
C'est vraiment dur de voir des artistes R&B truster la première place des charts tout en restant dans l'ombre et ce, dans l'impossibilité de riposter efficacement. Lloyd a assisté passivement à l'éclosion de la tornade Chris Brown, ou au succès fulgurant de Ne-Yo... Et pourtant, ce jeune crooner en manque cruel de reconnaissance n'en est pas à son coup d'essai puisqu'il nous avait déjà proposé son premier album baptisé Southside, une oeuvre qui est très loin d'avoir marqué les mémoires mais qui aura eut le mérite d'avoir fait parler de lui, et c'est le principal. Lloyd peut par contre se targuer d'avoir jouit d'une promotion monumentale via ses apparitions remarquées sur des tubes à fort potentiels comme "Caught Up" de Ja Rule ou sur le convaincant "Take Me Tonight" d'Ashanti.
Zappons immédiatement une intro classique mais néanmoins sympathique pour mieux se concentrer sur le "corps" du disque. Comment ne pas échapper au titre "You" qui a monopolisé les charts américains pendant plus de 30 semaines ? Cette réussite combine ingénieusement des ingrédients éfficaces : un beat mélodieux, une bonne présence du sudiste Lil' Wayne ainsi qu'une aisance remarquable de Lloyd. Tout est réuni donc pour faire trembler les dancefloors du monde entier... Cette constatation pourrait aussi convenir à "Get It Shawty", même si la facilité ressort clairement à l'écoute. Le chanteur comprend comment fonctionne le marché musical et adapte ses stratégies en conséquence, transformer l'auditeur en cible marketing... Poursuivons dans les titres de qualité avec l'électrique "Hazel", le chanteur succombe à la métaphore de la drogue pour aborder l'attachement féminin... Plutôt original. Citons aussi la belle production de Johnta Austin qui signe à coup sûr le meilleur morceau de l'album "I Don't Mind"
Mais à trop vouloir miser sur les tubes, on finit par jouer avec le feu. Et c'est malheureusement ce qui se passe avec ce disque, la grande majorité des titres ne décolle pas, c'est très fade. Prenons le cas de "Street Love" qui est un titre qui essaie tant bien que mal de fédéraliser via l'ajout de choeurs, mais toute cette surenchère auditive ne peut masquer les carences vocales de notre ami ainsi que le manque perceptible de mélodie. Plus on se penche sur les éléments constitutifs de l'oeuvre et plus l'évidence de visualiser un album surfait est grande... Lloyd est loin d'être le chanteur R&B rêvé, sa voix manque clairement de force et de détermination, il cède volontiers aux murmures et des signes d'améliorations depuis son dernier album ne sont toujours pas perceptibles... Si Lloyd veut marquer la scène R&B, il devra faire un choix plus judicieux de ses producteurs car quand on écoute "Incredible", la réalisation laisse franchement à désirer : un beat simpliste, quelques bruits de tambours et une ligne électronique... Jazze Pha ne détient toujours pas la formule parfaite qui permetterait de créer des productions consistantes.
Reste que malgré ce constat amer, Street Love devient le meilleur album de l'artiste (Ce n'est pas une prouesse) de par la présence d'une certaine maîtrise artistique et surtout, de la conviction solide du chanteur qui désire atteindre les hautes sphères qualitatives. Il ne reste plus qu'à notre ami d'optimiser sa voix, de choisir des thèmes plus approfondis et de mieux aborder ses mélodies. Dans l'état, "Street Love" est un produit banal qui ne risque pas de se démarquer de la concurrence, LIoyd devrait savoir que le marché musical est une matrice où la moindre erreur ne peut-être tolérée, à lui de s'accrocher et de se battre pour ne pas sombrer dans les profondeurs de l'oubli.