
Bénéficiant d'un buzz impressionnant depuis la sortie de son street album L'Esquisse, Keny Arkana suscite depuis des mois une vive attente auprès du public français. Ses fans, qu'ils voient en elle la véhémente contestataire ou une nouvelle artiste en vogue (quelques faux airs de Diam's sur disque ?), n'en demeuraient pas moins impatients de plonger sans retenue dans l'univers à la fois rugueux, vindicatif et utopiste de la rappeuse marseillaise. Un recueil d'honnêteté, de confessions et de brûlots : un œuvre composée Entre ciment et belle étoile.
Terrienne sensible aux différents problèmes et drames de son environnement, Keny Arkana s'impose d'entrée comme une artiste à part entière. Engagée, la rappeuse parcours des thèmes plus pointus que beaucoup de rappeurs qui n'ont de « conscient » que l'étiquette. Les génocides, la politique impitoyable du FMI, la vie brutale et cruelle dans les pays d'Amérique du Sud (« Victoria »), mais aussi la fronde aux institutions françaises (« C'est à l'Elysées que se cachent les plus grandes des racailles » dans « Nettoyage au Kärcher »), Keny Arkana ne manque pas de ressources pour encourager à l'éveil des consciences et au changement social. Souvent acide dans ses propos, Keny Arkana n'éprouve pas de difficulté à poser son flow d'écorchée vive dans différentes ambiances. De la guitare sèche de « Entre les lignes : clouée au sol », à l'opulent violon du virulent « Le missile suit sa lancée », la rappeuse fait preuve de plus de diversité dans le choix de ses beats que dans celui de ses thèmes. Pour autant, cet album ne se limite pas à des jets d'huile sur le brasier mondial, et Keny sait également se montrer touchante. Sur « Cueille ta vie », elle appelle à l'initiative et à la prise en main, alors que sur « Je me barre », elle évoque avec recul son adolescence en foyer avec un bonne dose d'optimisme.
Intimiste et universel, ce premier opus de Keny Arkana s'avère encourageant à plusieurs égards : tant dans le fond que sur la forme, l'artiste témoigne de qualités certaines et d'une application louable. Belle plume, Keny s'autorise aussi des prises de position tranchées sans pour autant se perdre dans des discours incompréhensible de pure anarchie. Les défauts sont présents également, comme une tendance au grossissement du trait parfois gênante (« N'oubliez pas que c'est par les urnes qu'est arrivée Hitler », alors qu'elle évoque les limites socio-politiques du gouvernement français…), et à un discours rebelle un peu convenu. La contestation aussi à ses lichés… Ces premiers pas dans le grand bain restent néanmoins de très bonne facture à tous les niveaux, et laissent présager d'une suite de carrière à suivre de près.