
Sortira… sortira pas ? Le Black Album de Lunatic a bien failli nous jouer le tour de L'Arlésienne et ne jamais atterrir sur nos platines pourtant demandeuses. Sujet, on l'imagine, de vives discordes entre Booba et ses anciens acolytes du 45 Scientific, l'opus aurait pourtant du s'intituler Mauvais Œil : The Prequel tant il avance dans les pas du mythique premier et unique album d'Ali et Booba.
Loin de nous, néanmoins, l'envie de bouder notre plaisir avec cette opportunité inattendue de retrouver ce duo disparu pour quelques bribes de création de leur chef d'œuvre. Les fans se satisferont donc de ce recueil de « part.1 » et autres inédits, lives et « original verions ». Si quelques versions antérieures à l'enregistrement de l'opus du groupe s'avèrent plaisantes, sans toutefois dépasser les tracks inscrites dans le marbre par le suite, d'autres sont beaucoup moins déterminantes. Du côté des moments agréables de retour aux sources, « Pas l'temps pour les regrets, part.1 » nous rappelle au bon souvenir de l'époque dorée du 45, de même que les lives de « Têtes brûlées », « Le crime paie » (évidemment), ou encore l'excellent « Le son qui met la pression ». Les deux versions de « Avertisseur » sont également dans l'esprit de l'opus, mais pèchent un peu (comme bon nombre des pistes d'ailleurs) par une qualité aléatoire des prises de voix.
Ce Black Album s'avère en effet très brut de décoffrage, et c'est ce qui en fait le charme autant que le point faible. Hormis quelques raretés , comme un freestyle, « Fusion » avec Arsenik, la version originale de « B.O », le principal atout de la livraison réside dans les deux solos de Booba et Ali, morceaux inédits et de qualité qui raviront tous les fans dépités de la fin prématurée de ce duo désormais légendaire. « Tony Coulibali » nous montre que Booba a bien changé (mais ça, on le savait), alors que « Récoltes ce que tu sèmes » nous confirme la puissance du potentiel d'un Ali toujours judicieux dans son propos.
Vous l'aurez compris, le Black Album de Lunatic constitue d'abord une bonne occasion de vider les tiroirs du label, et de donner aux nombreux fans du groupe l'occasion de vibrer encore. Même si l'écoute de l'opus s'avère intéressante et révélatrice d'une évolution chez chacun, il faudra surtout, pour ceux qui ne l'auraient pas encore fait, se plonger dans les trois opus fondateur de la « génération Lunatic » : Mauvais Œil, Temps Mort et Chaos et Harmonie. « Lunatic c'est mort / Et j'aime voir ceux qui en sourient », parole pémonitoire d'Ali, reprise dans le livret de cet album, comme pour témoigner de l'existence passée d'un groupe qui a dérangé en avançant à contre courant. Ali, lui, est bien décidé à préserver l'héritage.
D'abord pour les fans, mais nous sommes tellement nombreux…