
Il y a quelques mois, on découvrait dans les bacs le premier album solo d'un jeune musulman de 22 ans, nommé Médine. "11 septembre. Récit du 11 ème jour" avait fait bonne impression auprès de la critique. On encensait alors les textes conscients de ce membre du collectif "La Boussole". Ces jour- ci, le pensionnaire du label (indépendant) havrais Din Records, refait parler de lui en sortant son deuxième album intitulé, "Jihad - Le plus grand combat est contre moi même" ("Jihad" signifiant en arabe "le combat"). Déja présent à la production de "11 septembre", notre Proof national repart au combat une seconde fois sur "Jihad". Ce dernier assure l'intégralité de la production des 13 titres composant cet album. Il offre ainsi à l'auditeur 13 morceaux des plus sombres illustrant parfaitement la vision assez fataliste, mais très réaliste de Médine. Si vous vous attendez à bouger vos fesses, passez votre chemin. Si vous souhaitez réfléchir sur une autre vision de l'actualité, cet album est fait pour vous !
Ceux qui découvre Médine avec cet album seront surement frappé par la voix particulière de ce dernier. Pour vous donner une idée, Médine est en quelque sorte le Tony Yayo du rap français armé des lyrics virulents. Imaginez un peu une voix si grave et si rauque capable de vous faire frissonner, le tout teinté de la conscience d'un Immortal Technique. Comme l'intéressé le dit lui même: "C'est pas un chat que j'ai dans la gorge, mais un tigre enragé" ("Médine"). Justement arrétons nous sur ce morceau "Médine". Pour les nons musulmans, il convient d'expliciter ce mot. Outre le fait qu'il puisse être utilisé comme un prénom, Médine désigne aussi la ville où fut fondée la première communauté musulmane. Le premier couplet à peine achever, qu'on découvre alors la motivation du MC. Pourquoi rappe-t-il ? "Pour trouver, apporter la solution ? Non. (...) Parler de ce qui ne va pas, c'est ça mon boulot". Je vous parlais de rap conscient et engagé, vous en avez la démonstration. Tout au long de ce nouvel album, Médine ne sera motivé que par une seule chose: dénoncer et véhiculer son message tout en essayant de mettre à mal les préjugés trop souvent assimilés à l'Islam, à savoir la radicalisation, le fanatisme etc... Guerres, combats et religion sont ici les principaux thèmes abordés par le rappeur. Le sexe féminin a aussi son titre reservé. "Combat de Femme" est un hymne à la gente féminine. Mères et femmes en générale, "quelque soit leurs noms, elles sont synonymes de courage/ (...) qui au moindre problème se jettent dans l'aréne/ Combat de lionne, de princesse et de reine".
Outre le rap, Médine a une grande passion pour le cinéma. Récemment l'intéressé expliquait dans une interview qu'il trouvait "particulièrement intéressant comment les réalisateurs arrivaient à mettre en image un truc écrit; moi je fais le contraire, je mets par écrit un truc imagé." Le morceau "Du Panjshir à Harlem" illustre parfaitement la volonté de l'auteur. Sur cet instrumental utilisant des sonorités orientales, Médine nous replonge dans les derniers instants de la vie de Malcom X et du commandant Massoud. Cette track longue de plus de 7 minutes est un véritable cours d'histoire, et pure chef d'oeuvre complété par d'importantes recherches historiques. Les éléments historiques sont justement la clef de voute de l'album. Le MC argumente, constate, mais en ne négligeant jamais de fonder ses propos sur des faits. A l'image de "Jihad", nom donné à l'album, mais aussi au morceau cloturant ce CD, les textes peuvent être assimilés à une interrogation devant la recrudescence des combats, mais aussi une recherche de leur origine.
Le nombre de feats est peu élevé. Lino, seul invité étranger au collectif La Boussolle ("Poussière de guerre"), Aboubakr ("Ennemi d'état"), Ness & Cité ("Qui veut la paix") sont les seuls soldats qui constituent l'armée de Médine. Qu' importe, ce dernier a tellement de chose à dire, que davantage de feat n'aura pas forcemment été d'une grande utilité.
Au final, ces 13 titres tourneront pour beaucoup autour des même thèmes, mais l'auditeur averti sera conquit par les facilités de narration de Médine, nous empéchant ainsi de nous ennuyer. Le flow du MC est assez bien travaillé (malgrè le fait qu'il puisse paraitre un peu linéaire pour certains), tout comme les prods assez variées de son ami Proof.
Médine a mis la barre TRES (trop?) haute, la seule interrogation qui subsiste est de savoir s'il sera capable de réitérer sa performance sur son prochain album, prévu pour la rentrée 2006. Une grande bouffée d'air frais dans le paysage national !