
Date de sortie: Novembre 2003
Label: Interscope
Ecrasante. C'est un terme bien utile pour décrire la suprématie actuelle des G Unit. Depuis le succès monumental de 50 Cent et ses « G G G G G G Unit ! », le monde du rap congratule et repousse ce groupe qui aime être détesté. 'Beg For Mercy' est le premier album du crew, même si la formation initiale a suivi quelques changements. Tony Yayo en prison, c'est le sudiste Young Buck qui va combler le manque, tandis que Lloyd Banks jouera le rôle du « baby g unit ». Le buzz autour de ce 1er LP était hallucinant durant l'année 2003. Il est peut-être un peu tôt et risqué pour parler d'une nouvelle ère, mais ce que l'on peut constater, c'est la domination d'Interscope dans l'industrie du rap. Côté marketing, le détail important n'était peut-être pas l'autocollant avec marqué dessus « produit par Dr Dre et Eminem » mais le bandana noir porté par 50 autour du cou. Parce qu'après 'Guess Who's Back' et 'Get Rich Or Die Tryin', Fifty allait faire son 3e hold up rapologique.
L'introduction "G Unit" (produit par Hi-Tek) porte un son assez hybride easctoast au niveau du sample et westcoast par les ‘mogs' (grosses basses). Cela induit que le groupe n'aura d'emblée par une empreinte fortement new-yorkaise, bien pour déplaire aux puristes. 'Beg For Mercy' marque aussi une grosse contradiction avec le discours de 50 Cent qui clamait ne pas faire de morceaux r&b. Hélas, le sort en a voulu ainsi : "I Wanna Get To Know You" feat Joe (le seul featuring de l'album), "Baby U Got" et "Groupie Love". C'est clair que lorsque ça ne parle plus de flingue, le sujet de secours ça reste et sera toujours les nanas peu farouches. Bon, on ne blâmera pas le G Unit pour cet écart. Si vous préférez les morceaux plus ‘croustillants', c'est en plage finale que ça se passe : un diss officiel contre Ja Rule et tout le Murder Inc ("I Smell Pussy"). Un sacré culot !
Globalement, 'Beg For Mercy' est un album un peu hétérogène dans la mesure où certaines chansons ont une finition de médiocre qualité. Question performances des trois rappeurs, 50 Cent reste égal à lui même, Lloyd Banks excelle dans le domaine lyrical pour palier à sa voix monotone et Young Buck, impulsif, n'est surtout pas la personne à sous estimer. Pour le contrat, chacun se contente d'un et d'un seul morceau solo : "I'm So Hood" pour 50, "Footprints" pour Buck et le hit "Smile" pour Banks. Exit "Stunt 101" (produite par Denaun Porter), l'opus recèle de quelques autres tubes. On pense à "Gangsta Shit" et "My Buddy", à prendre à double sens puisque « buddy » peut signifier à la fois ‘pote' et ‘flingue'. Dr Dre a très peu d'implication sur l'album puisqu'il ne produit que deux tracks ("Poppin' Them Thangs" et "G'd Up"), dans un style très pianoté. Il est aussi délicat d'aborder le sujet de leur crédibilité pour évaluer leur niveau de gangsterisme : est-ce que ce critère influe forcément sur la qualité de la musique ?
Il est vrai que 'Beg For Mercy' n'a pas la couleur musicale que les auditeurs attendaient. À vrai dire, on s'attendait à mieux qu'un album satisfaisant, surtout de la part d'un groupe qui fait la une de nos journaux depuis des mois, et encore maintenant. Mais une nouvelle fois le pari est réussi puisque trois millions d'albums se sont écoulés en moins d'un an (soit un dentier en platine par rappeur), à corréler surtout avec le potentiel des hits singles et une image du G Unit qui se délecte de toutes les controverses. Les temps changent…