Undisputed

Photo de Beenie Man ©

Beenie Man

Lose Yourself

Publié le mardi 21 novembre 2006 par Raging Bull
Imprimé le dimanche 12 octobre 2008

Autoproclamé « King Of The Dancehall » sur l'un des titres de son bon dernier opus (Back To The Basics), l'excellent toasteur jamaïquain Beenie Man ne revient pas moins prétentieux avec son nouvel album vigoureusement intitulé Undisputed. Devancé par un visuel le mettant en scène en boxeur (visiblement prêt à en découdre), Beenie Man ne masque pas ses intentions de forcer le passage pour accéder au trône si convoité du ragga/dancehall. Largement plébiscité par le passé (ses tubes à foison et son chef d'œuvre The Doctor n'y sont pas étrangers), le bonhomme a traversé une période de doute et a subi les assauts d'une partie de ses confrères (Bounty Killer en tête, depuis toujours) avant de revenir sur le devant de la scène et de tenter sa chance outre-atlantique. Avec l'aide bienveillante des Neptunes (sur Art & Life et surtout sur le très dancefloor Tropical Storm) et de quelques autres producteurs et featurings US de qualité, Beenie s'est ainsi forgé une solide réputation d'artiste à tubes. Aucun doute que Undisputed a été conçu avec l'idée fixe de confirmer cette tendance si chère aux artistes jamaïquains : percer les frontières du marché US, tellement plus lucratif…

Inauguré par l'éponyme « Undisputed », samplant la voix du chanteur Barrington Levy (titre que les rappeurs ont déjà emprunté à plusieurs reprises), l'opus démarre du meilleur pied. Conquérant, mais sans débord d'énergie inutile, Beenie Man impose d'entrée sa force tranquille et ses ambitions légitimes. La bonne trajectoire se confirme avec le hit « Chacka Dance » (que les amateurs de dancehall connaissent bien), et le sympathique « Hmm hmm ». Malheureusement, les velléités mercantiles de Beenie, contenues jusqu'alors, nous explosent à la figure avec le single intempestif « Girls », sur lequel sévit une nouvelle fois l'incontournable Akon (et son refrain qui n'arrive pas à la cheville des plus belles pièces du Beenie de la meilleure époque). Les craintes se font plus épaisses avec le mielleux et tubesque « Dutty Wine Gal » qui convie Brooke Valentine pour un morceau plus Rnb que dancehall (c'est d'ailleurs un reproche que l'on peut transposer à trop de titres de cette livraison…). On revient à de meilleures appréciations pour le terrible « Jamaican Ting » et la présence pourtant de controversée de…Scott Storch à la production. La suite des évènements demeure plus aléatoire, voire anecdotique, avec de gros morceaux (« Beenie Man », malgré un refrain gros comme une maison…, ou le tonitruant « Heart Attack »), et des tentatives infructueuses de tubes (le pénible reggaeton « Fire », la collaboration décevante « My World » avec Lady Saw, par exemple).

Enchaînement de titres plus ou moins ouvertement crossover, cet opus de Beenie Man s'essouffle nettement après plusieurs écoutes. D'abord efficace (car très simple dans sa composition et d'un accessibilité relativement évidente), l'ensemble s'avère rapidement surfait, et surtout dénué de l'identité de son auteur. Visiblement plus attiré par les spotlights des clubs new yorkais et des soundsystems de Miami pluôt que par ceux de Kingston (qu'il a pourtant toujours dans le creux de sa main au gré d'un titre bouillant), Beenie Man livre un album sans grand intérêt pour ceux qui l'ont suivi jusqu'à aujourd'hui (et qui peineront souvent à le reconnaître sur ce coup). Les autres, qui ne jurent que par Sean Paul depuis 2001, auront l'occasion de découvrir que la Jamaïque produit bien d'autres talents que ce cher Sean. Dommage par contre que les rêves de grandeurs nourris par le marché américain ne viennent désormais trop régulièrement les arracher à leur authenticité, et à leur identité artistiqu. Il ne faudrait pas qu'être ou devenir une star du ragga/dancehall ne constitue qu'un passage pour s'attaquer au Billboard, avec la désagréable impression que tout le monde recherche désespérément un "Like glue" ou un "Get busy"... Une grosse déception.

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