Ne seriez-vous pas devenu un petit peu mégalomane, Monsieur Diggs par hasard ?
À force de vouloir tout gérer seul ( cf. le dernier effort du Wu-Tang Clan : 8 Diagrams ) on finit par s'attirer des critiques, à votre âge vous devriez le savoir quand même. Enfin bref vous avez raison, le mieux est de faire sa route en solitaire.
Après avoir tenu la barre du navire Wu-Tang Clan sur leur dernière croisière, en décembre 2007, le sieur RZA a décidé de présenter à ses fans son cinquième projet solo. Baptisé Digi Snacks, cet opus au visuel tape-à-l'œil et gorgé d'ego trip se révèle être une nouvelle étape personnelle dans sa carrière après 5 années de disette. En effet, Birth Of A Prince livré en 2003 nous avait laissé quelque peu sur notre faim, comme souvent avec RZA a.k.a. Bobby Digital. Ces derniers temps, les critiques allaient bon train après que ses frères du Wu-Tang Clan, Raekwon et Ghostface Killah aient protesté son travail sur 8 Diagrams, le jugeant comme « trop personnel ».
Depuis l'apogée que connut le Wu-Tang Clan au milieu des années 90, le statut du RZA a bien évolué. De plus en plus proche du septième art au fil des ans, il passe rapidement du grade de MC/producteur à celui d'acteur de films ( American Gangster de Ridley Scott ) et réalisateur de bandes-son (Ghost Dog, Kill Bill ). L'homme se consacrant énormément au monde du cinéma, une question nous vient naturellement à l'esprit. Qu'en est-il réellement de ses capacités musicales actuelles pour livrer un nouvel album solo ? Alors qu'un élément de réponse avait été donné à travers 8 Diagrams, cinquième opus du Clan, en décembre dernier, la confirmation se trouve dans les quinze pistes qui composent ce Digi Snacks.
Moteur – silence, on tourne !
Bobby Digital est une ambiance, Bobby Digital est une atmosphère, Bobby Digital est un personnage qui, par la simple évocation de son nom, emporte l'auditeur lambda vers une musicalité spécifique, la sienne, celle qui l'a fait connaître et qu'il affectionne tout particulièrement. Sans surprise, c'est donc sur cette traditionnelle « ambiance Wu-Tang Clan » que débute l'album. Après une intro ultra ténébreuse, à la limite de la terreur, démarre le mystique « Long Time Coming » avec Danny Keyz au refrain. Premier titre et premières impressions. RZA frappe fort d'entrée, l'ambiance est si incroyable que l'on se croirait presque téléporté au milieu de la Voie lactée : “ It's been a long time coming… / Days, days are turning to nights now / They said... they said I'd be okay / But when I hear those church bells ringing / I begin to pray for today might be my dying day.”
Sur “You Can't Stop Me Now”, Inspectah Deck reçoit un traitement de faveur, car il s'agit là du seul invité de l'écurie Wu-Tang de l'album. Sur ce morceau typiquement Shaolin ( et très bon, au passage ) tout le monde aura reconnu « Message of a Black Man » des Temptations, que RZA a réadaptés à merveille pour l'occasion. Si l'on cherche à classer les morceaux suivant l'atmosphère qu'ils dégagent, on peut ajouter « Bobby Trap » feat. Dexter Wiggles ainsi que « O Day » dans la catégorie lugubre et sombre, à la sauce 8 Diagrams. Bien que ceux-ci soient beaucoup moins accrocheurs, ils trouvent parfaitement leur place sur ce Digi Snacks.
RZA, où plutôt Bobby Digital est un maestro et, comme tout producteur de renom, extrêmement expérimentateur. Dès lors, lorsque le natif de Brooklyn tente de pimenter sa musique à la sauce sudiste, ça donne « Straight Up The Block ». Et oui forcément, lorsque la production est signée David Banner et que, par la même occasion il est présent sur le morceau, le résultat est … étrange. Mais concernant ce titre, il est préférable de laisser la très célèbre formule de Kant : « A chacun son goût » faire son travail. Toujours dans un registre quelque peu douteux, le titre « Try Ya Ya Ya » feat. Monk excelle. La faute à une production sans relief ? Peut-être. La faute à une rengaine qui dure pendant près de quatre minutes ? Assurément ! En effet, lorsque Bobby Digital prend le dessus sur RZA, notre maître d'œuvre éprouve parfois quelques difficultés à contrôler ses pulsions, chose qui peut être un bien comme un mal.
Tantôt terre-à-terre, tantôt dans les étoiles, RZA nous livre avec ce cinquième solo le reflet même de sa personnalité : celui d'un homme aux multiples facettes et définitivement hors du commun. Sur 8 Diagrams, les nombreux refrains chantés laissaient transparaître une forme d'innovation peu commune chez les soldats Shaolin. Ici, le disciple RZA semble avoir apprécié la formule, car sur « Drama », c'est la voix limpide de Thea qui vient accompagner les quelques gammes de piano du virtuose.
Inutile de vous livrer de plus amples informations sur cet opus, ceci vous en gâcherait le mystère. Il faut juste savoir une chose ; quiconque prendra la peine de l'écouter y trouvera son mot à dire, qu'il soit bon ou mauvais. Bien que ce Digi Snacks soit un terrain riche d'expérimentations, le style Wu-Tang Clan y est quand même fortement ancré. Par conséquent, il est nécessaire d'être un minimum « entraîné » afin d'apprécier ce ton musical.
D'une vision plus générale, Robert Diggs nous a pondu un disque honnête qui ne laissera pas de grosses empreintes sur le rap game certe, mais qui aura le mérite de faire plaisir à ses fans… et peut être même à ses détracteurs. Après tout, la musique est faite pour ça non ?
Allé, sans rancune Bobby.






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