
Alors que les artistes Jamaïquains entretiennent tous plus ou moins le rêve de percer sur le marché US, et de trouver une place chaleureuse sous les spotlights du Billboard, Vybz Kartel ne semble pas pressé de faire le grand saut. Pas à tout prix, en tous cas. Si son premier album était plus dur que la roche, le suivant ne risque pas de déroger à la ligne de conduite de son auteur, malgrè une mâturité artistique qui pointe nettement son nez. Depuis plusieurs mois, Vybz Kartel constitue l'un des plus gros poids lourds des charts de son pays. En cela, il est parmi les seuls à rivaliser durablement avec le mastodonte Elephant Man. Dans un style beaucoup plus dépouillé, moins extravagant quoi que tout aussi prolifique, Kartel nous revient avec la ferme intention de confirmer les espoirs placés en lui. Ca va faire mal avec 'J.M.T.' (pour Jamaican Mean Time).
Toujours aussi virulent dans ses lyrics, et agressif dans sa façon de poser (parlons de toast ou de flow sans distinction), Vybz attaque l'auditeur dans tous les domaines. Il se lance dans des titres très marqués par les influences Roots, renouant quelque peu avec le son originel de Kingston. "Tight pussy gal dem", l'excellent "Guns like these" ou l'imposant "Smuggler" raviront donc ceux qui reprochent au ragga / dancehall d'aujourd'hui d'avoir coupé le lien avec ses origines les plus nobles. Dans une veine comparable, "Need U Girl" (avec son inséparable pote Wayne Marshall), s'avère minimaliste et réussi (même s'il sent un peu le Pharrell).
A l'opposé de ce ragga "traditionnel", Vybz Kartel propose des tracks purement dans la tendance du dancehall des dernières années (dont il a d'ailleurs aidé l'essort). Constatons donc la puissance du renouveau de cette scène avec les bombes (que les amateurs de reggae trouveront sans doute parfaitement indigestes !) digitales qui suivent. "U nuh have a phone (Hello Motto)" ouvre le disque avec brio (sur le thème des téléphones portables...), sur le même riddim que l'une des plus grosses tracks de l'ensemble : "Car Man". Tout droit sortie du Flic de Beverly Hills, la mélodie de ce riddim devrait pousser Crazy Frog à la retraite (on l'espère), et prouvera à tous les scéptiques que Vybz est un artiste surpuissant. Un titre intense, d'une densité rare, tous genres confondus. Dans la continuité de cette apogée du son digital (qui sonne comme un blasphème, répétons-le, pour les puristes de Yard), "Higher Altitude" (sur le dernier riddim, du même nom, de Donovan "Vandetta" Bennett) frappe un très grand coup et convertira tous les dancefloors dignes de ce nom qui y goûteront (et qui confirmera le retour vocoder chez nos amis Jamaïquains, entamé il y a quelques mois).
Si cet opus, très riche, étonnement intense, surprendra sans doute les novices du genre, il plaîra forcément à tous ceux qui suivent, de près ou de loin, les sorties ragga / dancehall avec un peu d'intérêt. Evidemment, tout le monde est ardament invité à écouter cet excellent disque gorgé de singles potentiels (écoutez le très aérien "Vybz Versa Love", complétement hallucinant, ou les rafales de lyrics "Gun Session" ou "I neva"). Toujours en avance sur la concurrence, armé de son flow en acier trempé et de son style 'so rough', Vybz Kartel s'impose comme un porte drapeau digne de ses prédécesseurs. Ce J.M.T devrait en convaincre plus d'un.