
Avec à son actif deux albums certifiés platine, deux Hors Séries couronnés or, un Live survolté, trois solos (plus ou moins réussis), et surtout une floppée de tubes, la Fonky Family revient en ce tout début d'année 2006 avec la ferme intention de récupérer son strapontin au premier rang du rap français. Ne nous mentons pas, pour toutes les personnes qui s'intéressent de près ou de loin au rap héxagonal, un nouvel album de la Famille marseillaise constitue, sinon un évènement, au moins une grosse curiosité. C'est donc avec un enthousiasme certain que nous avons accueilli cet opus, et que nous l'avons introduit dans nos lecteurs CD, avec pas mal d'attentes envers les auteurs du classique Si Dieu veut...
Disons le tout de suite, cette nouvelle livraison ravira plutôt les fans ayant découvert la Fonky Family avec Art de Rue que les adeptes de la première heure. Et ça n'est pas le premier titre, "Les affaires reprennent" qui nous contredira dans cette optique. Sur un instru typique du style de Pone, marqué par les influences des 80's et un beat éléctro épais, les quatre rappeurs rentrent fermement dans le disque. Les enseignements de cettre track d'ouverture sont simples : Sat tient toujours le même discours tristounet et surfait ; Le Rat reste un excellent rappeur même si sur cet album son style en dilétante, trop poussé, fait perdre du relief à ses couplets ; Don Choa se démarque souvent par son entrain et ses textes rentre-dedans et bien maîtrisés ; et Menzo est égal à lui-même : rimes souvent évidentes, manque de finesse dans l'écriture et dans le flow, dans l'ensemble.
La véritable nouveauté de Marginale Musique, c'est la diversité des producteurs (déjà esquissée sur Art de Rue avec Luciano aux manettes sur quelques tracks). Ainsi, Pone se trouve quelque peu en retrait et confie une grosse part de la mise en son de cet album à Luciano, Le Rat assurant pas moins de sept productions (!), soit la moitié de titres. Ce dernier alterne les beats réussis ("La guerre", un des meilleurs titres de l'opus), et nettement plus mornes ("On s'invite", le déjà vu "Tout ce qu'on a", ou le brûlot facile "Le plus grand des voyous"). Sat offre lui aussi un beat à ses camarades pour un "C'est ça ou rien" qu'on ne retiendra sans doute pas. Ce sont Madizm & Sec.Undo, invités surprise, qui se paient le luxe de proposer l'un des beats les plus efficaces avec "Comme On Débarque", bien tonique et fédérateur. Don Choa brille d'ailleurs sur cette track comme sur pas mal d'autres, sa hargne redonnant souvent de l'intérêt à des prestations redondantes (notamment chez Sat). DJ Djel y va également de son titre en s'exprimant à travers Kalash l'Afro pour un flashback ("1984 (Fallait que je le dise)") retraçant les débuts du rap à Marseille et la naissance du crew FF. Ce titre compte d'ailleurs parmi les réussites les plus notoires.
Pas franchement râté, mais manquant de variété, cet album de la Fonky Family nous laissera indéniablement sur notre faim. Beaucoup trop répétitifs, les beats se promènent généralement entre le bon, le déjà entendu ou l'insipide. Heureusement, plusieurs tracks se révèlent accrocheuses ("Comme on débarque", "La guerre", "1984" ou encore les classiques mais réussis "Ils le savent" ou dans une moindre mesure "Le Quartier"), et nous rappellent que le crew marseillais reste imprévisible quoi qu'inégal. Avec un discours plus varié (Sat par exemple, qui semble souvent oublier que nous n'ignorons pas que son groupe reste l'un des meilleurs vendeurs du rap français...), et une ouverture musicale plus large, la Fonky reviendra sans doute plus forte. On en attend pas moins de cette équipe talentueuse et complémentaire. Le coup est malheureusement mitigé avec Marginale Musique, qui nous laisse penser qu'en cinq ans, le groupe a un peu tourné en rond.