
La nuit qui vient de passer fut pour le moins inhabituelle.
Moi qui ne me souviens que très rarement de mes rêveries nocturnes, force est de constater que celle que je viens de vivre me reste irrémédiablement gravée dans un coin de la caboche. Cette nuit, je suis enfin sorti des sentiers battus, j'ai remonté le temps, moi qui ne voyages jamais bien loin lorsque j'écoute du rap français. Un MC enthousiaste et sincère m'a emmené très loinailleurs, vers des contrées jusque-là inexplorées par ses prédécesseurs, ou du moins parcourues sommairement et à de peu nombreuses reprises.
Koma, mon guide nocturne, m'a laissé franchir la porte de son premier album solo, lui qui avait travaillé et grandi en compagnie de la Scred Connexion et de son porte-étendard Befa l'impertinent. De ce que j'ai pu voir, Koma s'est plus qu'épanoui, et ne s'est pas contenté de rester dans l'ombre de son glorieux parrain, mais s'est au contraire forgé une réelle personnalité, ainsi qu'un univers empreint de lucidité et de maturité. Dès l'introduction de mon songe, la voix de l'immigrant africain décidé et revanchard m'a pris aux tripes, et j'ai entraperçu les contours de ce qu'allait être la suite de ma visite. Mon accompagnateur me fit ensuite découvrir d'autres parcelles de son territoire : les plaines jonchées d'espoir de « C'est ça qui nous rend plus forts » aux places rythmées et entraînantes de « Classic » (où Logilo m'accueillit à bras ouverts avec un beat de derrière les fagots ), en passant par les terres en jachère isolées de « Avec c'qu'on vit », où nous rejoignit Mourad.
D'ailleurs, des accompagnateurs, il y en eut plus d'un lors de ce périple. Les compères de la Scred Connexion nous rejoignirent au grand complet au bar du « J'oublierais pas », où jouait un combo jazzy, me rappelant que les interconnections jazz/rap ne sont pas si récentes. Puis ce fut au tour de deux mirages se faisant rares sur les rêveries des autres de faire leur apparition : Rocé et Kohndo ne venaient surtout pas par hasard, et c'est sur une des parcelles les plus réussies du lieu de songe qu'ils vinrent poser toute la verve et l'originalité qu'on leur connaît. « Un parmi des millions », je n'avais plus l'impression de l'être, tant le moment me paraissait privilégié. J'étais sûrement en plein dans ce qu'on appelle le ‘sommeil profond', vu que j'espérais et crus, à ce moment précis, ne plus jamais me réveiller.
Au final, et après un voyage de plus d'une heure, j'étais plus que comblé et n'avais qu'une seule envie, me remettre à rêver au plus vite, même si le rêve est parfois teinté d'une part de clairvoyance qui ouvre les yeux aux plus endormis.
Ma rêverie fut salvatrice, et dieu que Le Réveil fut bon !