Second Round's On Me

Photo de Obie Trice ©

Obie Trice

On remet ça ?

Publié le samedi 12 août 2006 par Raging Bull
Imprimé le mercredi 03 décembre 2008

La vie et la mort sont des ennemies intimes qui se concèdent parfois quelques faveurs au gré de la chance et du hasard. A Detroit plus qu'ailleurs, cette considération a fait office de vérité malheureuse lors des derniers mois. Si la fatalité a tranché le sort de Proof (D-12), pour Obie Trice, les cieux se sont montrés bienveillants et notre homme a survécu à une balle perdue reçue en pleine tête. Miraculé, peut-être… Le fidèle acolyte d'Eminem s'en est remis à la providence malgré lui, et revient aujourd'hui avec la ferme intention de rester maître de son destin. Forcer la réussite et retrouver des jours paisibles, faire ce qu'on sait le mieux en occultant cet éclat de balle, dernier témoin d'un terrible accident, tels sont les enjeux de ce deuxième effort (presque) solitaire pour Obie Trice. Toujours bien accroché à son attrait pour la boisson (comme l'indiquait Cheers), le rappeur de Détroit remet donc une tournée pour ses fans.

Adossé à l'écurie Shady Records, Obie Trice, comme pour son premier album, avance main dans la main avec son confrère et ami de 8 Mile Road. Logique, de ce fait, de voir Eminem assurer une large partie des productions et de s'inviter au contrôle du projet. Dès les premiers pas de l'opus, l'alchimie entre les deux compères porte ses fruits et « Wake up » comme « Violent » donne le ton avec brio. D'une manière générale, la couleur et l'ambiance de ce Second Round's On Me (Shady Records/ Interscope/ Polydor) se font sombres et souvent oppressantes. Marshall Mathers reste majoritairement dans les clous de son style facilement identifiable, tandis qu'Obie semble se complaire dans cette atmosphère saturée. La plupart du temps, l'auditeur adhère avec enthousiasme (« Kill me a mutha »), voire même fiévreusement (le très solide « Ballad of Obie Trice »). Eminem déjoue même les pronostics en proposant le crossover reggae/ragga « Jamaican Girl » (franchement raté), ou encore le surprenant « Out of State », sur lequel un featuring de Ludacris (voire Bubba Sparxxx) n'aurait pas dénoté. Mauvais point, par contre, pour le beat sans relief ni intérêt de « Everywhere I Go », où la combinaison Obie/Fifty a du mal à décoller.

Malgré les apparences et le poids d'Eminem sur cet album, il serait une erreur de ne considérer que la qualité du projet qu'à travers les prestations du boss de Shady Records. En effet, Obie est en verve, et son flow fait souvent mouche. Sur « 24's », il donne du collier et profite de la bonne composition de Jonathan « JR » Rotem, tout comme sur « Ghetto » qui ne souffre aucunement de la présence du chanteur guimauve Trey Songz (également au taquet sur « Mama »). Trick Trick, bien inspiré au micro sur « There They Go », nous rappelle que son récent album (The People Vs.) n'a décidément pas reçu l'accueil auquel il aurait pu prétendre, et confirme que la scène de Détroit regorge de rappeurs qui, s'ils n'ont pas tous une identité très prononcée, sont capables de s'imposer aux côtés de leur chef de file décoloré. Enfin, chacun appréciera à sa convenance la morceau produit et co-interprété par Akon, qui assure une nouvelle performance des plus pénibles. Le chanteur peine décidément à se renouveler (et nous à l'écouter…). Le futur tube / single (réclamé par Sagittarius) « All of my life » montre d'ailleurs qu'au niveau featuring catchy, Nate Dogg reste un maître en la matière, et qu'aujourd'hui encore, il est capable de transformer en or (platine ?) les disques sur lesquels il couche sa voix de velour.

De moins haute volée que la première livraison, ce nouveau cru d'Obie Trice se révèle à l'image de son visuel : sombre, presque intime par moment, un peu trop uniforme, mais finalement accrocheur et réussi. Plus personnel que Cheers, Second Round's On Me annonce l'arrivée à maturité d'un artiste talentueux et bien entouré (qui gagnerait sans doute à prendre plus de risque et à varier le choix de ses producteurs). Moins de couleurs, moins de punch, mais dans l'ensemble plus réfléchi et mieux maîtrisé, cette deuxième tournée ne fera pas oublier la première, mais donne immanquablement envie de commander la troisième.

Version imprimable tirée du site www.Rap2k.com
RAP2K.COM © Toutes reproductions totales ou partielles sont interdites