Il n'est pas rare de voir des rappeurs de bon niveau se rassembler sous un emblème commun pour rehausser leur niveau individuel. C'est ainsi que l'on devrait (logiquement) définir la notion de crew dans le hip-hop. Car l'histoire du mouvement est imprégnée de crew avec comme modèle le Wu-Tang. Ces notions d'individualités complémentaires ou de versatilités des personnalités n'étant pas toujours le maître mot de ces réunions d'emcees, il convient de les souligner dans une époque où le rassemblement de rappeurs engendre généralement un rabaissement des lyrics, se satisfaisant ainsi uniquement du casting.
Cette logique, autant vous le dire, n'est aucunement valable pour le combo de 6 rappeurs qui forment Nappy Roots. Si ce nom ne vous dit rien, sachez toutefois qu'ils n'en sont pas à leurs premiers pas, mais précisément à leur cinquième solo, les précédents ayant été accueillis très chaleureusement par les critiques louant l'originalité du groupe d'Atlanta, là ou la ville se pose en fervente représentante du crunk ou autre Trap Music. Car, le maître mot des projets estampillés Nappy Roots est bel et bien de surprendre et cela passe par des sonorités éclectiques mélangeant country, électro et rap.
Le groupe nous revient donc, après une absence prolongée de 5 ans, on les avait laissés avec un détonnant Wooden Leager. Premier changement notoire : la pochette. Nappy Roots nous avait habitués à un tout autre style davantage fédérateur et souvent moins représentatif du rap en général, alors changement en perspective ? Oui et non… car malgré des sonorités identiques on est en droit de reprocher une certaine facilité sur certaines pistes, toutefois il est bien question de facilité et non de déception.
Facilité donc ? Illustration parfaite en la matière de « Flex » production minimaliste avec respiration saccadée, piste finalement assez expérimentale, car accompagnée d'un refrain inadapté à la production ou bien encore de « Good Day » avec ses chœurs enfantins de fond, qui, il faut le reconnaître, sont monnaie courante ; il apporte toutefois sur cette piste un brin de fraicheur et d'envie à cette bonne piste, ou encore sur le South-anthem « Fresh » et sa production survitaminée, le groupe se donne à cœur joie d'ambiancer ce morceau comme il se doit.
Cette capacité à créer l'adhésion, à faire remuer sur une piste finalement simple sans artifice est une des qualités majeures du groupe et celui-ci n'hésite pas à l'exploiter sur cet opus. En témoigne le bouncy « Who Got It? » avec une vitesse de BPM suffisamment rare chez les Nappy Roots pour être soulignée ou le survolté « Panic Room » avec sa touche féminine au refrain des plus réussis.
Attention toutefois à vouloir enfermer le groupe de Nappy Roots dans un moule on se retrouve face à une vérité troublante : Nappy Roots n'est pas définissable comme un seul style ! Que ceux qui veulent les définir comme smooth écoute le très sombre et non moins réussi « Swerve & Lean », que ceux qui les considèrent comme capable de se suffire à eux-mêmes constate le magnifique apport d'Anthony Hamilton sur « Down N Out » ou que ceux qui les considèrent à des lumières des rappeurs d'Atlanta pour représenter une région se passe le magnifique « On my Way To Ga ».
Car, Nappy Roots c'est ça, tellement et si peu à la fois, la notion d'opposition à un contexte, une ambiance, l'expérimentalisme comme mot d'ordre, la réussite comme résultat et l'indifférence comme punition. A vous amis mélomanes d'un jour ou de toujours, prenez la peine de découvrir ce que ce groupe vous offre, le pari réussi de mélanger hip-hop et… finalement un tas d'autres choses pour offrir un résultat rarement égalé dans son genre… finalement unique.






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