » (même si Rell façonne un refrain efficace). Globalement, on retrouve malheureusement les mêmes symptômes dont souffre Pete Rock comme son manque de renouvellement et de fraîcheur dans son travail. Étrangement, plus on saigne le disque et plus on se rend compte que celui-ci ne suit pas une ligne directrice bien stable. Est-ce la faute au nombre d'invités ?
De manière générale, il manque de la cohérence dans ce bloc, un peu comme si Pete Rock s'était enfermé dans l'époque des années 90 mais sans y apporter un brin de vie. Finalement, la résurrection du Soul Brother ne sera pas pour tout de suite, et pourtant il suffirait d'un simple déclic pour que le résultat puisse s'enflammer définitivement parce que pour ce qui est du travail de sampling, il n'a de leçons a recevoir de personne comme en témoigne le morceau « We Roll » où il sample deux titres des Kool & The Gang (« Summer Madness » et « You Don't Have To Change »). Bref, le potentiel est là, à lui d'utiliser à bon escient la mine inépuisable du Jazz et de la Soul pour nous faire rêver de nouveau.






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