Poétiquement Correct

Photo de Dany Dan ©

Dany Dan

Mieux vaut tard que jamais

Publié le mercredi 18 octobre 2006 par Raging Bull
Imprimé le jeudi 16 octobre 2008

“It's been a long time”… C'est par ces mots qu'aurait pu commencer le premier opus de Dany Dan tant le public français a longtemps réclamé la livraison de cet artiste unanimement apprécié. Des Sages Poètes de la Rue à son projet avec Ol'Kainry, en passant par une marée de featurings souvent marquants (« A ton enterrement », avec Oxmo Puccino…), Dany Dan a longtemps mis son flow précis et souple au service des autres avant de se lancer le défi de l'album solo, dernier maillon manquant dans une chaîne d'ores et déjà solide.

Avec un titre comme Poétiquement correct, c'est une large partie du personnage qu'est Dany Dan qui se dévoile. Clin d'œil à son crew des Sages Po', mais aussi goût marqué pour les formules incisives (mais pas sanguinaires), son penchant pour les phrases travaillées et complexes ne doit pas pour autant masquer son envie d'aller au plus juste, au plus parlant. Ainsi, comme à son habitude, notre homme se plaît à multiplier les figures de style et les punchlines, entre égotrip et introspection. Franc du collier, Dan reste clair sur ses ambitions : s'il n'est « pas un suiveur », il n'en revendique pas pour autant le leadership du rap français ("je ne veux pas être un général, je veux être un lieutenant / car en général les généraux laissent les courageux d'vant"). Doucement contradictoire alors de trouver sur la tracklist le terrible égotrip « Le Pape de Boulogne », sur lequel les images frôlent cependant souvent le poétiquement incorrect (« Ta mère aurait du mettre une capote ou t'avaler »). Ce titre, comme il le rappelle, ne constitue pas une attaque au « Duc » ni au « King » du même lieu, mais bien à tous les « contrevenants ». Autant dire que le temps écoulé et l'attente n'ont pas enlevé à Dan son goût pour les formules chocs.

Mais la force de Dany Dan, en plus de sa facilité à amonceler les punchlines et les rimes fortes, réside sans aucun doute dans sa capacité à développer des thèmes très personnels. Honnête avec son public comme avec lui-même, l'artiste n'hésite pas à évoquer ses sentiments les plus nobles (qui sont toutefois les moins faciles à admettre dans le rap), comme sur l'excellent « Sunshine » (construit sur un sample de « Everybody Got To Learn Sometimes », des Korgys). On appréciera également les bonnes prestations des artistes invités, comme Les Nubians et Al Peco qui participent au bon (quoi qu'un peu répétitif) « On vient de loin », ou encore le méconnu Brasco qui se montre très à son avantage sur « Débrouillards part. 2 » à coup de rimes fraîches et armé d'un flow percutant ("J'viens d'une cité d'escroc, viens j't'invite à manger, il m'reste des tickets resto"). Sir Samuel confirme également son tournant très franc vers l'univers reggae, sans toutefois convaincre complètement sur « Et alors ?! ».

Toujours en forme, bien que parfois un peu émoussé (son flow semble moins fluide qu'à l'habituelle sur « Bagout », c'est d'ailleurs un comble…), Dany Dan ne déçoit pas pour son premier solo. A grand renfort d'une plume finement aiguisée et d'un flow toujours tout terrain, le Sage Poète remplit son contrat en se montrant à la hauteur des attentes de ses fans (ce qui représente déjà une belle performance quand on connaît le respect que lui voue la grande majorité des Hip Hop heads français). Au rayon des regrets légitimes, on pourra noter les productions parfois un cran en dessous du niveau de l'artiste malgré les efforts indéniables du staff dans le sens de la diversité. Dommage que quelques pointures du beatmaking ne se soient pas invitées pour gratifier Dan de leur plus belles pièces. On ne saurait bouder notre plaisir d'avoir enfin cet album entre les mains pour si peu.

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