
Ice Cube a tout connu dans sa carrière. Du mythe fondateur NWA aux scintillements des projecteurs hollywoodiens, en passant par une discographie personnelle d'une qualité rare, la trajectoire d'O'Shea Jackson a de quoi laisser rêveur. Si le virulent activiste des débuts s'est quelque peu éclipsé au profit de l'entertainer d'aujourd'hui, il ne faut surtout pas s'imaginer que la sortie de Laugh now, cry later ne constitue pas un événement pour un monde du Hip Hop forcément curieux de savoir quelle facette d'Ice Cube prendra le dessus sur cet opus. Le rappeur brûlant de Compton, ou le businessman installé de Friday ?
Visiblement moins préoccupé par cette question que nous pouvons l'être, Cube ne laisse pas planer l'incertitude bien longtemps, et annonce la couleur avec « Why we thugs ». Sur un beat concocté par le très hype Scott Storch (qui se rappelle ici au bon souvenir de ses fructueuses collaborations avec Dr Dre), le « Nigga we love to hate » évolue dans le mainstream de qualité et donne le ton d'un opus volumineux. L'ambiance devient hypnotique avec le très bon « Smoke some weed » qui transporte l'auditeur dans des hauteurs enfumées à coups de sirènes stridentes et de voix torturées. Depuis longtemps en préparation, cette nouvelle livraison de Cube n'est pas pauvre en titres tranchants et percutants. « Child support » égratigne sans ménagement les nouvelles coqueluches surfaites (et bodybuildés ?) d'une mouvance gangsta dont Cube revendique ouvertement la paternité.
Posé sur « Laugh now, cry later », avant de reprendre du mordant sur l'énervé « Stop snitchin' » (dommage que Swizz Beatz ait passé ses nerfs sur son synthé…), Ice Cube assume parfaitement les différentes aspirations d'artistes qui sont désormais les siennes. Ne versant pas dans la dénonciation socio-politique d'antan sans pour autant sortir les confettis, Cube est crédible en chaque point sur cet album et fait taire quelques craintes légitimes sur ce point. « The N**** trapp » donne le beau rôle à un Green Lantern inspiré alors que Lil'Jon peine à se renouveler sur le néanmoins sympathique « Go to church » (ft. Snoop Dogg… qui fait de la figuration). Ice Cube s'autorise un tacle appuyé sur Mike Jones, prouvant ainsi que la consensualité ne fait toujours pas partie de ses défauts. Avec encore quelques grosses prestations sur « Growin' up », qui sample l'inégalée Minnie Riperton, « Chrome & Paint » avec un WC qui fait honneur à son hôte, ou encore « Spittin Pollaseeds » avec le voisin Kokane, ce nouvel album d'Ice Cube maintient un cap solide.
Si beaucoup avait pu craindre la présence de Lil'Jon, et regretter l'absence de Dre sur la tracklist, force est de constater que la manœuvre se solde par une réussite artistique certaine. Très bien produit, l'opus permet en outre de vérifier que Cube n'a pas perdu grand chose de sa verve, et qu'il reste un rappeur au dessus du lot. Les brûlots d'antan sont évidemment loin, mais le cru 2006 de Cube devrait trouvé son public, et réconcilier les plus difficiles d'entre nous avec les grosses sorties.