Si vous cherchez dans le rap hexagonal une analogie avec le ‘Gangsta' américain, ne vous prenez pas la tête, allez voir dans la catégorie 'rap caillera'. Et un gros ‘zut' à ceux qui n'aiment pas être catalogué dans des catégories parfois stéréotypées comme c'est le cas ici. Après le premier album des Lunatic, dont l'estime est incontestable, et un léger temps mort depuis son premier opus solo, Booba voit maintenant les choses en grand. Soutenu par tout son département du 9-2, c'est un peu l'icône rap français du moment.
Mais comment expliquer cela… Après avoir, en quelque sorte, je répète bien ‘en quelque sorte', « lâché » son acolyte Ali histoire de faire un sacrifice, tout le monde voyait en lui à la sortie de Temps Mort la relève du rap français. Vantant les mérites de l'indépendance en représentant la structure 45 Scientific, et avec le succès de son premier album, il a quand même bien dû renflouer les caisses : à savoir que les royalties sont d'environ plus de 20% du prix de l'album. Alors qu'a demandé la ‘France d'en bas', un second album. Et B2O s'est vraiment fait désirer…
Ce 2e opus solo n'est pas à mettre entre toutes les oreilles : le mélange des accents caillera et parisien sont très prononcés, ce qui pourrait chez certain rendre l'écoute très lassante et agaçante. Entre temps son flow est légèrement plus rapide, avec toujours ces ralentissements en fin de rimes, décortiquant chaque syllabe. Glacial c'est sûr, mais un peu soporifique. Les textes agressifs et rudement acerbes, et parfois gratuitement vulgaires, peuvent nous faire sursauter par moment histoire de nous maintenir attentif. Pas qu'on soit choqué, mais déçu de voir des propos à la ‘va te faire mettre', aussi original que les ‘fuck y'all' américains…
Mais bon c'est la tendance ‘caillera' bien franchouillarde qui veut ça et beaucoup de jeunes s'y identifient. Le contrat de distribution avec Barclay, peu importe ce que l'on pense, est vraiment là pour vendre, mieux du moins. A vous de comprendre les intentions maintenant. N'allez pas par contre comprendre ce qu'il n'est pas dit, ni même insinué. Booba est tout de même un très bon rappeur malgré ces reproches, et ceci n'est pas une concession. Seulement, il y a comme une part d'authenticité qui s'est effacé au fur et à mesure. Et ceci ne vient pas de son succès, on ne crache pas dessus, mais de la démarche décrite précédemment.
Pour parler de Panthéon, la mise en son est plutôt bonne et les thèmes sont bien choisis, même si la façon de les aborder est fort discutable. Tallac est une attaque à tous ses détracteurs, avec la référence à Booba l'Ourson. Apparemment il n'a vraiment pas apprécié la petite pique de MC Jean Gab'1 (J't'emmerde), mais avec l'intelligence de ne pas en faire trop. Mon Son, qui met la pression, ‘il est mieux que le tien' : c'est qu'il un peu flégon là…Mais la mesure de certains propos pourront paraître anti-républicain, le gouvernement est évidemment l'une des cibles (facile) et principale sur RAP avec Doums. Là encore on voit bien l'influence des engagés Public Ennemy ou autre, avec l'intention de ne pas calmer la situation.
Mais la comparaison avec les ricains ne s'arrête pas là, comme avec Baby, avec ses propos mysogynes et hardcores. Même quand il s'agit d'inviter un bon guest, non c'est pas Ali (dommage) mais Wayne Wonder sur Alter Ego. A croire qu'il a tout de même pris la grosse de tête sans vouloir être péjoratif, peut être depuis qu'il a été nominé aux Source Awards. Pourtant Booba est capable de bonnes choses, comme le métaphorique Numéro 10 aux références footballistiques. Le single La Faucheuse, où Booba est égal à lui-même, représente (trop) fièrement son département du ‘neuf-deux', témoignage d'une colère effacée pour un rappeur à qui tous les coups sont permis.
Quitte à passer pour un bouffon, autant dire ce qui est. Ca ne plaira certainement pas à beaucoup d'auditeurs de lire ceci, néanmoins la virulence de certains propos vaut bien ceux de Panthéon. Le premier opus solo avait plus créé la surprise que ce second, où Booba rejoins le musée de ceux qui ont les chevilles plus grosses que leur ego. Il dérange comme à l'accoutumer mais d'une façon qui pourra paraître rébarbative et déjà entendue, et au final un peu lourde. L'album en lui même est bon album de rap français cru et sans concessions, bref racailleux à souhait. En attendant une prise de conscience, on espère un deuxième album des Lunatic.






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