Dans toute cette masse d'album indé/underground sortis ces derniers jours, il y a un artiste qui a plus retenu notre attention que les autres. Pour certains, son nom ne vous évoquera qu'un futile souvenir, mais pour une grande majorité, il sera complètement nouveau dans votre esprit. Et pourtant... après de longues années à s'être fait trop discret, le producteur qui se cache derrière le célèbre « Thieves in the Night » des Black Star (Mos Def & Talib Kweli) compte bien surgir de l'ombre de l'underground pour enfin se faire une réputation du niveau de son talent et de toute l'estime que le milieu lui porte. Productif au compte-gouttes depuis le début de sa carrière, 88-Keys a néanmoins été plus que brillant à chacune de ses peu nombreuses créations et a été sollicité par les Pharcyde, Macy Gray, Beanie Sigel, Musiq Soulchild, Scarface... Dix ans plus tard son tour est venu. Lui qui a commencé à travailler avec Q-Tip, Large Professor ou encore Pete Rock semble prêt à sortir son premier album solo, pour lequel il va donc aussi devoir endosser le costume de rappeur, et espère bien imprégner le Hip Hop de sa touche audacieuse et atmosphérique.
Pour annoncer et promouvoir cette entrée en vigueur comme il se doit, on vous invite très vivement à vous pencher sur sa mixtape « Adam's Case Files », histoire de vous familiariser avec son style, avec ses textes pleins d'humour, de métaphores, avec les samples qu'il affectionne et surtout de ses horizons musicaux exploités qui sont aussi nombreux que les vêtements Ralph Lauren qu'il collectionne comme un fanatique. Victime de la mode, un producteur qui se met à rapper et qui apporte un courant ultra rafraîchissant à base de samples, cela ne vous rappelle rien ? Il n'est pas anodin d'y voir une certaine similitude avec Kanye West qui n'est autre que son pote et qui est d'ailleurs ici le producteur exécutif du disque. L'album jouit d'une ambiance planante, quasi hypnotique lorsqu'il s'accorde avec la moitié féminine des J*Davey sur "Dirty Peaches". Celle-ci s'enrichit d'autant plus qu'88-Keys a eu l'occasion de travailler avec de vrais musiciens (il est également lui-même pianiste). Magnifique alchimie avec la forte présence du jazzman Leron Thomas et de sa trompette ou avec Winston "Wentz" Nelson qui se charge des claviers et de Frank "Frankie Vegas" Romano pour la guitare.
Mais ce qui nous impressionne le plus ce sont les différentes collaborations présentes sur « The Death of Adam » (Deacon Records). Il est en quelque sorte la représentation du Hip Hop actuel avec aussi bien la présence de grosses pointures que des mecs de la nouvelle génération qui s'installent dans le mouvement avec leur style décalé. Redman s'amuse comme un fou sur l'excellente rythmique du tube "The Burning Bush" qui reprend "You've Got My Soul On Fire" des Temptations. Alors que Kid Cudi, la nouvelle signature de Kanye, épaule 88-Keys dans le fil continu de son histoire sur "Ho' Is Short For Money" qui reprend un titre des Wings, groupe formé par Paul McCartney. N'ayez pas peur de l'entrée en vigueur de l'album, le jovial "Morning Wood" avec ses allures Pop qui paraît sortir d'un album des Gym Glass Heroes est dans la forme qu'un momentané passage dans ce délire, mais dans le fond, il est caractéristique de l'attitude et des textes délirants auquel l'auteur va nous convier.
L'originalité d'88-Keys ne s'arrête pas à ses instrus, l'ensemble de l'album est un concept, un livre ouvert sur les relations homme/femme, un scénario dans lequel le corps sans vie d'un certain Adam est retrouvé dans son appartement d'Harlem. Narrateur de ces aventures, il n'y va pas de main morte sur l'énorme "Stay Up! (Viagra)" en featuring avec Kanye West, épisode plus qu'original où le personnage use de la petite pilule bleue après une panne. Premier single et titre phare de l'album, 88-Keys utilise, comme souvent, un effet de voix téléphonique pour lâcher ses lyrics et apporte un sample des Imagination pour harmoniser la track. Sample de voix, univers soulful, l'ambiance est très Kanye Westienne par moment, mais à la fois bien personnelle à 88-Keys, vu qu'il produit tout lui-même d'une part, et qu'on ressent sa propre emprunte dans la conception, son amour pour la musique et une originalité débordante à tout niveau. Autre invité qu'on n'aurait pas remarqué si les crédits ne nous avaient pas mis sur la piste, c'est la petite présence de Just Blaze qui s'occupe des scratchs sur "Nice Guys Finish Last".
« The Death of Adam » est sans nul doute l'un des albums les plus surprenants et les mieux travaillés de l'année. Musicalement génial, on n'est pas surpris d'y voir d'autre valeur sûre comme Phonte ("Close Call") ou l'immense Bilal pour un "M.I.L.F." d'anthologie sur un sample de Sly & The Family Stone. A noter également la superbe pochette réalisée par Yoram Benz. A écouter d'urgence et achat obligatoire pour tous les amoureux de bonne musique.






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