Hold Up

Photo de Saïan Supa Crew ©

Saïan Supa Crew

La force du nombre

Publié le dimanche 22 janvier 2006 par Raging Bull
Imprimé le mardi 02 décembre 2008

Connu et surtout reconnu pour sa puissance et sa maîtrise scéniques, le Saïan Supa Crew fait figure d'OVNI dans le paysage rapologique français. Savant mélange de d'influences rap, reggae, ragga, zouk, soul ou encore rock, le combo a généralement brillé par sa capacité à représenter les valeurs du hip hop, y compris en dehors de l'hexagone. Après un stand by ayant permis aux différentes entités du Crew (OFX, Explicit Samouraï et le solo très teinté reggae de Sir Samuel), la bande revient (sans Specta, donc pas vraiment au complet) pour ce troisième opus impatiemment attendu par les fans.

Toujours aussi complices et audacieux, les emcees renvoient puissamment dans les cordes Diddy et son "Shake ya tailfeather", avec un titre d'ouverture ("Blow"), qui ne manquera pas d'allumer la mèche en concert. Hymne fédérateur s'il en est, ce titre, bien qu'assez facile, annonce d'entrée le retour en force du Saïan. Dans la veine des tubes annoncés dont regorge l'opus, on retiendra le bien nommé "Jungle", le single subversif "Zonarisk" (et son instru sous haute tension sur lequel il est question de la stigmatisation des banlieues, de la fascination qu'elles suscitent, et du voyeurisme citoyen) ou le sympathique "96 Degreez" éclairé par le refrain reggae de Patrice. On passera ou on adorera, selon les convenances, les délires lubriques "Feceps" (et dire qu'on se moquait du "Zizi" de Pierre Perret !) et "Originales", apologie surprenante des rondeurs (voire plus) féminines qui pourra choquer certaines âmes bien pensantes.

S'il excelle dans les ambiances festives, le Saïan se plaît également à évoquer les sujets les plus brûlants de l'actualité ou de l'histoire. Ainsi, hormis le pré-cité "Zonarisk", le groupe se rappelle au bon souvenir de son tube "La preuve par 3" avec des tracks engagées telles que la critique policière du très bon "Poison", et surtout la ballade "Rouge Sang", témoignage poignant des traumatismes de la colonnisation et des blessures qu'elle a engendré (et engendre toujours), finement évoquées par un excellent Samuel ("J'écris la douleur, mais les mots ne font pas assez mal / Rouge Sang coule sur nos mémoires").

Concentré de talent et d'inspirations, ce nouvel opus du crew le plus plébiscité du rap français s'impose comme une belle preuve de la mâturité aussi bien artistique que personnelle des artistes. Franchement contestataires et engagés, les textes savent se faire plus légers sans perdre en intensité et en intérêt. Même si certaines baisses de régimes ("So into you", pas franchement inoubliable, ou encore le crossover "La Patte", qui convie le nouveau prince du hip pop, Will.I.Am des Black Eyed Peas) ne sont pas à exclure, difficile de bouder notre plaisir de voir revenir le Crew jaune, qui en plus d'afficher un micro virtuose et une plume pleine de déxtérité, assure lui même un large partie des productions. Les plus pointilleux ne manqueront pas de signaler que les influences reggae sont de plus en plus présentes (notamment sous le poids d'un Samuel en verve), au détriment parfois de la fougue et de l'esprit hip hop pur. Il n'empêche que le résultat sonne bien, s'écoute parfaitement et reste fidèle à l'esprit de ses auteurs.

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