
Snoop quittant Death Row, tout le monde ne s'y attendait pas. La surprise prit d'autant plus d'ampleur quand le Chien de LBC s'en alla poser ses valises du côté de New Orleans et de l'écurie No Limit Records. Auteur d'un premier album pas forcément marquant dans les rangs de Master P (Tha Game Is to Sold, Not to Be Told), Snoop Doggy Dogg (moins ‘Doggy' depuis sa rupture avec Suge Knight…), décida de remettre le couvert en affirmant, au passage, son affiliation avec la troupe des frères Miller en se proclamant No Limit Top Dogg.
Changement de label, mais pas forcément de partenaires pour un Snoop Dogg qui retrouve les bons soins de Dr. Dre. Issus de cette collaboration de toujours (ou presque), quelques tubes viennent d'office affirmer que le Doggfather n'est jamais aussi percutant que lorsque Dre l'approvisionne en beats de choix. Calibré pour Snoop et pour le succès, « Buck'em » convie Sticky Fingaz (du groupe Onyx) pour une entrée en trombe dans cet album. Plus loin dans la tracklist « Just Dippin' » confirme la pertinence de la présence du Doctor alors que le fameux « B**** Please » s'impose comme une bombe immédiate, tout en introduisant la sensation du moment, Xzibit. Il serait pourtant parfaitement erroné d'attribuer le succès de ce Top Dogg à la seule maestria d'un Dre retrouvé. En effet, autant que la bonne forme d'un Snoop Dogg visiblement bien installé auprès de ses nouveaux acolytes, le mérite revient à une pléiade de producteurs inspirés (qui donnent le change à des invités de renom). Le terrible Ant Banks sur le très west « Snoopafella », Meech Wells au top sur « Gangsta Ride » (ft. Silkk The Shocker), Raphael Saadiq pour une collaboration surprenante (« Somethin' bout yo bidness »), le retour en grâce de DJ Quik avec les hits « Buss n'Rocks » (qui sample le célèbre « Black Hole Theme » de G.Clinton), ou encore le très bon « Don't Tell » et ses allures de réunion familiale autour de Snoop, Warren G, Mauseburg et Nate Dogg, sont autant d'ententes fructueuses et forcément payantes artistiquement.
Ponctuée de titres efficaces, la tracklist de ce No Limit Top Dogg ne manque ni de surprises, ni de bons moments. Preuve d'un lien toujours fort avec ses racines et ses compères de toujours, ce nouvel album démontre avant tout une liberté artistique totale accordée par le Don Master P à son protégé le plus récent. Ne manquant pas de connivence avec les No Limit Soldiers (le titre « Ghetto Symphony » réunit les fleurons sudistes Mia X, Fiend, C-Murder, Silkk et Mystikal en plus du californien Goldie Loc), Snoop Dogg renoue d'abord avec les racines de sa musique et réaffirme sa position de leader « exilé » de la West Coast. Dans un esprit aussi fidèle à sa musique qu'à son statut, cet opus marque le véritable départ de la carrière de Snoop sur le label de Master P. D'abord inquiétante pour l'orientation musicale du rappeur de Long Beach, la signature sur No Limit Records ressemble, vue d'ici, à la dernière vraie période West de Snoop, avec Tha Last Meal comme apogée (voire comme chant du cygne…).