Soldats de fortune

Photo de Akhenaton ©

Akhenaton

Attaque groupée en solitaire

Publié le dimanche 26 mars 2006 par Raging Bull
Imprimé le mercredi 08 octobre 2008

Beaucoup se sont acharnés sur le dernier album d'IAM (Revoir un printemps), poussant bien vite le crew marseillais à la retraite, et occultant les qualités indéniables de ce disque. C'est avec un sentiment de revanche, sans doute, qu'Akhenaton, le leader du groupe (on se lance...) s'est attaché à la préparation de son troisième opus solitaire (sans compter le Black Album), et que contrairement à ses habitudes, il est arrivé sans tarder dans les bacs (trop, s'empressent d'ajouter les mauvaises langues). Pourtant, qu'on l'aime ou qu'on le deteste, difficile de ne pas s'intéresser à AKH, ni de s'impatienter d'écouter tout ce qui sort de sous son nom. "Trop normal pour avoir sa marionnette aux Guignols" (selon ses mots...), mais suffisamment talentueux, créatif et combattif pour occuper sans relâche le devant de la scène depuis quinze ans (...selon les miens), Chill et sa troupe déterrent la hâche de guerre et se font Soldat de fortune le temps d'une bataille, celle de la reconnaissance.

Produit par ses soins, ce nouvel opus du fer de lance d'IAM regorge de surprises. Fidèle à ses bonnes habitudes, il nous offre quelques fresques historiques de haute volée, comme l'excellent "Troie", qui nous plonge dans une vision antique finement imagée de notre époque, servie par un beat conquérant et guerrier sans faiblesse. Dans une veine comparable, celle de la référence historique judicieuse et imparable, notons la bombe "Alamo", ou l'acerbe "Comode - Le dégueulasse" (feat. Faf Larage et Veust), qui brille par son acidité deversée sur les rappeurs bas de gamme qui infestent les ondes et trustent les bacs (suivez leurs regards en coin). Certaines rimes du couplet de Veust ne manqueront pas de provoquer l'hilarité de certains d'entre nous ("Il a rien dans l'ventre / Même son ver solitaire veut s'barrer / Demande lui d'faire un gangsta freestyle si t'as envie d'te marrer").

Aux côtés de ces fresques majestueusement interprétées, AKH ne manque pas de saluer de nouveau ses origines napolitaines sur le nostalgique "Canzone di malavita", qui, comme il l'annonce, célèbre le plaisir d'être triste et la douce mélancolie du temps qui s'écoule. La simple amertume n'est pas de mise, et ce sont les blessures du quotidien qui reviennent à la surface lorsqu'AKH reçoit les Psy4 sur le très bon "Vu de la cage", qu'il sert lui-même d'une belle production. "Mots blessés", "Déjà les barbelés" (avec l'efficace Sako des non moins efficaces Chiens de Paille), ou encore "Du mauvais côté des rails" sont autant de perles noires dans un ensemble brut et réalisé avec le coeur (comme la pépite "Quand ils rentraient chez eux").

Pas décidé à se laisser aller dans les sentiments les plus sombres qui l'animent, Chill se fait plaisir (et à nous avec), en proposant des moments d'effort collectif bien sentis et à l'energie communicative. "Livedsladsktk (Live dans la discothèque)" étonne et plaît, de même que l'hallucinant "L'école de Samba" sur lequel Shurik'N se lâche complément et se décide à nous faire profiter de ses qualités de chanteur (!).

Puissant, complexe, relâché, riche, introspectif, engagé, osé, nostalgique, optimiste, nombreux sont les qualificatifs que nous pourrions coller à côté de ce Soldats de fortune. "One Luv" cotoie "Cosca Crew Part", Comode en prend pour son grade alors que "La fin de leur monde" (en digne successeur de "Demain c'est loin") renverra six pieds sous terre ceux qui ont parié trop vite sur la fin du mythe IAM. Doté d'une plume toujours aussi fine et auteur d'un propos sans cesse plus posé et pertinent, AKH revient réussir une percée conquérante et renverse sur son passage une grosse partie de ses opposants. Derrière le titre humble de Soldats de fortune se cache en réalité le Général des armées du rap français. Précis et courageux, épaulé par son ésquadron de luxe (Shurik'n et l'équipe de La Cosca sont très présents), Chill s'en va en guerre. Et ça fait du bien.

PS : si AKH passait un jour lire cette chronique, juste merci pour ces années de musique...

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