Yeeeah Baby

Photo de Big Punisher ©

Big Punisher

Dernier Round

Publié le lundi 14 novembre 2005 par Bobby_Milk
Imprimé le mardi 02 décembre 2008

Date de sortie: Avril 2000
label: Loud Records

On dit souvent que les meilleurs partent les premiers. Pour Big Pun, l'adage se confirme malheureusement...

Alors qu'il croule encore sous les acclamations reservées à son premier opus, Capital Punishment, Christopher Rios a déjà repris le train en route et s'est lancé dans la construction de son second effort. Les choses semblent aller pour le mieux, il a touché le gros lot avec son premier disque, le public attend sa nouvelle livraison avec beaucoup d'impatience, mais côté santé, les probèmes s'accélèrent. Le 7 février 2000, Big Pun meurt prématurément d'une crise cardiaque. Triste départ pour le hip hop, qui lui rendra un fier hommage. C'est donc dans ce climat pesant accompagnant la disparition de Pun que sort ce deuxième album du rappeur du Bronx, avec toujours son double, Fat Joe, comme producteur éxécutif.

Après une intro "frankenstein-ienne" sur la création du Punisher (modèle du genre, au passage), l'album s'ouvre sur une "Watch Those" très énérgique mais pas inoubliable. Le premier constat est évident. Pun est moins grimey que sur son premier disque. Cette impression, déjà naissante au regard de la pochette clinquante et du titre plutôt enjoué, se confirme. La piste suivante, "Off wit his head" est une histoire à elle seule. En effet, dans un genre tout à fait différent de celui qui l'avait amené au sommet, Pun se livre à un exercice de style en compagnie de Prospect, le tout sur un instru concocté par Just Blaze (lui aussi en mode éxpérimentation !). Le beat est fédérateur, la production parfaite, les choeurs d'Opera Steve (le bien nommé) sont surprenants mais tellement accrocheurs, et les deux rappeurs proposent toute leur hargne et leur envie sur ce titre qui lance véritablement l'album. Cette track demeure comme la plus représentative de l'esprit de Pun, à mon sens. Energique, fédératrice, assez grandiloquante et diablement réussie. Une perle dont on ne peut se lasser, et qui traîne toujours avec elle un brin de vague à l'âme à la mémoire du talentueux Big Pun.

Sur deuxième album, Pun a changé. L'excellent "It's so hard" le prouve. Pun s'est trouvé des envieux, il attire la convoitise, preuve que son succès l'a élevé à un autre statut. Sur cette track, dont le refrain est efficacement assuré par Donnell Jones, Pun scande fièrement "Niggaz wanna fuck my wife, niggaz wanna take my life...But it's so hard, yeah !". Cette impression d'aigreur chez Pun apparaît à plusieurs reprises : sur les revanchards "Laughing at you" et "You was wrong", ou sur le très égotrip "We don't don't care" en compagnie de Cuban Link, le frère d'arme. Ce morceau est d'ailleurs des plus réussis.

Sur chaque titre, Pun laisse la part belle à des invités parfois prestigieux (MOP sur le volumineux "New York Giants"), parfois issus du cercle d'amis. C'est le cas de Tony Sunshine, proche du Terror Squad, sorte de Nate Dogg maison, qui assure les refrains de plusieurs titres, notamment des très légers "My Dick" (no comment) et de "100 %", hymne latino qui renvoie pas mal de morceau du genre au placard, aujourd'hui encore. Certaines tracks de la fin du disque ne laisseront pas un souvenir impérissable, "Nigga Shit", par exemple, sur une prod un peu fade de Buckwild, ou encore Ms. Martin (ft. Remi Ma).

Pour tous ceux qui étaient tombés sous le charme de Capital Punishment pour son côté street et sans concession, la décéption est forcément de mise à l'écoute de ce 'Yeeeah Baby', un peu trop "brillant" et pas assez travaillé. Il demeure néanmoins indispensabe de lui prêter une oreille attentive tant le flow de Pun y reste percutant et sans rature. Mais la disparition tragique de Pun, comme ce disque, laisse un goût d'inachevé pour un artiste des plus talentueux, qui n'a pas eu le temps de connaître la carrière dorée qui s'offrait à lui.

Chronique de Raging Bull aka Big Pun Addict

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