Le Hip Hop en France a le moral dans les baskets. Le mouvement s'essouffle, les poids lourds se tirent dans la pattes, musicalement ça tourne en rond et au drame... Mais ceci ne tarit en rien l'amour qu'à Sat l'Artificier pour sa passion. Lors d'une (très) longue entrevue avec Hamed, l'ex-rappeur de la Fonky Family nous raconte la conception son album Second Souffle, son émancipation artistique, l'état (catastrophique) du rap français, des anecdotes personnelles et le tout avec une nostalgie non dissimulée. Rencontre avec un MC qui a vécu, vit et vivra le Hip Hop de Marseille, sa ville.
Merci de m'accorder cette interview !
Merci de venir la faire, échange de bons procédés et de politesses (rires) !
Peux-tu nous faire une présentation de l'album pour commencer ?
J'ai commencé à bosser sur l'album l'été 2006. J'avais quelques textes qui traînaient comme ça de gauche à droite, quelques sons soit que j'avais fait et que j'avais mis de côté ou qu'on m'a fait parvenir et que j'aimais bien. Donc c'est parti là, les textes que j'ai aimé, je les ai continués, écrit des refrains, structurés, je leur ai cherché des instrus… Puis je me suis pris au jeu, voilà, je m'étais pas vraiment fixé de faire un album. J'écrivais, je prenais plaisir, je m'éclatais, tout simplement, sans pression tu vois, complètement relâché. Le jour j'étais en mode « Coupe du Monde » puis le soir dès que les matches étaient terminés, je me mettais au taf. Puis très très vite, je me suis retrouvé avec 9, 10 titres, donc j'ai écouté tout ça et je me suis demandé ce que j'allais en faire. Je me suis rendu compte que dans le lot, y en avait 2-3 qui me tenaient vraiment à cœur et je les ai mis de côté.
Les premiers titres ça a été « Marseille City », « Une voix me dit ‘fais-le' » et « Le show continue ». C'est-à-dire trois morceaux très différents les uns des autres : « Le show continue » est un titre conscient, un constat dans le monde lequel on vit, « Marseille City » un tableau très obscur de la ville dans laquelle je vis, et « Une voix me dit » qui est un titre où je me retrouve un peu avec moi-même, où je fais le point où j'en étais dans ma vie, dans la musique à ce moment-là. Puis donc j'ai demandé aux gars avec qui j'ai bossé mon premier album, qui sont aussi des amis que ce soit Medeline, etc… de m'envoyer leurs dernières prods. Voilà, ça s'est fait comme ça, de fil en aiguille. Vraiment la nouveauté je crois, c'est que depuis un certain temps j'ai retrouvé un plaisir que j'avais peut-être perdu…
Pourquoi tu l'as perdu ? Comment ça se fait ?
Je sais pas ! Au bout d'un moment, les choses s'étaient tellement enchaînées, à un rythme tellement rapide que j'ai perdu de vue pourquoi je continuais à faire de la musique. J'en faisais parce que c'était devenu une routine tu vois. C'est comme quelqu'un qui va à son job sans se poser la question. Et je continuais à ramer, je continuais à écrire. Attention, j'aimais toujours ça ! Mais je crois qu'il manquait ce brin de passion, de plaisir que j'avais à mes débuts et qui se sont un peu estompés au fil du temps. C'est l'accumulation des titres, des albums…Et puis là j'ai acquis du matériel qui m'a permis de maquetter tranquillement chez moi, donc c'est devenu mon jouet, je m'amusais tout simplement. Et puis les titres se faisaient instinctivement les uns après les autres. Je m'étais pas mis de pression. Puis voilà, de dix titres je suis passé à quinze, à vingt donc là je me suis dit ‘c'est pas rien' et qu'il était peut-être temps que j'organise tout ça, que je reprenne tout depuis le début et que je fasse le tri au niveau des sons, des textes, de voir ce qui allait peut-être atterrir sur un album.
Et là je suis vraiment rentré dans une phase de production d'album, je me suis coupé du monde, seul avec moi-même. Je me suis dit « fais cette album presque comme si c'était le dernier » (j'ai pas dit que ça serait le dernier), c'est-à-dire « parle des choses qu'au fond de toi tu as envie de parler', de thèmes dont je n'étais pas prêt jusqu'à présent. Musicalement parlant, j'ai toujours voulu me faire plaisir, bosser avec des musiciens. J'ai la chance d'être signé sur une major et peut-être qu'ils vont te virer un coup de pied au cul donc fais-le maintenant ». C'était comme ça, j'ai commencé à me fixer des objectifs, à vouloir faire un album qui me plaise, me ressemble. Pas un album pour plaire, pas un album pour faire comme tout le monde fait, pas un album à la mode avec des rappeurs à la mode et des producteurs à la mode. Non, je voulais me faire un album qui me plaise à moi et qui me représente. Voilà, ça a pris du temps, je me suis assez rendu fou. Au niveau de l'écriture j'ai travaillé comme jamais. Si tu croises les gars qui ont fait mes sons, tu pourras leur demander, j'ai travaillé très très dur, j'ai été très exigeant, beaucoup travaillé, retravaillé et ainsi de suite pour arriver à un truc que je puisse assumer à 200%, que je puisse réécouter dans dix ans et me dire « à ce moment-là de ma vie, c'était ça que je voulais faire, je crois pas que je pouvais donner mieux que ça ».
C'est fini au fait que j'ai fait une trentaine de titres, y en a certains que j'ai dû sacrifier, pas parce que je les aimais pas mais peut-être parce que j'ai trouvé qu'ils ressemblaient trop à un autre, que je commençais trop à me répéter. Il a fallu faire un choix pour avoir un album équilibré et qui me ressemble, à savoir l'album de d'un type de 30 ans qui revient à la case départ, qui repense à son enfance en passant par son adolescence (l'école, les potes, les filles, la musique, les hauts, les bas), les moments de joie, de tristesse, la paternité,… toute l'évolution du monde, de ma vie, du rap. C'est l'album du gars qui fait ‘pause' dans sa vie et fait un ‘retour rapide'. Mon ingénieur du son m'a dit que ça lui faisait penser un peu comme des montagnes russes : ça s'emporte, ça se calme pis d'un coup ça repart. C'est un peu ça, à l'image de ma vie, de tout le monde, des sentiments universels. C'est un album qui se veut très autobiographique, très personnel, très intime et ça a vocation de parler à beaucoup de monde parce qu'on a tous pleins de points communs avec nos vécus et nos histoires à chacun. (temps de pause) ça y est j'ai fini, j'ai répondu à toutes tes questions ! (rires).
Peux-tu nous faire un point sur ta carrière, de Si Dieu Veut à aujourd'hui ?
On va dire que les gens m'ont découvert avec le reste du groupe Fonky Family. Pour le grand public, c'était sur l'album d'Akhenaton (Métèque et Mat), où l'on était les seuls invités de l'album sur le titre « Bad Boys de Marseille ». Titre qu'on a remixé par la suite avec le clip qui a été tourné à New-York et c'est finalement ça qui nous a vraiment révélé, parce que le titre a eu un énorme écho, le clip tournait beaucoup. Ça nous a permis de faire des scènes un peu partout en France, pour montrer qu'on n'était pas que les bad boys de Marseille ni les petits protégés d'IAM, il y avait une vraie histoire, un vrai concept. On a voulu montrer qu'on ne se limitait pas qu'à ça, c'est devenu notre marque de fabrique, le côté un peu rebel et insoumis. De là les choses se sont très vite accélérées avec la compilation Chroniques de Mars, sur des morceaux comme le « Shit Squad » qui est un peu devenu un hymne pour toute une génération (il explique ensuite les réactions de certains jeunes qui venaient vers eux pour leur demander à fumer). Mais c'est là que tu te rends compte que lorsque tu écris un texte dans ta chambre, dans un studio, tu peux atteindre des centaines de millier de personnes et de gamins, et c'est là que tu te rends compte de l'impact et de l'importance de ce que tu peux raconter dans une chanson. Il faut faire attention à ne pas raconter de conneries dans une chanson, parce que ça peut avoir un impact dans un sens comme dans l'autre.
Donc ça c'était pour la petite parenthèse. Ensuite ils ont décidé de monter le label Côté Obscur et qu'on soit la première signature du label, s'en est suivi l'album Si Dieu Veut (Inch Allah) qui a été un succès on va dire dans tous les sens du terme, tant au niveau du public rap, que de la critique. Là encore maintenant dix ans après les gens en parlent comme d'un classique, ce qui fait vraiment plaisir pour un premier album. C'est un album qui a marqué toute une jeunesse, toute une génération. Ça a eu un impact qu'on n'aurait jamais pu imaginer ! Derrière ça, s'en est suivi la participation à la BO de Taxi avec le titre « L'Amour du Risque », le Hors Série vol.1 avec le titre « Si Je Les Avais Ecouté ».
Après ça, il y a eu l'album Art de Rue, qui a plus été un succès d'ordre commercial, dans le sens où on a pété les scores. Mais on s'était mis en danger aussi parce que ça aurait pu ne pas marcher. Mais avec Art de Rue on a touché un public encore plus large, peut-être un peu plus jeune. Mais bon, c'était pas une volonté, on avait de faire ce qu'on avait envie de faire sur le moment et ça a donné ça. Après si tu me demandes personnellement quel album je préfère des deux, je préfère Si Dieu Veut, mais j'estime aussi que dans Art de Rue, il y a des énormes titres aussi. C'est vrai que cette couleur-là était vraiment voulue dans le sens où Si Dieu Veut était un album que l'on avait écrit pour être écouté dans les voitures, dans les halls d'immeuble, mais sur scène on se faisait un peu chier. Les beats étaient très lents, les morceaux très mélancoliques puis d'un seul coup avec un titre comme « Sans Remission », aah d'un seul coup on s'excitait, d'autres morceaux comme « Cherche pas à comprendre »… Donc on s'est dit que le prochain album, on va faire un album pour la scène. C'est ce qui explique qu'Art de Rue a été un album très dynamique avec des tempos et des BPM rapides. Après ça s'en est suivi le Hors Série vol.2, c'est pas forcément un grand souvenir artistique…
Pourquoi ?
Pourquoi, je sais pas… avec le recul, je me dis que c'est pas les meilleurs qu'on a fait qui sont dedans. Faut savoir reconnaître aussi par moments quand tu as une baisse de régime. Derrière ça, j'ai enchaîné mon album solo (Dans mon monde, NdR). La différence avec celui-là, c'est que le premier je l'ai fait sans trop me poser de questions. J'étais dans la lancée, je prenais les sons « ok ça me plaît ». Par la suite je me suis rendu compte qu'il y avait certaines défaillances, mais bon ça sert toujours les erreurs pour se connaître. Puis bon, de nombreux featurings sur lesquels on ne va pas revenir dessus, de nombreuses participations sur plein de projets (que ce soit des albums, des compilations, des maxis…). Et puis après il y a eu un laps de temps assez creux qui a été consacré à la préparation de l'album Marginal Musique, le troisième album de groupe. Pis fff, de 1998 avec le premier album du groupe avec Si Dieu Veut, à aujourd'hui avec mon nouvel album, ça fait dix ans, avec une carrière assez pleine. J'ai la fierté de me dire que dix ans après je suis encore là, et j'espère être encore là après. Mais tu vois ça faut que je sache l'apprécier. Et voilà, j'ai le sentiment d'avoir repris du plaisir à faire ça, et j'ai plein d'idées pour l'avenir.
On peut dire que tu fais un peu partie des précurseurs de la nouvelle génération…
Bah pour moi, il y a la toute première école avec IAM, NTM, Assassin… Après pour moi il y a eu une 2e école un peu intermédiaire avec surtout le Secteur Ä, qui ont pu occuper le terrain à un moment donné. C'est vrai qu'il y a eu une déferlante X-Men, Time Bomb, Sages Po',… l'âge d'or du rap français et dont on est tous nostalgiques aujourd'hui. Je me disais la dernière fois avec mon DJ « putain on a eu la chance de vivre ce truc ». Donc d'un côté si tu veux, on a vécu l'âge d'or du rap américain en 93-94 avec Wu-Tang, Nas, tout ça, et de l'autre les Snoop, les Dr Dre, on se les ai pris de plein fouet dans la gueule et après ça on a eu l'âge d'or du rap français. Même si ça a dû finir un jour, on a eu la chance de vivre ça de l'intérieur.
Justement, comment tu appréhendes l'évolution de la culture Hip Hop ?
C'est catastrophique. C'est catastrophique… J'sais pas, c'est général quoi, c'est dans l'état d'esprit. Il y a dix ans de ça c'était pas la joie mais bon, autant il y avait un bon esprit dans le milieu. Tu vois, il y avait toujours des petites histoires, mais vraiment c'était des petites affaires personnelles. Il y avait pas toutes ces histoires de beef, ça s'insulte dans les chansons, et tout le monde y trouve son compte. Quand je dis ‘tout le monde', c'est les médias, le public, les rappeurs eux-mêmes, jusqu'au jour où quelqu'un va y laisser sa peau. Mais finalement c'est un peu notre faute aussi, il va falloir en arriver jusqu'à là pour que les gens retrouvent un peu la raison, qu'on est dans une escalade et ça s'entend tu vois. Voilà, c'est ça qui me désole un peu, avant il y avait beaucoup plus de collaborations, c'était plus bon esprit, il y avait moins de jalousie, de mauvais fond, les mecs sont haineux, sont rageux, c'est malsain tu vois ! Alors qu'avant on pouvait tuer quelqu'un sur un morceau mais dire « respect, tu nous as tous niqué ! » Et puis il y avait un truc positif dans le sens où ça t'incitait à essayer de faire mieux et pour autant pas reproduire la même chose.
Maintenant les gens aujourd'hui, en plus de se mouvoir dans ce mauvais esprit, ce mauvais climat général, c'est ce côté ‘il y en a un qui fait un truc, ça a marché, tout le monde fonce là-dedans !', que ce soit dans la teneur des propos, dans le flow, dans la façon d'aborder les trucs. Et musicalement parlant, il suffit qu'il y en ait un qui fait un truc qui marque et que le public aime, tout le monde va faire ça. Je trouve que ça c'est désolant. Alors que justement à l'époque, t'entendais un mec qui déchirait, tu disais « ok bon faut que je déchire aussi » mais faut pas que je reproduise la même chose. Ça sert à rien ! Quand il existe l'original, faut pas s'intéresser à la photocopie ! Pareil, je trouve qu'il y a de moins en moins d'originalité aujourd'hui mais quand y en a, malheureusement les gens suivent. Mais quand on apporte un style, un concept, ça paie ! Pas forcément en chiffres de vente ou de rentrées financières mais faut pas aller plus vite que la musique. La musique c'est par stade, par palier, faut se faire connaître, se constituer un public, faut se faire un nom pis au bout d'un certain faut espérer vivre de ton truc.
Donc voilà, je trouve que le constat général il est pas très bon, et tu vois ce qui me désole par dessus tout (mais ça, ça n'a rien à voir avec nous), c'est qu'après tout ce temps-là, les succès dans le rap en terme de ventes, d'impact sur le public, notre culture n'est toujours pas reconnue à sa juste valeur, alors que tout le monde récupère plus ou moins notre culture : la publicité, le cinéma, la mode, en passant par tout, partout tu retrouves des éléments. Alors qu'il y a toujours des gens qui sont là pour stigmatiser, toujours les mêmes stéréotypes sur nous qui circulaient déjà à l'époque d'IAM et de NTM et encore aujourd'hui. C'est pas normal tu vois, j'ai l'impression que plus le temps passe, les choses avancent pas. C'est assez désolant, en 2008 de toujours avoir des clichés sur le rap. Heureusement qu'à côté de ça, il y a encore des artistes qui me font vibrer, et que quand j'écoute des trucs, je me prends des tapes dans la gueule, ça me fait plaisir.
Sur la tracklisting de l'album, il y a un morceau qui s'appelle « Le bon vieux temps ». Tu peux nous dire comment est arrivé ce morceau ?
En fait ce qui s'est passé, c'est que c'est le gars qui m'a fait parvenir le son, c'est un ami à moi qui s'appelle Salim. C'est un gars qui bosse avec son frère (des Frérots Prod), issus du 93 à Aubervilliers. Et donc on était en pleine nuit, on cherchait l'inspiration, lui cherchait du son, on était sur webcam comme ça et tout. D'un coup j'le vois il s'excite et il me dit "halala, j'ai trouvé le sample et tout, tu vas péter un câble!" Vite fait, il met le sample en boucle, tape un beat vite fait et il m'envoie le truc. Je lui ai dit "je serai vraiment un gros connard si je prenais pas le son", je devais faire quelque chose dessus. Alors j'ai pris le son, j'ai écouté, j'ai écouté... Puis je me suis dit "il faut que je respecte la musique", je ne peux pas me permettre de partir en freestyle, faut vraiment trouver un thème qui colle vraiment à ça. Puis j'gambergeais, j'gambergeais... et ça venait pas. Et ce qu'il s'est passé, en faisant un peu le tri, un peu de rangement dans ma pièce parce que c'était un gros bordel, je suis tombé sur des vieilles photos, des photos d'enfance, des potes du quartier, des amis... Ca m'a fait du bien parce qu'à cette période-là, j'étais pas très bien non plus tu vois et d'un seul coup ça a été une bouffée d'oxygène, ça m'a redonné le sourire, j'ai repensé à plein de moments, je me suis retrouvé à faire des fous rires tout seul ! Ca m'a tellement mis de bonne humeur que je me suis dit "il faut que je fasse un titre sur le bon vieux temps".
J'ai voulu le découper en trois parties. En premier, c'est-à-dire la petite enfance où tu vois avec la famille, où tu es petit, tu découvres le monde, tu as juste des souvenirs familiaux. Après une seconde partie où tu es plus à l'adolescence et tu commences un peu à t'émanciper. Et puis la troisième partie, où tu pars de l'adolescence au monde adulte. On va peut-être dire que c'est un des rares morceaux de l'album qui met de bonne humeur, où j'apaise un peu la tension. Alors après, c'est une fois que j'avais écrit mes couplets que j'ai fait écouter la maquette à Salim et il s'est dit "OK, le morceau est bien mais il manque quelque chose". On s'est dit "ça manque un peu de musicalité" parce que bon, la boucle était riche, on s'est dit "on va faire rejouer la basse". On s'est dit "ça suffit pas, il faut des claviers". Ca suffit toujours pas, il fallait des éléments techniques. Donc on gonflé le son avec des musiciens, et après ça il manque toujours quelque chose. C'est un titre où il y a de la Soul : faut que ça chante. Et il manquait encore une touche, alors pourquoi pas une petite chorale de gospel. On a fait venir 5-6 choristes, et on leur a fait chanter des choeurs en studio et ça a été un grand moment pour moi. Je suis très très fan de Soul, de Funk, de Disco (j'en écoute énormément chez moi, dans ma voiture, etc.). Je voulais qu'il y ait ça dans mon album, je l'avais jamais fait. Franchement ce titre-là, j'ai une fierté particulière parce que j'ai l'impression d'avoir cassé un peu les codes du "rap français classique", vers des inspirations qui peuvent être celles de Kanye West, de Just Blaze aussi. Puis comme j'écoute Common, tout ça, ce sont des choses qui j'écoute beaucoup mais dont j'essaie pas de m'inspirer forcément. En tout cas, ça avait sa place dans mon album jusqu'au délire de l'interlude qui suit et qui amène le morceau d'après « Que sont-ils devenus » qui est le penchant du mauvais temps.
On va y revenir, il y a justement ce côté positif et négatif. Ce morceau sur tes potes d'enfance, est-ce que tu leur as fait écouter?
Bah ouais, il y en a certains à qui j'ai pu le faire écouter, et certains à qui j'ai pu, soit parce qu'ils sont pas là, soit parce que je sais pas si je le reverrai un jour tu vois... C'est ça que j'ai voulu souligner. Je voulais faire le paradoxe entre justement le "bon vieux temps", où on était enfant, on était insouciant, enfant on avait pas la rage. Et puis d'un seul coup comment on est devenu finalement, moi y compris. C'est là dans le titre qui suit, il y a un premier couplet qui est très très dur, où finalement je me suis rendu compte que certains des gars avec qui j'ai passé ma vie, il y en a qui ont très très mal tourné, il y en a qui se sont fait assassiner, qui se sont suicidés, qui se sont fait emprisonner, qui sont en cavale, qui ont fait le choix de disparaître parce que ça devenait trop chaud pour eux, d'autres qui sont tombés dans la drogue... C'est dur comme constat ! C'est la réalité aussi.
Mais je me suis dis ensuite "c'est pas juste de tourner qu'autour des gars qui ont mal tourné", j'ai aussi des gars avec qui j'ai vécu, avec qui j'ai grandi qui ont bien tourné, ça a donné le 2e couplet : ceux qui s'en sont bien sortis, ceux qui ont fondé une famille, ceux qui ont un travail, ceux qui sont dans le droit chemin, ceux qui ont fait des erreurs par le passé mais qui ont juré de ne plus les refaire... Après le 2e couplet, je me suis dit "et moi dans tout ça? qu'est-ce que je suis devenu?" Et finalement aujourd'hui ces gens-là, comment ils agissent vis-à-vis de moi, j'explique que certains agissent comme ci, d'autre comme ça avec moi. Pour moi, pareil, c'était important pour moi dans cet album-là de faire un point, de surprendre les gens. Souvent on me disait que j'étais quelqu'un qui privilégiait le fond, puis là j'ai montré aussi que je pouvais faire des exercices de style et de savoir aller plus loin en mettant aussi la forme en valeur avec ces deux morceaux emboîtés qui pendant 10-12 minutes nous plongent dans une histoire. Puis il a fallu amener une transition avec les musiciens pour l'interlude entre les deux morceaux, l'un produit par Frérot Prod, l'autre Saïd des Mureaux. C'est bien parce que ça m'a amené à me casser la tête comme un musicien et une fois que je suis sorti de mon rôle de lyriciste, ça a été la découverte de nouveaux horizons, d'autres univers pour moi. J'ai beaucoup appris en travaillait avec des musiciens. Tout n'a pas été concluant mais ça a été des expériences vraiment très enrichissantes.
Mortel!
Sincèrement, ça a été un pied pas possible. Pour moi, le truc ultime, ça serait un jour de pouvoir ne serait-ce faire qu'un concert pour cet album-là avec des musiciens. Le jour où j'ai vu le concert de Jay-Z, le MTV Unplugged, j'ai regardé et je me suis dit "avec tout le respect que je dois à sa mère, c'est un fils de pute" de faire des choses comme ça et de nous montrer The Roots derrière. Si t'es là que tu regardes, tu te dis "Hey moi aussi je veux ça, je veux le faire, merde !" (rires)
C'est clair (rires), je te comprends. En revenant à ce que tu disais sur les "années fastes", qu'est-ce que tu leurs reproches à certains rappeurs?
Je sais pas, t'écoutes certains...
Le flow, la créativité,...
Pas forcément ça, parce qu'on peut me le reprocher aussi. Je pense qu'au bout d'un moment, on peut arriver à faire sur un titre un exercice de style particulier que personne peut reproduire. Comme par exemple, quand j'écris « L'abécédaire », c'est un exercice particulier, je peux pas le refaire. (Il termine sa parenthèse). Non, c'est pas forcément ça. J'ai l'impression que les types sont entrés dans une logique de surenchères. Ils rentrent dans le jeu de la violence, de la surenchère, genre "toi tu gagnes tant, moi je gagne tant, toi tu roules dans ça, moi je roule dans ça". C'est vraiment à qui mieux mieux tu vois? Pfff, franchement si j'étais un ptit jeune aujourd'hui et que le rap c'était ça, je m'y intéresserais pas. Ce qui m'a donné envie de m'intéresser au rap quand j'étais plus jeune, c'était la diversité, les concepts. Aujourd'hui j'sais pas, j'écoute des albums, j'ai l'impression d'écouter le même album que tout le monde. Tu retrouves les mêmes producteurs sur tous les albums, les mêmes featurings. C'est un petit club fermé tu vois, comme partout. Et c'est ça qui me saoule, il n'y a pas vraiment de prise de risque.
Heureusement encore il y en a certains artistes dans le rap français que je respecte, que ce soit un gars comme Booba au niveau de la qualité de ses punchlines, de la recherche, un gars comme Rohff, pour la productivité, il t'a sorti des double-albums les uns sur les autres. Il y a quatre mois de ça, j'étais au concert de Medine et j'ai pris une énorme gifle dans la tête, c'était terrible ! Le gars est un pur lyriciste, et puis il a un message, il a de la conscience politique. Alors que moi quand j'ai commencé dans le rap, il y avait un vrai message social, politique. Dans ce même combat, il y a Kery James, pour moi c'est un leader, je le situe dans la lignée - à notre niveau- de Malcom X, c'est incroyable. Puis je pourrais te citer plein d'autres gars comme Lino, c'est peut-être la plus belle plume du rap français, c'est même plus du rap, c'est de la poésie !
Donc attention, je ne suis pas avare de compliments sur les gars parce que certains quand ils vont lire l'interview ils vont se dire quoi. Tu as vu un peu comment sont les rappeurs aujourd'hui? Tu vois c'est rare d'entendre un rappeur qui va faire des louanges sur un autre rappeur. Ce que je veux te dire, c'est que justement c'est ça qui me fait chier, c'est qu'ils se prennent trop au sérieux. Que tu prennes ta musique au sérieux, il n'y a aucun problème, moi-même je prends ma musique très très au sérieux (tu n'as qu'à demander aux gens de mon label, je suis très exigeant). Mais pour autant, pas se prendre soi-même au sérieux, il faut savoir garder un peu de recul, on est des humains avant tout. Avant d'être un rappeur, j'suis un homme. C'est ça que je reproche un peu aux rappeurs, et le fait de véhiculer une image qui n'est pas forcément celle de la réalité surtout quand tu les connais. Par moment ça manque un peu d'humanisme, de vérité, de réalité, ouais un peu de bons sentiments, un peu d'amour. On est tous vieux, on est tous des bonhommes, on a tous des couilles. Certains se font passer pour des fous alors qu'ils sont pas fous, certains se croient bons alors qu'ils sont pas bons. C'est pour ça que de temps en temps j'ai des phrases un peu grinçantes, histoire de dire "attention les gars moi aussi je sais le faire ça", c'est facile, c'est donné à tout le monde. D'ailleurs je regardais le Jamel Comedy Club, je crois que si Jamel ou Thomas ou Fabrice ou beaucoup d'autres se mettaient à rapper, ils seraient encore plus fous que n'importe quel rappeur, avec des phases 100 fois plus fortes. Donc je crois que *fff* au bout d'un moment il faut redescendre.
Sinon pour en revenir à ça, à force dans cette escalade-là, on va arriver à un drame. Un de ces quatre, y en a un qui va se faire canner parce qu'il aura dit ça dans une chanson. Franchement ça sera dramatique. Personnellement j'ai 30 ans, je suis père de famille, je fais de la musique, j'ai une mère, j'ai pas envie de mourir pour du rap. S'y en a que ça fait rêver, fantasmer, tant mieux, qu'on me classe pas là-dedans quoi. Et si je dois être le vilain petit canard, celui qui fait bande à part, qui trace tout seul sa route, sincèrement j'ai aucun problème avec ça.
Très bien. Si tu étais "jeune" aujourd'hui, tu aurais fait partie de la nouvelle génération, est-ce que tu aurais eu le même discours qu'il y a dix ans?
C'est dur d'imaginer dans quel état d'esprit je serai aujourd'hui. Justement à l'époque, j'ai eu de la chance d'avoir des grands frères qui te disaient "c'est pas parce qu'on faisait ça que tu dois le faire". J'ai eu cette chance-là, ça m'a pas empêché de faire des conneries. Après je sais pas, on dit souvent que chaque génération est pire que la précédente. Ce qu'on faisait nous à 17-18 piges, des gamins de 12-13 ans le font aujourd'hui. Est-ce que c'est la société? Parce que la société n'est pas toujours l'excuse idéale et parfaite, de dire "c'est pas notre faute, c'est celle de la société". Le monde est plus dur, est ça c'est un constat, faudrait être stupide pour ne pas s'en rendre compte. Plus violent, où tout repose sur le paraître, le matériel, ça incite. Moi-même j'ai été incité par ces conneries, pour des choses stupides. Quand j'y repense je me dis "qu'est-ce que t'as été con, t'as pris des risques inconsidérés pour une paire de Timberland, pour un cadeau pour une gonzesse". Mais quand t'es dans le feu de l'action, quand t'es jeune, tu es influençable, tu tombes dans le panneau.
Après moi, les gens qui m'ont inspiré dans le rap, c'était des gens comme IAM, comme NTM, il y avait de la conscience, des messages. Certes ils décrivaient une réalité qui était dure et pas gagnée mais le message dans le fond c'était "vas-y fais quelque chose de ta vie, si tu le fais pas, personne le fera pour toi", que ce soit dans les études, le sport, la musique, trouve-toi un but dans la vue, accroche-toi et donne-toi à fond. On part peut-être avec un handicap, on n'a peut-être pas la bonne couleur, la bonne origine, la bonne religion, ça va être plus dur pour nous que pour les autres, alors redoublons d'effort ! Le truc c'est comme ça que je l'ai perçu, c'est ça que ces gars-là en gros m'ont donné. A mon tour j'ai essayé de retranscrire ça. Certains certains ont qualifié la génération de notre école plus dure et hardcore, je pense que c'est à l'image de notre époque. Finalement, est-ce que les petits jeunes de 14-15 ans qui se mettent au rap représentent leur jeunesse? sûrement. Je vois comment ça évolue. Mais après, faut pas résumer la jeunesse qu'à ça, trop souvent on se stigmatise nous-même, on se met des ghettos, des barrières nous-mêmes. Des fois je pense qu'il faut abattre ces murs autour de toi et que le monde ne se résume pas uniquement à ta petite personne, à ta bande de pote, à ton immeuble, à ton quartier. Mais pour ça encore faut-il avoir l'ouverture d'esprit, des fois rencontrer des gens qui n'ont strictement rien à voir et te rendre compte que tu as plus de points communs à partager avec lui que ton voisin de palier. C'est grâce au rap que j'ai découvert ça, sinon peut-être que je serai jamais sorti de mon quartier ou quoi.
Wow quand on te pose des questions, c'est très developpé ! (rire)
J'estime dans une interview, tu ne dois pas parler que de l'album, d'une chanson. Mais des fois je me dis "putain, c'est ça que j'aurai dû dire justement dans l'album!" La prochaine fois, je vais faire un album avec ce que je dis dans mes interviews (rire). C'est ça qui est en vogue aujourd'hui, on pourrait produire des trucs ensemble (rires).
J'te jure ! (rire) Au fait, il y a moment où tu dis "quand je fais un disque, je pars en guerre"...
Justement, c'était un de ces soirs où j'avais vraiment les couilles à l'envers, où je me disais "putain je repars dans une nouvelle aventure, dans un nouvel album". Forcément d'un seul coup, tu penses à tout : de comment les gens vont accueillir l'album, les critiques (parce que j'en ai essuyé beaucoup). Et si j'en suis arrivé là, c'est parce que j'ai réussi à faire front à tout ça, tu encaisses beaucoup. Attention, il y a beaucoup de gens qui te font des compliments, qui te mettent sur un piédestal, en même temps, il y en a plein de qui te descendent, qui te fument, qui te critiquent, même sur Rap2K hein (rires) ! D'ailleurs j'en profite pour dire un petit message à tous ceux qui ont critiqué mon clip de « Marseille City » et qui n'ont rien compris au délire : "c'est pas grave les gars, il n'y a pas de souci, qu'on parle de moi en bien ou en mal, qu'on parle de moi c'est tout ce compte!" Voilà ! (rire) Donc, je me disais "tu es là pour faire un disque", pour te résumer l'image, je me disais "je pars à la guerre ou quoi". J'ai commencé à imaginer déjà tout le pire, le meilleur je préfère pas y penser (d'ailleurs c'est une philosophie de vie que j'ai adopté à faire de déception et de désillusions). Puis dans le meilleur il vient, je le prends, j'en profite, je le savoure mais j'en reviens toujours au pire. J'ai imaginé que ça plaise pas aux gens, que ça vende pas. Putain je me suis dit "t'es là pour prendre ton pied mais tu pars en guerre quoi, tu pars dans le champs de bataille".
Je sais pas comment les autres fonctionnent mais quand j'écris, je livre tout, je donne tout. Je me mets à nu, je dis des choses que j'aurais jamais dit à ma mère, à mes meilleurs amis, à ma femme, et forcément je m'expose au monde. C'est pour ça, je dis à ceux qui veulent aller là-dedans "ne pensez pas qu'à faire un disque, monter sur scène, ramasser les thunes, sauter des groupies, acheter du bling-bling, rouler en grosse caisse, pensez au pire aussi". Quand on monte sur scène, tu peux te faire insulter, la critique, faut penser à tout ça, ça fait partie du jeu. C'est une fois que tu as encaissé tous ces coups que tu peux savoir si tu es solide ou pas, avoir la tête sur les épaules et les pieds sur terre.
Niveau prod, tu ne suis pas la tendance actuelle, tu en avais déjà parlé tout à l'heure.
Les trucs modernes, c'est pas trop ma tasse de thé. C'est vraiment une question de goût. La déferlante Dirty South, j'accroche pas particulièrement à ce genre musical-là. Pour autant, il y a des trucs que j'aime bien comme Carter II de Lil Wayne, l'album de Rick Ross, les morceaux de T.I., il y a des trucs mortels. Dans les trucs de DJ Khaled, il y a des sons que j'écoute 10 fois par jour, "I'm So Hood" avec le refrain de T-Pain. Mais si je devais faire un choix, c'est pas ce que je préfère. C'est plus rester dans les ambiances classiques, grosses caisses, gros sample, gros beat... C'est ce que je préfère dans le rap. Pis comme je te disais tout à l'heure, chez moi j'écoute pas que du rap : de la soul, du funk... C'est ça qui a inspiré ces écoles-là. Les Alchemist, Kanye West, Just Blaze, c'est ça que j'affectionne le plus. Donc déjà c'est une question de goût, puis après au-delà de ça, en tant que MC, je crois pas que ça corresponde aux textes que j'ai envie d'écrire, au message que j'ai envie de véhiculer. Je pense que les sons Dirty sont très orientés club, frime, c'est un parti pris tu vois et ça se comprend. Là-bas dans le Sud, le Dirty c'est une musique de club de strip-tease, fait que pour les filles bougent leur cul dessus ! Moi cette culture-là, je suis pas trop un mec qui sort en boîte, je développe pas une image bling-bling (et j'ai rien contre ça).
Dans l'album, le son le plus moderne c'est « Dans le game », produit par Saïd des Mureaux en featuring avec Gen Renard, c'est juste que j'ai eu un coup de coeur sur ce son-là. Je me suis dit "ça c'est mortel même si c'est ce dont j'suis pas habitué à faire". Donc je l'ai fait puis ça m'a plu tu vois, le temps d'un délire égotrip, flamber un peu, mais un titre comme ça dans l'album ça me suffisait. Si d'autres feraient un album entièrement Dirty et au milieu de ça un titre beaucoup plus classique histoire de, je comprendrai aussi la démarche. Mais à la base, j'ai pas fait ça pour me démarquer, non.
On va terminer par tes citations. Tu dis "on est le cauchemar de ce pays"...
Beh ouais, qu'est-ce que tu veux que je te dise... En gros, on est en partie responsable parce qu'on fait mal des choses, mais des fois c'est par dépit, par désespoir... On tend le bâton pour se faire battre mais en même temps fff... comment dire, ça serait difficile pour moi d'avoir aujourd'hui un discours idéaliste. Puis dans mon quartier, parce que je fais ma musique, de l'argent légalement, la vie est plus paisible qu'avant mais j'oublie pas qu'à des périodes de ma vie, j'étais totalement dans un autre état d'esprit, ce qui fait que je peux comprendre. Mais oui, il n'y a qu'à écouter le titre, il y a des traits qui nous caractérisent. Quand je dis "nous", c'est les quartiers, en partie la jeunesse issue de l'immigration (on est déjà la 3e, 4e), c'est quand même triste de tirer encore ce constat et de voir que le temps passe, et que voilà on en est toujours là. Le temps passe, le temps passe, et puis rien ne se fait, et puis on laisse faire pourrir, et puis les soit-disants solutions qui sont trouvées... Qu'est-ce qui pourrait mieux résumer la phrase d'Akhenaton dans « Demain c'est loin » quand il dit « c'est pas une couche de peinture sur un immeuble qui va tout effacer ». J'entendais pas plus tard que ça, Roselyne Bachelot quand on lui demandait c'était quoi les solutions, vu qu'elle est Ministre des Sports et de la Jeunesse, et bah justement pour la jeunesse, le sport. Je suis désolé, on va pas tous devenir des Zidane et des Tony Parker. C'est bien qu'il y ait des exemples de réussite comme ça, mais ces gars-là sont talentueux et il y en a un sur des millions. Et puis on va pas tous devenir des Akhenaton ou des Diam's. On est encore stigmatisé, montré du doigt mais il faut reconnaître que des fois on le cherche un peu aussi. La société, on la pourrit aussi à notre façon.
C'est un cercle vicieux. C'est un système d'économie parallèle qui se développe et qui fait vivre des gens et sans cautionner ça - parce qu'on ne peut pas cautionner ces choses-là - ben d'un seul coup si ça s'arrête, comment ces gens-là vont-ils vivre? Et les gens dans les plus hautes instances, ils en ont conscience. Les pouvoirs politiques savent très bien que le jour où ils se mettent à légaliser certaines choses, "whou, qu'est-ce qu'on va faire de ces gens-là et ces traffics-là?" C'est un système qui est super pervers. Quand j'ai fait ce titre-là, c'était pas une glorification de la criminalité, de la délinquance et du grand banditisme, c'est une critique très acerbe de voilà ce qu'on est, ce qu'on a été et ce qu'on devient, regarde ce que nos petits frères vont devenir et comment des fois on part tellement loin dans nos délires qu'on se rend même plus compte de où on va. Il y a ce phénomène de masse, quand tu es entouré de gens qui pensent comme nous et il n'y a plus personne pour raisonner l'un ou l'autre, on en arrive à l'escalade et complètement fous. On fonce tout droit dans le mur, on en est conscient, mais comment dire... les gars, on est en train de péter un plomb ! C'est tout ça et y a rien pour arranger les choses, et c'est le drame. Sauf que quand j'ai écris le truc, j'ai fait tout le tableau de tout ce qui fait qu'on est un cauchemar pour ce pays et aussi nous-mêmes. Quand on est dans son lit à 5-6h du mat' à gamberger et quand tu entends la daronne se lever pour aller travailler, faire des ménages, t'élever vers le droit chemin, et pendant ce temps-là tu fous le bordel, tu as un brin de lucidité et tu te dis que t'es vraiment qu'une merde, que tes parents sont pas venus ici pour toi. C'est sur cette note-là que je voulais finir le titre, qu'au bon d'un moment, on se prend pour ci, pour ça, mais on est nombreux, y a personne qui viendra nous casser les couilles, ce sont nous qui cassons les couilles au gens, on fait ce qu'on veut, on est les maîtres du monde. Quand on est dans notre quartier on craint personne, on est bande,... Sauf qu'au bout d'un moment, la conclusion de tout ça c'est : « on fait ce que nos parents n'ont jamais eu, voire n'ont jamais vu mais il ne faut pas perdre de vue que si nos parents sont venus en France, c'est pour nous donner un meilleur avenir ». Et s'ils avaient su que pour certains on finirait au cimetière ou en prison ou en train de vendre de la poudre ou voler, je pense pas que c'est leur faire honneur pour leur sacrifice. Ce sont des gens qui ont tout laissé derrière eux : leur culture, leur famille, leurs amis, leur histoire... C'est ça la conclusion. J'essaie toujours de tirer une petite morale - bien que je ne veuille pas passer pour moraliste - voilà un message final. Il y en a certains qui vont se reconnaître en disant "ouais, on est des fous etc..." mais ce sont les dernières phrases qui sont les plus importantes.
C'est comme le dernier titre « A force de vivre », qui pour moi n'est pas le meilleur morceau, c'est peut-être pas le mieux produit ou ci ou ça, mais à la limite, c'est celui qui a le plus de sens et de messages. C'est pas de la morale, juste de l'expérience. On a beau tout te dire, te casser les dents dessus jusqu'au jour où tu vas te faire mal, tellement mal que ce jour-là, ça va te servir de leçon. C'est comme pour moi, c'est quand je suis passé très très près de la catastrophe que j'ai réagi et que je me suis dit "merde", c'est comme ça qu'on apprend dans la vie. Après tu sais, chacun fait ce qu'il veut de sa vie, chacun est ce qu'il est. Mais ce dernier titre-là, c'est tout ce que j'ai appris.
OK. Quelque chose à rajouter?
Non ! (rires) J'espère que les gens vont l'écouter, l'album. Ecoutez, faites votre avis, critiquez, parlez... Franchement au stade où j'en suis après tout ce que j'ai vu ou entendu, j'en suis plus à ça près, allez-y (rire), ça me fait plus peur. Que ce soit les louanges ou les critiques, je sais faire la part des choses !
L'interview se termine à propos des critiques des visiteurs à propos de son clip « Marseille City », des commentaires qu'il qualifie d'injustes et que ça lui inspirait de l'incompréhension. Honnêtement, nous-mêmes à Rap2K, nous ne sommes pas fiers de constater que quelques forumeurs accusent Sat de raconter des mensonges car après tout, qui serait capable - comment il dit - de prendre ses rimes et lui prouver le contraire une par une? Et oui, les artistes consultent le site et suivent de près vos dires, comme nous à la rédaction.
- Interview réalisée par Hamed -






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