
Ice Cube la main sur le torse, pour un corps caucasien à la morgue, recouvert du drapeau américain : celui de l'oncle Sam. L'arme du crime : "Death Certificate", l'album porte bien son nom. En effet, quand l'oncle Sam ne se fait pas éjecter la cervelle sur le trottoir (cf. "I wanna kill Sam"), il aurait de quoi attraper au minimum une crise cardiaque avec cet album.
"Fuck AmeriKKKa, still with the triple K!"
Qu'il brûle le drapeau américain ou qu'il "botte le cul de Daryl Gates jusqu'à ce que son pied sente la merde" (Daryl Gates étant le chef du département de la police de Los Angeles de 1978 à 1992… devinez pourquoi…), Ice Cube met sa « fine » plume au service de son engagement controversé. L'album se divise en deux parties. Comme l'explique Ice cube, vient d'abord "the death side", qui dresse un état de la vie urbaine des Noirs en Amérique, puis "the life side", "la vision de ce que l'on doit devenir". Mourir pour mieux renaître.
Tout d'abord, exit le Bomb Squad, et bienvenu à l'équipe de production The Boogie Men, dans lequel on retrouve DJ Pooh. Sir Jinx est bien sur toujours présent. Côté samples, les Zapp, George Clinton, James Brown et autres Gap Band sont de la partie pour former un ensemble très solide, très lourd, bourré de transitions histoire de tenir l'auditeur éveillé, voir surexcité du début jusqu'à la fin.
Ice cube veut attaquer tout ce qui touche de près ou de loin au ghetto, sur des sujets plutôt variés. C'est ainsi qu'on le voit faire la transition de la "chatte touffue" de la fille du bon père de famille, très "populaire", aux MST et autres maladies sexuellement transmissibles, de plus en plus présentes dans les quartiers, à cause de ce genre de filles. Le sujet est montré de façon cru, mais humoristique sur "Look who's burnin' " (une overdose de samples divers), puis brièvement attaqué comme une conspiration pour empêcher la reproduction sur "I wanna kill Sam"… Et c'est peut-être là toute la démarche de Cube : choquer pour mieux faire comprendre, car si l'on va au-delà du traitement des femmes, le message est bien là : "Get your Jimmy hats… or this might happen to you !"
La première phase nous donne un aperçu cinglant du mode de vie dans le ghetto californien, qu'il l'aborde de manière globale sur des titres comme "Steady mobbin' ". Là où "les guns ont remplacés les chiens" en tant que meilleur ami de l'homme, il n'oublie pas de commenter la difficile ascension sociale des noirs dans les quartiers défavorisés sur "A bird in the hand ", avant de conclure par "a bird in the hand… is worth more than a bush". Le problème des gangs est bien sur évoqué, sur le storytelling "Last vacation", avant d'être lui-même victime d'un "black on black", d'une fusillade sur "Alive on the arrival". Légèrement glauque, Ice cube saigne à mort dans une sale d'attente d'un hôpital : phase terminale de "The death side".
Si vous n'avez pas pu supporter le décès, n'assistez pas à la résurrection car, dans ce "Life side", le concept du "The nigga ya love to hate" est poussé à son paroxysme. Mieux, certains auraient la tentation de le renommé "The nigga who love to hate", car Ice Cube touche du doigt… non, écrase là où ça fait mal : l'ethnique.Juifs, asiatiques, dégomme les blancs qui harcèlent les femmes noires et les gays sur "Horny lil devil", les noirs qui renient leurs origines sur "True to the game ", pratiquement tout le monde en aura pour son compte. Deux titres en particulier ont fait beaucoup de bruit : "Black korea", où comment en 46 seconde Ice Cube a certes influencé l'intro du film "Menace II society", mais également la flambée des épiceries asiatiques lors des émeutes de 1992. Puis "No vaseline", qui signe le certificat de décès des N.W.A., avec certains passages jugés antisémites. Ces deux titres été évincés de l'édition européenne d'époque.
Cependant Ice cube n'oublie pas le plus important : la communauté doit se ressaisir, corriger ses erreurs, et adresse notamment sur "Doing dumb shit", un message à la nouvelle génération, pour éviter qu'elle ne fasse les mêmes bêtises que lui, avant "qu'ils ne se retrouvent en première page".
Carrément politiquement incorrect, un brin prophète ("And it's a riot if any more niggaz die"), "Death certificate" est aussi virulent qu'indispensable, le genre d'album sur lequel il vaut mieux être un minimum anglophone pour l'écouter. Musicalement parlant, l'album est très bon, certainement un des meilleurs albums westcoast du tout début des années 90. Mais tous les propos ne seront peut-être pas de votre goût, et il serait dommage et stupide de bouger votre tête sur n'importe quel paroles. Tous les yeux ont été braqués sur lui, car il est resté un nigga wit attitude.