
Signés chez VP Records pour leurs débuts officiels, les quatre joyeux comparses de T.O.K (pour Touch Of Klass..) entendent bien se faire une place au soleil avec leur premier effort collectif, aussi attendu qu'annoncé. A force de 45 tours placés, par ci par là, comme des mines, TOK s'est forgé une solide réputation et un sacré buzz dans le petit monde atomisé d'alors : le ragga dancehall. Nous sommes en 2001, et une nouvelle donne est sur le point d'être distribuée.
Appuyée par le phénoménal (et plus que controversé) single "Chi-Chi Man", la sortie de ce My Crew, My Dawgs, secoue bien fort les sound systems de Kingston et d'ailleurs. S'en suivra une véritable déférlante de 45 tours, tous aussi réussis les uns que les autres. "Man ah bad man", en compagnie du guerrier Bounty Killer, est un hymne énérgique aux mauvais garçon, solide dans les flows. Autre style, autre bombe : le "Money 2 burn", et sa basse empreintée à la bande originale de Grease, est une déflagration tout droit venue de l'esprit des quatre garçons plein d'avenir. Dans un style à la fois toasté, rappé et chanté, TOK recycle volontiers toutes les recettes qui ont fait la réussite de la musique noire américaine : rythme, mélodie, savant mélange d'influences aussi hétérogènes que bienvenues. "Mona Lisa (2002 stylee)" continue d'enfoncer le clou et perfore les enceintes. Des voix hallucinantes, dont on se demande parfosi si le vocoder n'est pas l'ingérdient magique. Vous saurez que non (enfin, en tous cas pas sur cet album...), des couplets énérgiquement rappés pour les hip hop heads qui se seraient perdus parmi les auditeurs, et surtout des refrains accrocheurs, à la limite de l'histérie par moment. TOK est un groupe qui attire autant les fans que les détracteurs, tant il est difficile de dire qu'on reste indifférent ou partagé à l'écoute de ces titres aussi particuliers et novateurs dans le style ragga dancehall. Sorti en single avant l'album, "All day" compte aussi parmi les ogives dévastatrices de cette galette. Catchy et enlevé, ce titre emporte tout sur son passage. Un son pour les clubs, qui a d'ailleurs reçu un accueil assez favorable à l'époque. S'en suis "Keep it blazing", nouvelle bombe, et "Eagles Cry", gros morceau calqué sur un tube de Prince. La fin de l'album s'estompe un peu, tant les émotions précédentes ont été fortes. La dernière envolée musicale intervient avec l'énorme "Shake yuh bam bam", énième tube destiné à renverser les sound systems et autres dancefloors du monde entier.
Mélant savamment reggae (sur l'incontournable "Gimmi da muzik", en compagnie du revenant Shabba Ranks), ragga évidemment, hip hop, rnb et autres mélodies empreintées à la pop, TOK propose une recette infaillible, capable de séduire les plus difficiles d'entre nous. Souvent décrié pour sa tendance très "hype", le quatuor fait partie des incontournables de ce style énérgique et accessible. Loin du style hardcore d'un Bounty Killer (qui n'aurait pourtant pas renié le sulfureux "Chi-Chi Man"), TOK se classe plutôt parmi les déscendants d'un ragga mélodieux et "fashion", tels les enfants d'un Beenie Man, d'un Super Cat ou d'un Mr Vegas. Beau mélange d'influence en tous cas, pour ce groupe que les puristes qualifient volontiers de boys band du dancehall. C'est quand même nier une évidence : les TOK sont là pour briller, et ça marche. Un disque à écouter absolument.