La prestigieuse écurie BBE compte (enfin) un représentant français dans son roster : Clutch Player. A l'écoute de son premier album The Atlantic Connection All Stars (qui voit défiler des têtes d'affiche de l'underground eastcoast et californien comme MED, Sean Price, Doujah Raze et tant d'autres), cela paraissait presque évident de voir figurer cet album dans le catalogue de BBE Records. Rap2K est allé à la rencontre de Clutch P pour répondre à nos grandes questions sur le pourquoi et le comment. Café, clope et magnéto.
Donc au commencement, quand est-ce que tu t'es mis au Hip Hop, à toucher aux machines, etc… ?
Je crois que j'ai commencé à écouter du Hip Hop vers 92-93, mais pas directement par le biais du Hip Hop parce que j'ai vraiment commencé dans le rock et la pop. À cette époque c'était celle du premier album de Rage Against The Machine, des choses comme ça, et moi j'étais à fond dans la guitare, ce genre de choses. C'est en même temps l'époque des House of Pain, les Beastie Boys,… En fait je suis venu par des groupes qui avaient justement un certain lien avec le rock, donc comme les Beastie qui sont vraiment punk à l'origine. C'est par ça que je suis venu. Et puis mon frère s'y était mis avant moi. Je crois qu'un des premiers morceaux qui m'a vraiment marqué, c'était un des morceaux sur Dah Shinin' des Smif-N-Wessun, celui avec la ligne de basse…(il fredonne l'air). Celui-là, puis le Wu-Tang, Gangstarr,… c'est comme ça que j'y suis arrivé, mais j'avais vraiment un bagage qui me conduisait pas forcément au hip hop et je n'ai jamais vraiment laissé mon côté rock. Un de mes groupes favoris, c'est Radiohead. Point de vue créativité, entre chaque album, tu vois la progression, vers où ça va aller, tu sais très bien que ça va s'amener vers quelque chose d'un petit peu électronique. Au début c'était vraiment très brit-pop, il y avait plein d'inspirations de différents trucs dans le premier, après ils ont vraiment augmenté avec The Bends, avec OK Computer tu commences à sentir les premiers virements et Kid A c'est clairement un passage vers une musique très expérimentale. Donc c'est comme ça que je suis arrivé au Hip Hop, par le biais d'autres musiques. Les amateurs de Hip Hop généralement, ils aiment pas le rock, il y a une espèce d'opposition entre les deux catégories d'amateur. De toute façon, tout vient du Blues aujourd'hui, ça a donné le Jazz, le Rock, la Soul, la Funk et après le Hip Hop. Toutes les musiques sont connectées par un héritage commun. Après vu comment elles sont construites et les revendications différentes, il va y avoir aussi des milieux différents, des histoires différentes, elles ont évolué parfois avec des publics antagonistes. Au final, il n'y a pas de barrières infranchissables entre ceux qui n'écoutent que du rock et ceux qui n'écoutent que du hip hop. Et puis si tu veux faire du bon hip hop, il faut justement s'intéresser à d'autres musiques, parce que par définition le hip hop est une musique construite sur l'empreint à d'autres musiques.
Puis après, j'ai commencé simplement à apprendre avec une MPC 2000, il y a 7-8 ans, peut-être même un peu plus. Avant je faisais des chansons tu vois, avec ma guitare, et je faisais quelques compositions, je jouais avec des potes dans des petits groupes, des trucs comme ça. Et donc ouais je me suis chopé une MPC, j'ai commencé à tatônner. De toute façon la MPC, c'est ça, tu lis la notice et puis tu commences à tenter des trucs là-dessus (rires), tout en apprenant plus de choses sur le hip hop en général, en écoute plein d'artistes. J'ai une bonne collection à la maison, après en me plongeant bien dans la Soul, c'est plus le Hip Hop qui m'a amené à écouter plus de Soul, de Funk et de Jazz. C'est comme ça que je m'y suis mis progressivement. J'ai pas changé de structure depuis parce qu'il y a de tellement de bons albums fait à partir d'une MPC, tu peux faire des choses très bien. Mais c'est vrai que par la suite, j'aimerai bien étendre un peu mon matériel pour avoir justement des possibilités différentes, parce qu'au bout d'un moment la MPC ça t'amène – même en essayant de détourner un petit peu – vers un schéma quand même assez classique. J'aimerai mettre plus de pop, des fois un peu plus d'électro dans mes sons. La MPC ça peut le faire, mais tu peux pas complètement te baser là-dessus pour avoir des sons dans cette direction là.
Tu as été approché comment par le label BBE ?
C'est moi qui les approché en fait. J'en parlais justement dans une interview à Rap Mag. L'histoire, c'est juste que je me suis rendu compte qu'en allant sur la page myspace du boss de BBE, qu'il était comme moi très intéressé par le foot (rires), et comme moi aussi par Arsenal. C'était la période de la demi-finale de la Ligue des Champions, et je lui ai juste envoyé un petit message, et puis il m'a répondu et on a commencé à discuter comme ça. On s'est rencontré à Paris, on a passé un petit bout de temps ensemble. Le projet était pas du tout ficelé encore à l'époque, je lui ai dit que je travaillais sur un truc. Puis on a quand même gardé contact, on s'est revu encore une fois à Paris quand il est revenu, mais on n'a jamais vraiment insisté sur le fait que moi ça m'intéresserait de signer chez eux. Et une fois que j'ai fini mon projet, je suis passé à Londres et je leur ai passé un CD. On a discuté, j'ai essayé de développer un argumentaire de ‘pourquoi ça pourrait intéresser certaines personnes', ce que j'ai voulu faire avec ce disque. Il y a peu de nouvelles signatures de Hip Hop sur BBE, en tout cas de gens qui débutent.
La dernière c'est Nicolay je crois…
Ouais Nicolay il était déjà musicien avant.
Il avait déjà sorti le projet Foreign Exchange dessus, et puis il y a eu DJ Vadim dernièrement mais lui il avait déjà un background…
Voilà, là tu vois ils ont sorti un EP de J-Live, c'est pas un type qui débute. Donc, ouais moi ça a été une surprise. J'ai même pas cherché à aller voir ailleurs parce que rien que par rapport à ce qu'ils ont fait dans le passé, ils ont permis à tous les producteurs chez eux (Jay Dee, …), de pouvoir sortir ce qu'ils avaient vraiment envie de faire, ce qui n'était pas possible sur des plus grosses structures.
Et quand le boss de BBE t'a dit ‘ok', le fait d'être aux côtés que des Pete Rock… ?
Et bah voilà, exactement comme tu peux l'imaginer ! (grand sourire) C'est vrai que quand je le disais au début, les gens étaient assez scotchés. J'ai peut-être bénéficié aussi d'un bon concours de circonstance. Je crois qu'il fallait déjà oser, il fallait y aller, on n'a rien à perdre, on s'entendait bien. Tu vois justement le contact, s'ils s'entendent bien, s'ils apprécient les artistes qu'ils côtoient, ils seraient plus prêts à les signer volontiers. Ça reste quand même, pas une ambiance familiale parce que ça reste une entreprise, mais tu discutes avec des amis. Tu perds pas le nord parce que c'est le métier et voilà, mais je crois que ce genre de rapports c'est important pour eux, peut-être que ça a aussi joué. Aussi ils ont voulu faire aboutir le projet et ils m'ont vu après parce que j'ai quand même bien bossé dessus en tout cas. J'ai fait tout ce que je pouvais de mon côté pour aider l'album à être connu. Mais c'est vrai que je me donnais pas un grand pourcentage de chance de signer sur un label comme ça. Mais en même temps je me voyais pas aller proposer forcément à un autre style de label.
Tu ne te voyais pas signer sur un label de rap français ?
En plus je m'y connais franchement moins bien en rap français qu'en rap américain. En même temps il y a des labels qui marchent bien en France. Par exemple Just Like, ils font du super boulot, ils sortent pas mal de choses, leurs artistes sont bien mis en évidence et ils signent généralement des choses intéressantes.
Byron & Onra, Phohat,…
Ouais ça marche bien. En France c'est pas complètement sinistré, je trouve que par rapport à l'Angleterre, le marché du Hip Hop indépendant a plus d'opportunités en France qu'en Angleterre. Mais vu le line-up que j'avais, les noms, les MCs, etc… et le style d'instru, j'avais vraiment envie que ça sorte sur ce style de label. Par rapport à leur passé, ce qu'ils avaient l'habitude de sortir, ça collait bien.
Au niveau de la participation, c'est BBE qui a contacté les MCs ?
Ah non non, BBE a rien vu et rien dit du projet jusqu'à ce que je rapporte le produit fini.
Comment alors ?
Par myspace, pareil ! Il faut profiter de ce système-là. Maintenant c'est vachement plus simplement de rentrer en contact avec des MCs, tant que ce sont eux qui s'occupent de leur page, parce qu'après…quand ils acquièrent une certaine dimension, tu veux envoyer un message à Common par myspace, t'es sûr à 100% que ça va pas lui arriver. Par contre ceux qui ont une certaine reconnaissance et qui sont encore classés dans le milieu indépendant, il y a des chances que ce soient eux qui s'occupent plus ou moins de leur page. Et puis après, si tu leur proposes quelque chose de concret en montrant que t'as des gens qui sont avec toi, ils te prennent peut-être un peu plus au sérieux. Là aussi c'est pareil, il fallait pas hésiter à les contacter, et sur le moment ils étaient bien disposés à faire des trucs, ils ont bien aimé les sons.
Ça t'a étonné que certains MCs aient acceptés ?
Certains oui. Je pensais pas que Sean Price le ferait !
Il traîne souvent sur myspace lui !
Ouais, mais bon tu vois Sean Price il fait partie des gros de l'underground américain.
Tu l'as vu hier à Paris ?
Il était hier à Paris ? J'étais pas au courant tiens… Ouais donc voilà, c'est une question de culot. Moi j'avais vraiment envie d'avoir des noms de MCs que j'écoute depuis des années, que j'adore… Le son sur lequel pose Sean Price, je le voyais vraiment bien dessus. Justement quand je lui ai envoyé l'instru, il m'a fait ‘yo, the beat is fire !' (rires). C'est la combinaison de plusieurs choses : c'est oser, la chance, un projet bien défini, leur montrer que t'es prêt à t'investir dedans, que tu connais bien ce qu'ils ont fait et après, l'autre facteur qui ne se commande pas c'est ‘est-ce qu'ils vont accrocher ou pas à l'instru que tu leur envoies'.
Il y en a qui ont refusé ou qui n'ont pas répondu ?
Non j'ai pas eu trop de refus. Généralement j'ai toujours eu des réponses, après certains voient dans tous les producteurs français ou européens, les petits nouveaux, genre ‘tiens voilà une belle vache à lait, je vais lui demander pour 16 mesures 3000$'. Non justement c'est pour ça que c'est un projet qui, jusque sa sortie, a bien vécu. Il n'y a pas d'obstacles, de freins particuliers. Tout s'est fait assez facilement et simplement.
Et ça t'a mis combien de temps pour faire tout l'album ?
J'avais déjà un certain nombre d'instrus que j'avais mis de côté depuis un moment. Mais à partir du moment où je m'y suis mis vraiment, me lancer sur myspace, 8-10 mois je dirai. C'était assez rapide ! Tu sais à partir du moment où tu as les instrus, et que eux n'ont plus qu'à poser leur couplet dessus, et puis après retravailler de ton côté. La distance complique un petit peu les choses aussi parce que tu peux pas contrôler complètement le planning, eux leur temps libre, relancer, être le plus diplomate,… non c'était relativement rapide.
Et DJ Suspect tu l'as rencontré aussi sur Myspace ?
Non, je l'ai pas rencontré sur Myspace. Je l'ai rencontré au début, parce que j'hésitais à faire quelque chose de moitié français/moitié américain. Mais du coup c'est très très vite parti sur des MCs US, je me voyais pas mettre un ou deux rappeurs français et une dizaine d'américains. Je préférais faire soit moitié-moitié, soit complètement français ou complètement américain, pour garder un peu de cohérence dans le projet. Et j'avais rencontré Daz-ini, un français qui fait des trucs pas mal, et lui faisait un showcase au Twenty-One (quelque chose comme ça), j'étais passé le voir et là justement il y avait DJ Suspect. On s'est revu, et on a de suite commencé à faire des trucs ensemble, ça s'est bien passé. J'aimais bien la façon de faire les cuts, il a un bon sens de la mélodie. J'aime bien les cuts assez classiques, c'est ce que je voulais donc on s'est vite entendu, on a bien bossé ensemble et voilà quoi !
Et justement, tu avais parlé de collaborations rap français, tu as pensé à qui ?
En France, je suis resté un peu sur la belle époque Time Bomb, des choses comme ça. J'étais en contact vite fait, mais vraiment vite fait, avec Oxmo mais il était très occupé, ça s'est vite fait sur hotmail. On n'a pas vraiment gardé contact. Mais des gens comme ça, comme Oxmo ou… (temps de réflexion) j'aimerai bien faire des trucs pourquoi pas avec 20Syl, ce genre de groupe, qui apportent quelque chose mélodiquement, qui ne se contentent pas du schéma classique du rap français. Je dis pas que ça a pas sa place mais c'est le créneau dans lequel je voulais être. Il y a monde, comme Kohndo,… il y a pas mal de rappeurs français qui font des choses intéressantes. Mais moi je suis naturellement plus porté vers le flow américain. Mélodiquement, comme pour moi c'est pas quelque chose fait pour adresser des messages, le sens du texte est pour le moment moins important que l'impression sonore générale. C'est plus une question de mélodie, de la langue anglaise, du flow…Ce qui veut pas dire que pour le prochain – si je peux en faire un prochain – je ferai pas moitié-moitié ou complètement français. Je trouve justement intéressant de mélanger les deux, et encore une fois tu te compliques encore la tâche parce que c'est pas facile de mélanger rap français et rap américain sur un même morceau. Hocus Pocus l'a bien fait justement avec The Procussions et T-Love sur euh (hésitation provoquée par une petite perte de mémoire)…
« Vocab ! »
Ouais voilà ! Donc voilà, pour la suite, pourquoi pas. Il y a un bon vivier en France qui bénéficie pas encore de l'exposition qu'on pourrait espérer. Et puis tu vois que ça prend du temps parce que Hocus Pocus ça date pas d'hier, ils ont mis du temps avant d'arriver sur une grosse structure qui leur apporte une belle diffusion.
Leur nouveau disque a début 13e au top-album, sans vraiment de support et tout…
Ouais pas mal ! Ils ont même eu une chronique sur France Info. Une chronique de l'album d'Hocus Pocus, ça veut vraiment dire qu'ils ont franchi une barrière. Ils sont passés vraiment de l'underground pur à un circuit de promotion, de distribution plus ‘mainstream', tout en gardant leur son.
Ils sont chez Universal Motown maintenant.
Oui, on sait très bien qui dirige Motown France, c'est pas forcément une garantie…Non je sais pas ce qu'elle (Diam's, NdR) fait d'ailleurs. On peut pas lui reprocher de faire ce qu'elle fait, ça marche pour elle, tant mieux.
Tu t'es fait approcher un peu par des artistes français ?
Français un petit peu, mais surtout américains. Là j'ai fait quelques instrus pour un groupe signé chez Rawkus qui s'appelle The Regiment. Il sont nouveaux, mais ils sont plutôt pas mal, et ils ont posé un truc sur un de mes instrus. C'est plutôt bien, c'est un groupe de Detroit, ils sont très jeunes, ils ont entre 20 et 22 ans et ils ont réussi à signer chez Rawkus, donc bon petit groupe. Des contacts, j'ai été contacté par … Royal Flush (à mon grand étonnement qui le fit rire). Il m'avait envoyé un message genre ‘Tu sors un album sans le MC le plus chaud de NY?'. Ouais j'aimerai bien ! Après il y a beaucoup de MCs américains que j'aimerai contacter mais après ils sont plus ou moins accessibles. Voilà, un truc avec Masta Ace...
Masta Ace il y a peut-être moyen ! Il a déjà bossé avec un Full One.
Ouais. Par contre je kiffe Common mais là, c'est une autre sphère. Mais après il y a des MCs/producteures genre Kero One… Il y a pas mal de monde. Tout est petit, après c'est une question de temps, de moyens,… Justement avec Myspace, il n'y a plus vraiment de limites, jusqu'au jour où Myspace deviendra trop gros et qu'il y aura autre chose qui prendra la suite, ou que les rappeurs abandonneront le suivi de leur page perso, parce que ça devient ingérable…Parce que c'est compliqué hein ! Un MC qui est bien connu et qui gère sa page, il doit recevoir j'sais pas combien de messages ou de propositions par semaines. Ça a apporté quand même beaucoup de facilités pour bosser à distance.
Dans ma chronique je parlais d'influences de DJ Shadow, Pete Rock, les prods des NTM… il y a d'autres choses que tu voudrais rajouter ?
Non globalement c'est ça, c'est vrai que moi je suis très, sur certaines instrus un peu classiques, je suis bien Gangstarr, New-York style Beatminerz…Après (on en parlait tout à l'heure) sur la façon de chanter, j'aime bien mettre des voix entières, un peu comme faisaient les Who dans les années 60. Radiohead aussi,…Mais c'est vrai que DJ Shadow, sur certains breaks et beats, moins sur son dernier…
Oui il est parti dans un trip Hyphy…
Ouais il a voulu faire du crunk…mais ouais globalement moi je suis plus Eastcoast années 90 que Westcoast même si je peux m'écouter un South Central Cartel avec plaisir ou un vieux Paris. Mais c'est pas le genre d'instrus que je fais. Après il y a toute la clique Stones Throw, Madlib, Jay Dee, ce genre de prods. Après en rap français, j'aime beaucoup aussi écouter NTM, c'est vrai qu'à la bonne époque de NTM il y avait des bonnes prods…
Assez jazzy, à la Pete Rock !
Ouais ! Justement de ce côté-là, tu avais plutôt vu juste.
D'autres projets en vue donc ?
Bah justement j'ai fait deux morceaux avec The Regiment, et puis un petit truc un plus expérimental, rien de sûr pour l'instant. J'ai fait des choses qui ressemblaient plus à AIR que vers Hip Hop, ce genre de mélodie…
Un peu comme sur ton album, avec des mélodies de guitare sèche.
Ouais j'aimerai bien mettre une petite dimension, un peu faire du ‘hip pop' si tu veux. Si je pouvais faire un album complètement pop un jour, ça me plairait, vraiment des chansons. Ou alors un truc…
Pas un truc comme Teki Latex j'espère (rires) !
Non non non (rires), pas du tout. Justement Teki Latex, c'est quand même chaud : il bénéficie d'une énorme médiatisation pour un album qui… on ne va pas trop s'étendre là-dessus quand même. Non mais franchement un jour j'aimerai faire un album où il y aurait un morceau de hip-hop, un blues, un morceau de jazz, un morceau de pop, un morceau de trip-hop, tu vois. Une sorte d'album concept avec des essais d'adaptation de genre, mais alors là par contre je pense que c'est très compliqué de sortir un album comme ça aujourd'hui parce quand tu le donnes à un distributeur, il ne sait pas où il va le mettre. Tout ça c'est un peu compliqué.
Même pour BBE ?
Ouais BBE d'accord, mais même pour la promotion, c'est super compliqué parce que tu serais censé t'adresser au média et au public qui est ciblé par rapport à ce que tu as fait avant, ou alors ciblé par un ou deux morceaux de l'album. Mais c'est vraiment quelque chose que j'aimerai vraiment faire, ce melting-pot de tous les styles. Il faudrait trouver un dénominateur commun qui pourrait être un peu le Hip Hop, en rajoutant des MCs. J'ai l'impression qu'on se décloisonne un peu, après on va voir jusqu'où ça peut aller, parce que encore une fois ça dépendra et des débouchés que ça peut avoir pour ce genre de musique. Là aussi la créativité est tributaire des supports et des médias qui peuvent diffuser ce type de musique. Si t'as pas de radios qui peuvent diffuser ce genre de chansons, malgré toute la créativité du monde, ça serait pas possible que ça fonctionne. Quand tu veux sortir un projet, que ce soit sur des créneaux qui sont au moins balisés, des sentiers connus.
De quoi tu t'inspires pour ça ?
C'est pour ça que j'incite vraiment à la curiosité. Cet album-là, allez écouter ailleurs, se décloisonner justement de ce qui l'on écoute d'habitude, pas forcément d'inventer des outils nouveaux, mais d'apporter des touches différentes sur des ordres qui sont à priori figés.
J'en reviens à ton album, il y a un morceau que j'ai bien kiffé, c'est « A Werewolf in Paris ». J'ai déjà entendu le sample que tu utilises mais je ne me rappelle plus ce que c'est.
Tu le dis en off ? (rires) c'est ########## (un bon point à ceux qui l'ont reconnu !). Effectivement, on le reconnaît que sur la bouche d'intro et sur la fin. J'aurais pu l'enlever mais bon…C'est assez sympa parce que c'est une histoire qu'il (Splash, NdR) a construit dessus, il a un bon flow, c'est vraiment bien adapté à la structure du beat et du sample. C'est un morceau que j'aime bien aussi.
On approche de la fin de l'interview, tu as des remerciements à faire ?
Déjà je remercie tous les MCs qui ont voulu prendre part à ce projet, par rapport à quelqu'un qui sortait un peu de nulle part. C'était pas couru d'avance. Mais surtout je remercie toutes les personnes qui comme toi s'interrogent sur le pourquoi du comment de l'album, qui se demandent ‘qu'est-ce qu'il y a derrière', ‘qu'est-ce qu'il a voulu faire'…Moi mon mot de la fin, c'est qu'il faut le plus possible s'ouvrir dans tous les genres musicaux, qu'on pourra vraiment faire de la meilleure musique que si l'on accepte d'aller voir ailleurs. Il y a des choses intéressantes dans tous les styles. C'est l'ambition de l'album, de mettre à bas des barrières qui s'entretiennent elles-mêmes.
Plus d'informations sur Clutch Player sur:
www.myspace.com/clutchparis
La chronique d'Atlantic Connection All Stars






Les dernières chroniques