
Avec des fortunes diverses, l'industrie du film se plonge de plus en plus régulièrement dans le monde du rap et au fond des ghettos d'Amérique. La démarche est bien plus rare dès lors qu'il s'agit d'investir le champ (ou le chant) d'un genre musical à la médiatisation en sommeil : le reggae. C'est pourtant ce style musical que parcourt le film One Love (réalisé par Rick Elgood et Don Letts) avec beaucoup de simplesse, de la naïveté parfois, et nombre de bonnes intentions.
Dans le rôle de la vedette masculine (Kass), qui interprète un rasta passionné de reggae, musicien brillant à ses heures perdues, on retrouve ni plus ni moins que le forcément très attendu Ky-Mani Marley. Sobre et à l'aise dans un rôle qui ne lui impose pas la plus grande composition de l'histoire du cinéma, le fils de Bob Marley est efficace, sans crever l'écran. A ses côtés, la belle Cherine Anderson qui interprète Serena, leader vocale de la chorale dirigée par son Pasteur de père, et dont l'intendant n'est autre que son fiancé. L'histoire s'envole lorsque, dans le cadre d'un concours de musique organié en Jamaïque, les deux enfants de Kingston (aux existences diamétralement opposées, quoi que...) se croisent en studio et que Kass tombe sous le charme de la voix de la jeune fille.
Le charme de ce tableau ensoleillé provient entre autre d'une bande son omniprésente et fidèle au cadre de l'histoire, évidemment. On entendra donc avec plaisir des artistes connus comme Sizzla ("Solid as a rock" notamment), ou des passages instrumentaux agréables et réussis, mais aussi et bien sur les interprétations de Ky-Mani accompagné de ses amis et musiciens, ou la chorale gospel emenée par la voix de verre de Serena. Sans être un clip, le film vaut aussi très nettement pour les paysages enchanteurs qu'il nous permet de découvrir. Une ode à la Jamaïque, loin des clichés habituels et ultraviolents généralement véhiculés par les artistes ragga. Marley junior défend plutôt la pureté du reggae et d'une idéologie rasta dépréciée, méprisée et fortement exclue par les élites du pays.
Très plaisant esthétiquement, One Love ne pèche que par un certain manque de dynamisme qui, s'il renforce l'atmosphère lancinante des décors et se complaît sans difficulté dans le jeu très posé des acteurs (on n'attendait pas non plus un Fast & Furious entre un Rasta et la fille d'un Pasteur...), empêche par moment l'action de prendre son rythme de croisière. Fidèle à l'esprit de la musique dont il se fait le porte parole, le film prêche l'intégrité, l'amour, l'entre-aide et surtout la tolérance comme maître mots d'une société qui juge plus qu'elle n'écoute. A la croisée des chemins entre Roméo et Juliette, Westside Story, ou encore 8 Mile ou encore Dirty Dancing (désolé pour cette dernière "référence"!), One Love ne s'adresse pas qu'aux fans de reggae, loin de là, et propose plus un message universelle qu'une musique sectaire. Sympathique et réussi, quoi que manquant juste un peu d'adrénaline.