For Whom The Beat Tolls

Photo de Canibus ©

Canibus

Accro du micro

Publié le lundi 09 juillet 2007 par mista jpkoff
Imprimé le mercredi 03 décembre 2008

Voilà chef. C'est lui. Agent Germaine Wlliams, nom de code « Javelin Fangz ». Je l'ai trouvé effondré près du micro, à moitié mort de soif. Le soleil se reflétait sur son crâne luisant, ses lèvres étaient aussi craquelées que le sol terreux. Pas moyen de le ranimer sur place, je l'ai ramené à la base en jeep. Quand je l'ai installé sur un lit de camp au dispensaire, il est revenu à lui en murmurant des phrases incohérentes à propos des pyramides, des extraterrestres, des cosmonautes et du gouvernement, avant de sombrer à nouveau dans un sommeil profond. Le lendemain, tout ce qu'il m'a réclamé, c'était un stylo et un bloc-notes. Les sourcils froncés, il a écrit pendant 24 heures sans s'arrêter. Il veut vous parler à propos du micro, je crois que ça l'a rendu dingo : « My name is Canibus, gimme the mic cause it's a must that i bust »

Canibus a toujours été attiré par le micro. Avoir voulu l'arracher des larges épaules d'LL Cool J lui a valu un des beefs les plus mémorables de l'histoire du rap, envoyant balader la réputation du Lady Lover à coups de punchlines assassines. Son obsession du mic l'a conduit à sortir toujours plus d'albums sur n'importe quels beats. Franchement réussis comme Mic Club Curriculum, Rip The Jacker ou 2000 BC, mi-figue mi-raisin comme Can-I-Bus ou Hip-Hop 4 $ale, ou foireux comme C True Hollywood Stories et Mind Control, peu importe. Ce qui compte, c'est l'art de la rime. En 2007, c'est avec Scram Jones, Moss et J Wells aux manettes qu'il revient pour « For Whom The Beat Tolls », un huitième album en forme de chapitre à ajouter à l'histoire d'un des plus grands lyricistes que le rap ait connu. Un chapitre dont on se souviendra au moins pour une raison : son projet « Poet Laureate Infinity ». Can-i-bus est capable de cracher des couplets de 100 bars à longueur d'album, on le sait, mais ici il propose encore plus : 1000 mesures de battle/egotrip découpées en 5 différentes pistes de plus de 11 minutes. Chaque piste prise à un instant précis rime avec les autres pistes au même instant, les schémas coïncident. Pas clair? Sur le site www.poetlaureateinfinity.com, vous pouvez mixer les 5 pistes comme bon vous semble avec les 2 pistes instrumentales utilisées pour vérifier vous-mêmes. Comme il le dit lui-même :

With passion of a Microphone Patriot / I did it for my Fathers; I did it for my Mothers and my Brothers / I did it for the world to discover / The head of a Lion, the legs of an Eagle / The wings of a Dragon, and to the people / I hope the words reach you / There is strength in numbers, there is numbers in strength / The ink, I bow before the desert wall of the Sphinx / Into the bottomless pool of Poetry I plunge / 1000 Bars from the real Iron Lungs / Everybody bow your heads, say this prayer / From this moment HIP-HOP IS UNITED EVERYWHERE/ POET LAUREATE INFINITY! / I WILL FOREVER BE THE ILLEST LYRICALLY!


« Poet Laureate Infinity » est présent sur la tracklist dans ses versions 003 et 004, et disponible entièrement en bonus track. Tout au long de l'album, Bis étale sa férocité et ses talents de lyriciste avec sa voix rauque et ses références compliquées mélangeant science-fiction, imagerie militaire, ésotérisme... Démonstration sur « Magnum Innominandum ». 'Suivez moi' demande-t-il accompagné de cordes et d'une voix samplée mélancoliques I was taught my heart was my brain in my past life / I was thrashed in a fight over my passion for the mic / Risked the ultimate sacrifice to rhyme, askin' Christ why? / He replied; "Passions like mine have a price" / They will grab you if you grab the mic. Au niveau instrumental, on est loin de ses pires livraisons que même les malentendants avaient peur d'écouter. La touche orientale de « Fusion Centre » par exemple fait son effet, surtout lorsque Vinnie Paz apparaît pour une nouvelle collaboration réussie JMT/Canibus. « Dreamzzz » également bénéficie d'un bon beat rapide et catchy. Canibus, toi au moins tu m'as compris, je rêve de me taper Mélissa Theuriau ou plein d'autres bonnes femmes de la télé, apparemment tu sais ce que c'est : « Dreamzzzzz of fuckin' a female news anchor / I'm just playin', but I'm sayin' » Suivent des scénarios dignes des meilleurs films porno... Changement de style avec « Javelin Fangz » et ses pianos agressifs, où le soldat Germaine Williams (enrôlé 3 ans dans l'armée américaine de 2002 à 2005) se prépare à partir au combat en vérifiant le contenu de son paquetage : You got your Weapon? Check! / You got your Ammo? Check / You got the filthy slut pin-up calendar? Yes / You got the food? Check / You got supplies? Check / You got the trees so we can get high? - I Quit / Your names Canibus - So what da fuck that means / Can-I-Bus is the emcee not weed.

'I Quit'? Sacré farceur, Canibus s'est fait virer de l'armée après s'être fait coincer avec un spliff en 2005. En tout cas cette track déborde de testostérone, Bis y défonce tout sur son passage. Les featurings sont rares comme à l'accoutumée mais efficaces : en plus du Jedi Mind déjà mentionné, Killah Priest et Sun sur « Liquid Words », et le revenant K-Solo pour « There Has He Been » s'incrustent sur la tracklist. Pour connaître la vérité sur les extraterrestres, écoutez « Secrets Amongst Cosmonauts » et son beat relaxant... Si vous voulez simplement en prendre encore plein les oreilles de battle rhyme de folie, rendez-vous sur « 702-386-5397 ».

On ne sait jamais à quoi s'attendre à chaque nouvel album de Canibus. Celui-ci ne déçoit pas. Dans sa discographie, « For Whom The Beat Tolls » est à ranger quelque part aux côtés de 2000 BC et Mic Club Curriculum. Ne faisons pas la fine bouche devant les quelques défauts (certains beats moins efficaces, un flow pas spécialement varié...), et admirons les prouesses lyricales de Rip The Jacker. Le micro n'aura jamais de répit.

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