De leur esquisse académique School Was My Hustle qui nous faisait rappeler, non sans une certaine nostalgie, les moments inoubliables du milieu scolaire, les Kidz In The Hall (Naledge & Double O) ont décidé de rempiler pour de nouvelles aventures avec leur deuxième solo The In Crowd. Cette fois-ci, le vent rafraîchissant que nous propose ce binôme ne souffle plus du tout vers le label Rawkus mais prend comme source originelle la fameuse maison Duck Down, repère des Buckshot et Sean Price entre autres. Ce qu'il faut surtout bien avoir en tête, c'est que ce deuxième essai déborde de la simple vague Soul/Jazzy pour visualiser des influences plus catchy et festives. Une prise de position assez étonnante quand on sait que la Soul a été à la base de la réussite du premier volet, plus consensuel il est vrai, mais tout aussi cohérent au final. Un constat qui correspond à cette idée que la formation souhaite par-dessus tout goûter à l'émancipation.
Des couples DJ/MC, on en a rencontré un grand nombre comme Pete Rock & CL Smooth, Kool G Rap & DJ Polo, Gangstarr,… Désormais il faudra compter sur le rappeur Naledge et le DJ Double O qui ont constamment à cœur de reprendre ce son New-Yorkais rempli d'espoir, de laisser de côté le sang résultant de la violence pour mieux le redistribuer dans le Hip Hop qu'ils vénèrent. Cette révérence envers le noble art se matérialise de manière judicieuse sur le géographique « Middle On The Map », titre scindé en 2 parties : dans la première, Naledge invite Fooch pour une petite partie soulful sur fond de voix pitchée avant que la tempête ne se déchaîne sur le deuxième acte où Black Milk et Guilty Simpson, forts remontés, s'en donnent à cœur joie sur une production tout bonnement excellente. Une ode au Midwest qui donnera des leçons à plus d'un. Venons-en justement sur les collaborations qui sont choisies avec intelligence comme le prouve le très bon « Love Hangover » où la protégée de John Legend, Estelle, parvient à se défaire de la composition nerveuse de Double O et redonne du souffle à un morceau qui traite de la tendresse féminine. Quand on parle d'un artiste/groupe qui fait du Rap Soulful, les Little Brother ne sont jamais loin pour profiter de cette teinte musicale… Et c'est chose faite avec le représentant du crew Phonte qui s'illustre sur le très bon « Paper Trail », le thème choisi porte sur l'idée que les MC sont perpétuellement restés accrochés à leurs valeurs de la rue et à leur passion pour le Hip Hop, une mentalité intéressante qui paye encore, car nos amis nous démontrent qu'il est envisageable d'aimer ce que l'on fait et de pouvoir espérer exprimer ses idées dans le monde entier : "I always gotta do my job and stay on top of mine/it wasn't written lil' nigga, it was prophesized/in '03 I dropped Listening and/it took me to Paris, New York, and Michigan and". « Mr. Alladatshit » et ses violons apaisants, le fabuleux « Inner Me » en passant par l'un des meilleurs titres de l'album « The Pledge » qui accueille l'armada Buckshot, Double O réalise un travail exemplaire derrière les manettes et se révèle à la hauteur des invités conviés.
Si Naledge ne manque pas une occasion de divulguer ses messages consciencieux, il peut de temps en temps relâcher la pression et se détendre sur « Black Out », un morceau qui nous rappelle furieusement les grands jours du groupe A Tribe Called Quest avec cette boucle de guitare si caractéristique de leur titre « Excurisons ». Les KITH se permettent même le luxe d'inviter Masta Ace sur le rutilant « Drivin' Down The Block ». Si lyricalement ce n'est pas le top niveau, l'intérêt est à chercher ailleurs, car il est franchement difficile de ne pas s'imaginer en train de rider en centre-ville, sono à fond et avec la caisse qui fait des bons. Dommage par contre que le featuring de Masta Ace soit anecdotique puisque Double O ne fait que reprendre un sample vocal de « Born To Roll »… Bon du moment que l'on passe une agréable écoute, on ne voit pas quelles seraient les objections à formuler.
Juste Blaze a définitivement été un excellent professeur en les poussant à tenter l'aventure musicale et à les inciter à toquer à la porte du label Rawkus. Si les KITH n'évoluent plus dans cette enseigne, ils ont démontré leur aptitude à appliquer parfaitement la théorie enseignée dans leur école à la pratique du milieu professionnel. Des albums de cette trempe exposant au grand jour une confiance mutuelle de ses membres, on en redemande volontiers.






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