
Il est, pour tout artiste, un passage obligé, un tournant dans une carrière. Plus important encore que le premier concert pour certains, que la première overdose pour d'autres, il est une sinécure, un passage cauchemardesque, à la fois espéré et redouté : le second album.
Ce fameux second album, celui que les médias qualifient le plus souvent ( et lorsqu'ils n'ont rien de mieux à dire ) d' « Album de la maturité » , ou « de la consécration » selon les cas. Il est vrai que ce dernier est un passage obligé, une confirmation attendue par tout artiste dont la première galette a bien fonctionné, ou du moins obtenu un succès d'estime non négligeable. Amp Fiddler est de ceux-là. Sûrement a-t-il craint l'avis des critiques concernant son second opus « Afro Strut », sorti 2 ans après le plus que réussi « Waltz of a Ghetto Fly », premier album transcendant, aux rythmique à la fois futuristes et encrées dans la soul/funk la plus vintage qu'il soit, lorgnant tantôt vers Bobby Womack, tantôt du côté de Georges Clinton, dont Amp fut le clavier au sein de ses deux formations.
A l'heure de cette fameuse « consécration », qu'allait donc pouvoir nous proposer notre génial quarantenaire ? Allait-il, comme son confrère Maxwell, tenter éperdument de transformer un premier essai plus que concluant en restant dans la même veine, sans jamais y parvenir ( on attend toujours un second grand album de Max ) ? Ou allait-il, à l'image d'un de ses modèle, tantôt nommé ‘Love Symbol', tantôt affublé d'un modeste pseudonyme princier, essayer de se renouveler , quitte à déplaire ou choquer ses fans de la première heure ? La réponse se situe quelque part à la frontière de ces deux hypothèses.
« Afro Strut » n'est en fait qu'une évolution dans la continuité, une sorte de pas en avant chaussé des mêmes bottes psychédélico-groovy qu'à la première heure. Mais une nuance demeure, le bonhomme évolue, sa musique avec lui, et ses horizons s'élargissent à mesure que ses premiers cheveux blancs apparaissent. « Afro Strut » est le fruit de mille inspirations, on y goûte à de nombreuses saveurs, de la ritournelle latino-jazzy « If I Don't » aux accents ragga de « I Need You », véritable invitation à une danse lascive et sensuelle en compagnie de sa partenaire, en passant par le groove crade de « Funky Monday » ( on sent comme des accents du Prince susnommé dans ce morceau ), le mot cosmopolite prend une ampleur jusque-là inégalée dans la Nu-Soul.
Là où son désormais mythique ami D'Angelo avait eu le coup de génie, d'un album à l'autre, de ranger ses rythmiques funky pour les troquer contre des basses suaves et empreintes d'une spiritualité envoûtante, Amp, lui, a préféré changer les atours feutrés et planants de sa première galette pour mieux nous inviter à la danse, comme en témoigne le très réussi « Find My Way », à savourer au coin du bar, un pied qui tapote sur le tabouret haut, et l'autre taquinant les chevilles de votre voisine. Une fois votre danse du loup enragé sur le survolté « Ridin' » terminée, le repos tant mérité s'effectuera à l'écoute d'un classieux « Hustle », que le grand Otis Redding n'aurait certainement pas renié.
L'essai est donc transformé pour un Amp Fiddler au sommet de son art, et, même si la prise de risque est moindre sur cette seconde réalisation, le plaisir n'est pas une seconde boudé. Faute de formule pompeuse comme « album du renouveau » ou « de la confirmation », je qualifierais simplement le très réussi « Afro Strut » d'album du « kiff on the dancefloor baby » … ça en jette quand même plus !