La sensation South Young Jeezy réunit en lui des histoires souvent contradictoires : un passé de dealer de cocaïne à Atlanta, il a laissé quelques rescapés de l'ouragan Katrina venir s'installer chez lui, il a été condamné pour port illégal d'arme à feu et sort maintenant avec la star du RnB Keyshia Cole. Dernier fait en date si on peut le présenter ainsi : Michael Phelps, le sportif le plus titré de l'histoire des Jeux Olympiques, a annoncé récemment que Young Jeezy faisait partie de ses influences musicales et qu'il était la cause principale de son inscription dans le panthéon de la mémoire sportive… Il n'en faut pas plus pour augmenter le buzz qui entoure la sortie du 3ème solo The Recession (Def Jam/Corporate Thugz), un disque dans lequel Snowman émet des doutes sur la capacité qu'auront les États-Unis à se relever après la débandade financière qu'a connue le secteur bancaire suite à la crise des prêts hypothécaires, communément appelée « Crise des Subprimes ». Au menu, on retrouve donc des lignes de synthétiseurs amples qui donnent des impressions militaires à l'ensemble, un flow tendu glissant sur les productions gonflées aux amphétamines et une voix puissante et rugueuse disposant de toutes les aptitudes à réveiller les morts.
En parcourant la liste des producteurs, il nous est impossible de ne pas rester sur notre faim. Exit les célèbres Timbaland, Cool & Dre et Three 6 Mafia, Snowman va devoir se débrouiller sans ses munitions fétiches. Avant d'être un relevé catastrophique de l'économie occidentale The Recession porte malheureusement si bien son nom, à savoir un disque où l'artiste a dû mettre la main dans le cambouis pour effacer les moyens financiers plus que serrés. C'est pourtant en se dépatouillant dans les difficultés que Jeezy est arrivé à créer un album pas trop mauvais. Bon, il est clair que l'on va de nouveau devoir se farcir ses gimmicks à répétitions « Yeeeeaaaaaahhh ! », « Haaaah Haah !! » pendant plus d'une heure ainsi qu'une homogénéité musicale des plus gênantes. Mais celle-ci se voit ébranlée par des sons soulfuls assez bien foutus. Par exemple, « Circulate » (produit par Don Cannon) voit le sample de Willie Hutch « Let's The Dollar Circulate » se faire martyriser par le discours cinglant de notre ami. Celui-ci en a plus qu'assez des continuelles flambées des prix des énergies fossiles (Gaz, pétrole) qui vont enrichir les grands groupes multinationaux au détriment du peuple. « Word Play » (produit par J.U.S.T.I.C.E. League) qui reprend le « Come On Down » de Greg Perry illustre l'effort de Jeezy à tâter les beaux textes. Mais cela ne peut faire disparaître les carences importantes que subit le trappeur au niveau de la profondeur des thèmes évoqués, de la technicité de son phrasé et de ses refrains. Cependant, il l'avoue lui-même qu'il n'est pas un intellectuel, préférant camper le rôle de l'espoir face au marasme conjoncturel qui embrase notre société.
Le reste de la trackliste suit fidèlement les codes établis par la Dirty South : des grosses basses lourdes marinées dans de monstrueuses lignes de synthé. Alors parfois ça passe agréablement bien comme sur les terribles « Welcome Back » (produit par DJ Squeeky), « By The Way » et ses génialissimes chœurs d'enfants dès le début du morceau (produit par Terry "T.A." Allen) et « Crazy World » (produit par Midnight Black). Mais on ne peut pas en dire autant de ce qui suit : un pavé déroutant de cinq titres qui utilisent à 100 % les mêmes ficelles, fermez les yeux pendant une demi-heure et vous n'aurez jamais cette sensation d'écouter des titres différents. Des convives répondent présent comme Kanye West sur « Put On » (produit par Drumma Boy), d'ailleurs on ne sait pas trop comment qualifier sa prestation : Inutile ? Aberrante ? Il faut écouter son apparition pour se rendre compte à quel point il se laisse influencer par l'instrument de prédilection de T-pain, le Vocoder. L'effet est horrible et nous espérons de tout cœur que Louis Vuitton Don s'est prêté au jeu pour le délire… Nas poursuit son fantasme de voir arriver un candidat de couleur noire à la Maison Blanche sur « My President » (produit par Tha Bizness), un prolongement d'une thèse déjà largement étalée sur le Untitled. Etrangement, c'est pourtant Young Jeezy qui remporte la palme du couplet le plus intéressant. Pour finir, « Everything » se fait massacrer sa portée mélodieuse construite laborieusement par le classieux Anthony Hamilton. L'auteur ? Le MC Lil Boosie qui porte d'ailleurs si bien son nom.
À défaut d'être un excellent disque de par les lacunes qui émaillent à de nombreuses reprises l'écoute The Recession n'en reste pas moins sympathique grâce à toutes les thématiques qu'il brasse. Il aurait fallu une grosse dose de perfectionnisme dans les productions pour rendre ce disque intense et agréable à savourer dans la platine. Il faudra dès lors attendre une prochaine tentative Monsieur Jeezy pour espérer dépasser l'excellent Let's Get It: Thug Motivation 101, votre premier essai. Mais comme vous le dites, vous aimez aborder la musique comme un truc qui doit être fun et qui doit absolument procurer du plaisir. Et ça, finalement, qui peut vous reprocher d'adopter ce parti pris quand on se trouve dans votre situation ?






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