AnArchY

Photo de Busta Rhymes ©

Busta Rhymes

Désordre organisé

Publié le mardi 20 juin 2006 par Raging Bull
Imprimé le samedi 06 septembre 2008

Date de sortie: Juin 2000
Label: Elektra

Pour Busta Rhymes, un temps « chef de file de la nouvelle école », l'heure n'est plus à la révélation, ni même à la confirmation. Le Capo du Flipmode, après avoir conquis des millions de fans à coup d'opus à sensation tous plus volumineux les uns que les autres, et de rafales de rimes délivrées par son flow tornade, entend bien porter le coup de grâce à un rap US en manque de folie. Bus-a-Bus le charismatique, le furieux et le fantasque revient avec un album épais, rouge comme le sang, celui de « l'après » désastre, en somme.

Doté d'un visuel largement suscité par le titre de l'opus, Anarchy n'a de vraiment tourné vers le chaos que le titre. En effet, si le livret suggère « The current state of anarchy » (écoutez l'opulente introduction, comme toujours chez le Bus'), avec notamment un image de synthèse d'un Manhattan carbonisé, le déroulement de la tracklist apporte nettement mois de bouleversements. Busta Rhymes s'en est ainsi remis à une armée de producteurs stars pour fournir les munitions, et a convié quelques gros noms pour occuper à ses côtés les tranchées d'une bataille contre l'ordre établi (contradictoire, pourra-t-on dire). Le regretté Jay Dee, Swizz Beatz (qu'on regrette également mais pour de moins tristes raisons), Just Blaze, Nottz, Large Pro, DJ Scratch, Scott Storch ou Busta lui-même alimentent donc la marche anarchique vers les sommets, en soutien des Raekwon, Lenny Kravitz, MOP, Ghostface, ou encore DMX et le Jiggaman.

Dans les rangs des salves les mieux senties, citons l'impressionnant « Salute da Gods ! » qui donne rapidement le ton sur l'opus : grandiloquent et conquérant, mais sans surprise. La production de Scott Storch est bruyante mais pas franchement convaincante sur « Bladow !! ». C'est d'ailleurs un constat extensible à l'opus entier : gonflé en basse, sorte d'album bodybuildé et trop rarement pertinent. Il n'en demeure pas moins bon nombre de bons moments à apprécier, des offensives bien préparées, savantes stratégies orchestrées par Jay Dee sur « Enjoy da ride », ou par Large Professor himself sur l'inspiré « The Heist », percée de l'escadron Busta/Ghostface/Rae/Roc Marciano qui s'avère fidèle à ses distinctions. Nottz se montre présent mais ses productions digitales finissent vite par se ressembler, comme ce « Get Out !! » (notez que pour rendre sa tracklist plus dynamique Busta a usé, voire abusé d'exclamations), qui reprend la recette magique de l'époque : le refrain de la chorale de quartier.

Trop riche, pas assez pertinent dans sa composition et manquant cruellement de prise de risque malgré les intentions affichées, ce moment d'Anarchy ne restera pas dans les mémoires comme la plus grande bataille de son général. Pire, elle ressemble parfois à une tentative de putsch un peu bâclée. Busta est toujours le combattant talentueux et plein de fougue qu'on apprécie, mais à vouloir sortir l'artillerie (trop) lourde, comme sur « Why We Die » qui réunit sans panache rien de moins que Jay-Z, et DMX (ou les superstars du moment), il se perd en artifice et livre une prestation mitigée, surfaite malgré des qualités de flows et un charisme toujours aussi évidents.

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