
A quelques semaines des élections présidentielles, les artistes français de la scène rap ne cachent pas leur volonté de peser sur les débats. Soucieux d'éveiller les consciences et d'éviter les impasses du passé (proche), certains d'entre eux se sont ainsi réunis sous la bannière Ecoute la Rue Marianne, histoire de faire entendre la voix du bitume, celle des revendications et de l'espoir. Ralliant des artistes du moment, et d'autres plus habitués de la prise de position, la tracklist est composée de près de quarante titres tranchés et engagés (au moins dans les intentions). Evidemment, avec un tel florilège de pamphlet tout droit destinés à Marianne, à ses promesses non tenues et à ses trahisons, les fortunes sont diverses et l'on ne retiendra pas toutes les prestations avec le même enthousiasme. Le vétéran Black Jack frappe fort, d'entrée, avec « L'émeute », suivi de prêt par un Lino affûté pour un « Mille et une vies » de bonne facture. Pit Baccardi apparaît en meilleure forme que lors de ses dernières sorties pour un solide « On veut », tandis que Salif et Jacky Brown font la paire sur « Le débat » (le Neg'Marron se chargeant évidemment du refrain). Toujours parmi les morceaux à la hauteur des espérances, Médine et Ibrah s'imposent en entonnant un pertinent « Marianne a tout pris ». Le plaisir n'est pas feint à l'écoute de Namor (« Fier d'être français ? »), dont les apparitions, quoi que devenues rares, restent justes, ou encore de la Scred Connexion et de son « Le poids des préjugés » (qui passe en revue une foule d'idées reçues colportées sur les banlieues).
Malheureusement, le trop s'avérant une nouvelle fois l'ennemi du bien, les titres dispensables ne nous sont pas épargnés. Certains textes, bourrés de clichés autant que d'intentions louables, manquent de relief et d'envergure. Smoker rentre dans le rang avec « Marianne m'a trahi », alors que Stomy Bugzy enterre son alter ego Gangster d'Amour en retournant au charbon comme un jeune loup pour « Brûlez tout ». Un peu brouillon par moment, l'opus semble manquer de consistance dans le contenu, même si les artistes prennent le maquis à l'unissons contre l'ordre établi, et pour dénoncer les désillusions de l'immigration (« N é ici avec la gueule d'ailleurs »). Si la ligne directrice demeure cohérente, force est de constater que le feu d'artifice organisé dessert quelque peu la force de frappe de l'ensemble. Ainsi, l'auditeur aura parfois le sentiment que le rythme s'essouffle, comme lorsqu'Alibi Montana entonne "On vit en contre" et sa ribambelle de comparaisons plus ou moins bien senties, alors que les gros morceaux, fédérateurs et enlevés, comme celui de Matt Moerdock (« Combien ? » ) s'avèrent trop peu nombreux pour assurer le tempo de l'opus. Les auditeurs en auront toutefois pour leur compte avec cette tracklist pléthorique, qui ne pèche que par une volonté certaine de trop bien faire. Une sélection plus tranchée aurait sans doute allégé l'ensemble, et redonné une percussion supérieure. La présence de poids lourds comme Le Rat Luciano, le Saïan Supa Crew, Ol'Kainry, Passi ou encore Youssoupha devrait toutefois jouer en faveur de cette sortie dans l'air du temps.