Comme souvent, le fait d'appartenir à une culture étrangère vous incite à aborder des thèmes géopolitiques, à décoder les composantes de votre culture d'origine encore et encore… Vous êtes condamné à toujours devoir vous justifier quand un individu de votre culture se comporte de manière scandaleuse, on appelle cela de l'amalgame : généraliser l'action individuelle à l'ensemble de la société dans laquelle vous vous inscrivez. Alors, comment se sortir de ce cercle vicieux ? Excellente question à vrai dire et bien, Rap2K semble avoir trouver une réponse plutôt partielle, il est vrai, mais cependant assez suffisante pour substituer le moyen de communication universel qu'est la parole pour la musique. Autant faire d'une pierre deux coups en rajoutant la dynamique culturelle! Rassurez-vous, Nneka sait mieux que quiconque ce que signifie la culture, elle est née au Nigeria et dès ses 18 ans, elle quitte sa patrie pour un monde meilleur. Arrivée en Allemagne, elle exprime ses différences en choisissant d'étudier l'anthropologie et l'archéologie, deux matières intéressantes pour visionner son pays sous un regard nouveau.
Ce qui ressort de ce No Longer At Ease, et mis à part le contenu musical plus que magistral (on s'étendra plus loin sur ce point) c'est que le contenu thématique véhiculé par Nneka est très concentré. Elle parvient à nous faire ressentir les conflits qui secouent son pays comme la corruption endémique qui frappe de plein fouet ses contrées, ce constat se renforce encore plus depuis la découverte par les Européens d'importants gisements pétroliers qui ont ébranlé la population (apparition de milices armées qui terrorisent et qui attaquent les points de contrôle des sociétés pétrolières en demandant une plus juste rétribution des richesses pour les citoyens suite aux plantureux bénéfices que touche l'état). Tout le concept de la corruption politique trouve son essence dans le nom de l'opus qui reprend le titre d'un livre de Chinua Achebe et qui conte le parcours d'un Européen, nigérian d'origine, et qui refuse de participer au système corrompu du pays. L'observatoire africain représenté par cet album est total et dépasse le cadre même du Nigeria car il peut s'appliquer à l'ensemble du continent comme quand elle aborde l'inertie du monde politique « Suffri ». Mais la force n'en est que plus salvatrice quand elle se décide à ouvrir son cœur comme sur le profond et organique « Running Away » où elle tente avec certaine pudeur d'expliquer pourquoi elle a choisi le chemin de l'exil, la guitare électrique et la voix s'accordent parfaitement pour provoquer un moment des plus spirituels.
On a enfin trouvé le mot qui sied le mieux à cet opus, la spiritualité. La spiritualité qui est au cœur des préoccupations traversée perpétuellement par un nombre important de sujets, une sorte d'atome où le noyau est entouré d'électrons/protons. Un très rock « Focus » s'attelle à illustrer la place du Nigeria dans la forêt des institutions financières mondiales après avoir fait un point sur elle-même avant de s'adresser aux autres « Death ». Parmi les meilleurs titres de l'opus (et Dieu sait que c'est un exercice périlleux), citons le cardiaque « Heartbeat » et le sublime et très massif « Gipsy » qui tel un objet racé, fonce tout droit vous exploser les tympans Que ce soit conceptuellement (Nneka a constamment envie de bouger, comme une gitane, et déclare que la population est motivée par le changement et donc échappe aux réalités politiques) ou musicalement, c'est vraiment une pièce ahurissante. Un mélange d'influences hispaniques renforcé par une guitare qui tranche dans le lard et évidemment, les omniprésents scratches sont là pour sublimer le tout. Ce morceau fabuleux est à l'image de ce deuxième essai, brassant une multitude de matières premières qui sont les outils de communication des populations auparavant (toujours ?) opprimées : Hip Hop, Trip Hop, Jazz, Soul, Nu-Soul, Reggae… Quand elle ne chante pas, Nneka exprime sa rage avec le Hip Hop en devenant un court instant la Lauryn Hill des temps modernes (« Halfcast ») Son discours est très fluide et elle sait vraiment adapter son débit dans n'importe quelles circonstances
La tolérance, la tranquillité d'esprit, l'amour universel… Voilà de manière fort schématique les thèmes que l'on pourrait retenir après ce voyage en compagnie de ce petit bout de femme. Inconsciemment, on se laisse embarquer dans l'odyssée exploratrice de l'Afrique et de ses tenants et aboutissants. On lève le voile sur les richesses individuelles de chaque individu en montant dans une voiture, la destination ? La découverte des personnes qui font le Nigeria (« Street Lack Love ») en espérant avoir fait définitivement disparaître les préjugés et l'idée que le monde occidental est en tout point supérieur. Politique, consciencieux, complexe et marquant, tous ces termes nous ferait presque oublier que cette ogive nous arrive tout droit de l'Allemagne (produit entièrement par le DJ FarHot - retenez ce nom!). Une nouvelle pierre à rajouter à l'édifice de la Soul teutonne après les succès de Joy Denalane, Ayo et Asa.






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