The Blueprint² : The Gift & The Curse

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Jay-Z

History In The Making

Publié le samedi 11 novembre 2006 par Raging Bull
Imprimé le dimanche 07 septembre 2008

Connaître une forme de consécration est souvent une question qui nous tient à cœur, et qui se loge parfois durablement dans un coin de notre esprit. Et puis un jour se présente l'occasion de forcer le destin, d'entreprendre une aventure, de tenter un pari qui nous ouvrira les portes d'une reconnaissance ultime. C'est peut-être par ce chemin là qu'est passé Jay-Z en construisant les fondations de son double album, empruntant ainsi les travées creusées par les Tupac (All Eyez On Me), Notorious B.I.G (Life After Death, ou encore Wu-Tang Clan (Forever) qui ont tous connu la gloire d'un double album sans faute (ou presque) et accueilli à bras ouverts par le public. Avec The Blueprint ² : The Gift & The Curse (suivant de près un premier volume incontournable), Jay-Z comptait sans doute écrire l'une des plus belles pages de son grand livre. C'était sans compter les pièges tendus par l'Histoire, qui ne sourit pas toujours intégralement aux audacieux.

Et pourtant, tout commence comme dans un songe. Imaginez l'ambiance. Un beat soulful de Kanye West, saisissant de lyrisme et d'inspiration, la voix troublante de Faith Evans, un Jigga dans le bon ton, et un couplet du ressuscité Biggie (tiré du tube « Juicy »). La chute n'en est que plus rude lorsque, changeant brutalement de registre, retentit « Hovi Baby » qui tranche littéralement en donnant la part belle sonorités bounce. Sans que le morceau soit mauvais (il est même plutôt bon), les premiers indices du fourre-tout qu'est ce double album apparaissent au détriment d'une cohérence qu'on aurait souhaité aussi nette que sur The Blueprint. Avec des titres comme « The Watcher 2 » (ft. Dre, Truth Hurts & Rakim), le patron du Roc confirme ses relations cordiales avec les équipes du Good Doctor, et signe une belle suite de l'excellent morceau de 2001. Toujours à l'affût d'un hit, les tourtereaux Carter (aka Jigga et Beyoncé) donnent le top départ d'une série (toujours en cours) de méfaits sur disque avec la sympathique coqueluche des radios de l'époque, « '03 Bonnie & Clyde ». Entre le très bon « Poppin' Tags » (et ses featurings de qualité), l'électro « The Bounce » de Timbo, et les réussites plus discutables de « All around the world » ou de la rencontre sans étincelles de Jigga et du Sean Paul des mauvais jours (« What They Gonna Do »), The Gift donne un aperçu mitigé d'une démarche ambitieuse de Jay-Z. Un peu trop sur de lui et de son pouvoir artistique, le God MC ne verse pas dans l'humilité et voit trop grand avec la reprise « I did it my way » (aussi cher à Frank Sinatra qu'à Claude François), sur laquelle il brille par ses propensions à l'autosatisfaction malgré un premier disque inégal.

Il suffit d'un rien pour que le don de Jay-Z, excellent rappeur et businessman averti, ne se transforme en une « malédiction ». Facilité, tape-à-l'œil, opulence malvenue, le clinquant Shawn Carter donne le sentiment de ne pas aller au bout de sa démarche. Si « Diamond is forever » ouvre bien la deuxième partie de l'opus, que dire de morceau plus insipides comme « A ballad for the fallen soldiers » sur lequel ni les Neptunes, ni Jay-Z ne parviennent à se relever les uns, les autres ? Manque d'inspiration (le remix inutile de « U don't know », qui n'est vraisemblablement là que pour rentabiliser la signature de MOP sur le Roc, et pour feindre la bonne entente entre le Big Man et ses collaborateurs non désirés), banalités (« Some how some way », que Beanie Sigel et Scarface ne sauvent pas de la transparence), sont les principaux défauts de cette seconde partie de tracklist. Jigga se reprend au cours d'une rencontre bouillante avec le lymphatique Lenny Kravitz (collaboration à laquelle il faut ajouter le vétéran/revenant Heavy D, qui signe un beat épais comme le Roc) sur « Guns & Roses », ou sur le sublime « The Blueprint ² » qui sample le grandiloquent thème final « The Ectasy Of Gold » du Western Le Bon, la brute et le truand (que l'on doit bien évidemment au maestro Ennio Morricone). La fin des hostilités fait redescendre la pression (malgré un hommage plutôt bon esprit à Earth, Wind & Fire sur « As One », avec l'équipe du Roc au complet), jusqu'aux bonus tracks de bonne qualité (dont le très réussi « Bitches & Sisters », qui arrive un peu tard).

L'ego gonflé à bloc, le micro collé à la paume, Jay-Z avait fixé très haut les intentions pour ce double album historique. Occasion de reconduire le duo de producteurs maison (Just Blaze et Kanye West), ce pari osé confirme le statut à part du boss de Roc-A-Fella Records dans un rap game en manque de références. Toutefois, obéissant malgré lui à l'adage faisant du trop l'ennemi du bien, Jigga piétine beaucoup et ne parvient pas toujours à masquer son relatif déficit d'idées lorsque des tracks sans panache ne sont là que pour compléter une tracklist pléthorique mais pas sans déchets. The Gift & The Curse comme mot d'ordre, c'est presque un aveu de d'impuissance de Jay-Z devant un défi dantesque (en terme d'attentes, en tous cas) qu'il s'est lui même imposé, et qu'il ne relève qu'à moitié.

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