
Replaçons le contexte. Tupac et Biggie sont morts. Snoop quitte les embrouilles Death Row et décide de rejoindre une écurie en pleine ascension (ce qu'on ne peut lui reprocher) : No limit records. Pour ceux qui ne le savent pas encore, No limit c'est une machine infernale, caractérisée par son tank doré et son marketing instopable (à l'époque…), qui se devait alors de conquérir cet album. Les soldats du label squattent exclusivement les featurings. C'est l'équipe de « Beat by the Pound » qui prend principalement les commandes. Seul Dj Pooh vient s'incruster le temps d'un « Show me love », ainsi que Soopa Fly accompagné de Daz.
On peut repérer 2 tendances à travers cet album.
Tout d'abord les titres qui s'inscrivent franchement dans le style « dirty south », ou plus précisément celui que le label avait l'habitude de nous concocter. La première partie de l'album en est fortement imprégnée. Si certains morceaux s'en sortent très bien et n'affectent en rien la qualité (« Snoop world »), d'autres peuvent paraître moins judicieux, voir agaçants si écoutés sans modération (« I can't take the heat », ou le trip « Woof ! »). Snoop mériterait même une petite claque pour avoir eu la légère tentation de se cantonner à ses vieux succès (« Gin & Juice II »).
Puis, on retrouve un Snoop plus fidèle à lui-même, lorsque les productions renouent avec un style plus westcoast, aux sonorités de G-funk. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ces titres sont réussis, à l'image du single « Still a G thang », qui réjouira les plus nostalgiques, ou les plus réticents au son No limit. Snoop n'est plus Doggy, il ne change pas pour autant de style, il continue son « gangsta shit » comme il aime l'appeler, tout en arborant fièrement les couleurs de son nouveau label, avec multiples références à ses coéquipiers du moment. Pourtant, c'est un Snoop plus personnel, plus mélancolique que l'on peut découvrir (notamment sur« See ya when I get there »), voir légèrement paranoïaque (« Nigga, Biggie was large, and 2Pac was too real / They had homies with heat on the street and they still got killed / Now how the fuck did that happen? [...]Shit, when you head up out the door, nigga don't forget your fo'-fo'/ Never leave home without it [...]just don't forget it / Cause like I said, when you ain't with it, them niggaz get ignant' » ).
Snoop ne brise pas sa tradition de faire un léger clin d'œil à la old school : « Doggz gonna get ya » reprend en grande partie le « Love's gonna get cha » des Boogie Down Productions, et « DP Gangsta » remplace Ice cube par Snoop et Eazy-E par C-murder pour un remake de « Gangsta Gangsta ». Les choix artistiques n'étaient pas tous pertinents, peut-être dus à des contraintes commerciales, mais l'album n'est pas mauvais pour autant. Master P ne manquera pas de rectifier le tir sur l'album suivant… Da game is to be sold…