Sefyu : interview Qui suis-je ?

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Sefyu

Qui est Sefyu, interview, Qui Suis-je?

Publié le mardi 30 janvier 2007 par Hamed
Imprimé le samedi 11 octobre 2008

Artiste marquant de l'année 2006 et toujours à l'affiche en 2007 avec la réédition de son premier album Qui suis-je ?, Sefyu évoque pour Rap2k.com les sujets qui le touchent particulièrement. De sa démarche d'auteur et d'homme à son activité sociale, il retrace pour nous une vie bien remplie et ses réflexions sur son temps comme sur son oeuvre.

Pourrais-tu nous parler du morceau "Qui suis-je ?" ?
Ce morceau signifie qu'on n'a jamais vraiment fini de se connaître. On doit toujours savoir qui on est réellement. On peut être tantôt agresseur, tantôt victime, celui qui aime, ou celui qui déteste... C'est une remise en question, ce morceau c'est une autocritique. Je voulais amener à penser que l'homme est capable de tout, du bien comme du mal. "Qui suis-je ?", c'est tout ça à la fois.

C'était particulièrement important pour toi de réaliser ce titre ?
Ca l'est vraiment devenu en tous cas. D'ailleurs c'est le titre de l'album... Après avoir écrit ce titre, j'ai beaucoup appris, je m'en suis inspiré pour tout le reste de l'opus, et j'ai pas mal écrit autour. Ce morceau colle très bien à la couleur de l'album. Comme "Noir et blanc", et "En direct de la cave" ! (rires)

Ne crains tu pas qu'apparaisse un décalage entre les thèmes que tu abordes, la façon dont tu les traites, et le message que tu souhaites faire passer ?
J'ai peut être un accent de banlieue, mais j'ai de la réflexion. Il ne faut pas se fier aux apparences. C'est comme dans les émissions de télé, les gens s'imaginent qu'il faudrait y aller en costard ! Moi j'y vais comme je suis habillé quotidiennement, et ça ne m'empêche pas d'aborder des sujets qui me semblent importants. Ca prouve aussi que nous sommes comme tout le monde, et qu'il ne faut pas se "victimiser" sous prétexte que nous habitons en banlieue.

Paradoxalement, tu parles peu de toi dans ce album, intitulé Qui suis-je ?...
Je parle de moi mais sans me montrer du doigt, ce que je vis je ne suis pas seul à le vivre. Quand je dis "qui suis-je", je me pose la question à moi-même. Quand je dis « tu veux une bombe de meuf il faut la tronche qui va avec », je m'adresse à moi-même aussi ! Et si je ne donne pas d'anecdotes particulières sur ce que j'ai vécu, quand je dis « quand tu entends terroriste il y a un arabe qui vas avec », c'est de la dénonciation. Mais c'est vrai que je n'ai pas voulu concentrer mes textes sur moi. Un peu comme quand tu rencontres une personne, tu parles de tout et de rien.

Aujourd'hui c'est quelque chose qui se perd. On ne retrouve plus ça sur le terrain de foot de la cité. Avant on y passait des journées entières. Quand tu enlèves ça, il te reste les jeunes qui galèrent, qui squattent les halls, l'illicite... et la conseillère d'orientation qui te met encore plus au fond du trou...

Est-ce que l'aventure que constitue la réalisation de ton album t'a aidé a en savoir plus sur toi ?
Ca m'a apporté beaucoup, notamment les concerts qui ont suivi la sortie de l'album. J'ai rencontré le public, j'ai aussi mesuré ma taux de patience ! Les gens qui viennent te demander un autographe, ce genre de choses.. Il faut rendre aux gens ce qu'il t'apportent comme soutien. Le public, finalement, c'est le premier média... Tant que je le pourrai, j'irai à la rencontre du public.

Et ton activité d'animateur social, qu'en retires-tu ?
La communication, l'échange avec eux, la patience. Quand tu bosses avec des petits, tu apprend à les comprendre, tu agis plus en fonction de ce qu'ils te donnent, quand tu as à faire à des gamins de huit ou neuf ans qui s'énervent part rapport à une réflexion que tu viens de faire, tu comprends part la suite que c'est du à plein de chose qui viennent de l'extérieur. Il y a toujours un cause bien précise, quand le jeune a un souci généralement il en parle pas et c'est à toi de le voir, et de le comprendre. J'ai toujours été près des jeunes, donc j'arrive à le voir …

Il y a beaucoup de jeunes qui ne savent pas qui sont les grands du quartier, ils ne respectent plus les plus vieux. Avant dans mon quartier les animateurs c'était les anciens. Ils nous encadraient quand j'avais 17/18 ans, on organisait des tournois de foot pour les plus petits qui ne partent pas en vacances. Ca participe au respect que les jeunes ont ensuite pour les "grands".

D'après toi, comment peut-on contrer ce phénomène d'échec social ?
Comme je l'ai déjà dit à plusieurs jeunes, à l'école on apprend le français on connaît notre langue natale. On à cette chance d'être bilingue, tous ce qu'on apprend est une richesse de fou ! Les plus petits apprenent le chinois actuellement ! C'est important de suivre l'évolution économique de notre monde. Aujourd'hui, parler anglais peut te faire décrocher un job alors que d'autres auront un bac + 2...

Dans "La vie qui va avec", tu t'inscris toi-même dans la légende du rap français...

Je n'y ai pas vraiment prêté attention. Avec le recul, je dirais que c'est un titre dans lequel chacun peut se reconnaître, ça parle à tout le monde ce genre de titre. C'est un morceau qui comporte à la fois de l'ironie et des questions plus sérieuses...

Que retiens-tu de ton exposition médiatique, notamment lors de tes passages télé ?
On peut vite s'égarer dans les débats télévisés. Nous somme là pour trouver des solutions, en principe ça parle des jeune et des difficultés qu'ils rencontrent. Au lieu de réflechir à des solutions, ils cherchent des sanctions. Pourquoi ne pas tenter de proposer des idées pour que ça aille mieux entre les jeunes et la police ? Les flics sont des gens comme nous, ils font leur besoin comme nous, sauf qu'il se mettent supérieur a nous...

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