Dutty Rock

Photo de Sean Paul ©

Sean Paul

Dancehall XXXplosion

Publié le mercredi 14 février 2007 par Raging Bull
Imprimé le mercredi 08 octobre 2008

Le ragga dancehall n'est pas né en 2002. Qu'on se le dise. Mais il a fait tomber les dernières barrières qui le retenaient d'une invasion planétaire cette année là. Auparavant, Wayne Wonder, Capleton (avec Method Man), Bounty Killer (avec Mobb Deep), ou encore Beenie Man (son tube "Dancehall Queen"), s'étaient essayés à conquérir le marché US. Au hasrad d'un titre, d'une collaboration, tous avaient nourri le doux espoir d'investir cet eldorado. A force d'efforts dispérsés, les soirées dancehall se sont multipliées à New York (notamment avec l'arrivée de TOK et d'Elephant Man), et puis en 2002, Sean Paul a changé la donne.

Gros tubes, mélodies vocales contagieuses et chorégraphies sur mesure, Sean Paul, a réussi là où la plupart de ses prédécesseurs avaient échoués. Un raz-de-marée planétaire, une floppée de hits et un album "gros comme ça". Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, Sean Paul a redimensioné à lui seul un style vieux de dix ans au moins (dans sa forme actuelle). La véritable montée en puissance de Sean débute avec son précédent opus, Stage One, qui, grâce à quelques tubes bien sentis ("Deport Them", "Infiltrate", etc.), avait positionné le personnage comme une solide relève. L'aventure Dutty Rock est lancée par l'énorme single "Gimme the light", relayé par les DJs du monde entier. Jigga, Busta Rhymes, les Neptunes, The Clipse, tout le monde se jette alors sur le phénomène Sean Paul, participant à faire gonfler son buzz de manière surprenante. Sean Paul n'a pas encore bouclé son album, il arrive tout juste chez VP, et son succès est presque déjà assuré.

Dans la foulée, il envoie "Get Busy" et le sensationnel "Like Glue" comme deux ogives destinées à ravager les derniers opposants à sa musique. Nouveaux succès. Les deux singles s'infiltrent partout, dans les clubs, sur les ondes radios, dans la programmation des chaînes musicales, dans les autoradios, et surtout, dans les esprits. Sean Paul joue de sa voix claire et de son sens inné du refrain pour conquérir les dancefloors et les coeurs. Il attire la sympathie autant que le mépris, son succès gonfle dans le monde et maigrit en Jamaïque ("nul n'est prophète en son pays"). La faute peut-être à des origines sociales des hauteurs de Kingston, qui lui valent une sorte de rejet compulsif des quartiers chauds de K-Town.

Peu importe, impossible de nier l'évidence. Sean sort un album gavé de tubes, capable de renverser à lui seul toutes les résistences. "Shout (Street Respect)" fait l'effet d'une déflagration à Londres (parole !), "International Affair" représente le single potentiel parfait, "Can you do the work" (ft Ce'cile), sur le Liquid Riddim, allume tout sur son passage, "My Name" est un des meilleurs titres jamais sortis dans le genre, tandis que le "Pass the dro-remix" (sur le "Pass the Courvoisier") avec Busta tourne dans tous les clubs avertis. Sur de son talent, Sean s'offre quelques invités hip hop (Rahzel, Tony Touch) pour finir de convaincre les bastillons d'opposition.

Les seuls décéptions de cet album viennent, des titres trop ouvertement orientés platine, tels que l'inaudible "Bubble" produit par des Neptunes bien peu inspirés, ou le tube reggae "I'm style in love with you", qui fait un peu tache dans l'ensemble. Aucune raison de bouder son plaisir, néanmoins, car la réussite est complète. Sean Paul parvient à réaliser le tour de force de rallier le public international en finissant également par s'attirer la sympathie de son pays natal. Les rude boys lui en veulent, car il a un tendance prononcée pour les girls tunes, il n'apprécient pas les histoires de guns et de meurtre, mais Sean s'en fout. Il fait de la musique, rien que de la musique. Dommage que sa popularité grandissante l'ait poussé à quelques collaboration douteuses (Beyoncé et Blu Cantrell en tête), et que ses singles aient été usés jusqu'à la moelle par les radios. C'est surement ce qui fait dire à beaucoup que Sean Paul est "commercial", et ce qui lui a permis de vendre 6 millions de cet incroyable Dutty Rock !

Version imprimable tirée du site www.Rap2k.com
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