Can-I-Bus

Photo de Canibus ©

Canibus

Est-ce un micro sur ton épaule ?

Publié le lundi 09 juillet 2007 par mista jpkoff
Imprimé le mercredi 03 décembre 2008

STORY OF CANIBUS, CHAPTER 1

Après des débuts officiels en fanfare, notamment 2 feats remarqués sur le deuxième album des Lost Boyz, Canibus est invité par LL Cool J à enregistrer le posse cut « 4321 » aux côtés de Method Man, Redman et DMX. Tout à sa fougue lyricale, Bis se propose d'emprunter le micro tatoué sur le bras de LL au cours de son couplet. Cette dédicace passe très mal, « Cool » James ayant apparemment du mal à saisir la subtilité de la phrase. Il retire le couplet offensant et modifie le sien pour disser Canibus… Le beef est lancé, et le buzz de Bis aussi. Wyclef Jean des Fugees prend alors le jeune jamaïcain sous son aile pour lui faire enregistrer son premier album, et surtout son premier single, sa réponse à LL Cool J : « Second Round Knock Out ». Un diss terrible bourré de punchlines sur fond de basse menaçante et de vocalises d'opéra, agrémenté de la présence de Mike Tyson en hypeman, auquel LL Cool J n'aurait jamais dû répondre. A ce stade-là, il avait déjà perdu.

Mad at me cause I kick that shit real niggaz feel
While 99% of your fans wear high heels

It's about who strikes the hardest, not who strikes first
That's why I laugh when I hear that wack ass verse
That shit was the worse rhyme I ever heard in my life
cause the greatest rapper of all time died on March 9th

And if you really want to show off, we can get it on
Live in front of the cameras on your own sitcom
I'll let you kick a verse, fuck it, I'll let you kick em all
I'll even wait for the studio audience to applaud


Mais un album ne se construit pas sur une seule chanson. Après cette agression lyricale, les fans attendaient du lourd, du méchant, de la battle rhyme sur tout l'album. Là se situe la grosse erreur artistique de Wyclef : les beats de l'album sont souvent très soft et peu appropriés à un MC comme Canibus. Du coup, après une première semaine de ventes exceptionnelle suite à son buzz, l'album déçoit énormément et Bis retombe dans le quasi-anonymat. Mais qu'en est-il en réalité ? D'un côté, nous avons des productions peu inspirées et sans âme comme Buckingham Palace, Get Retarded (guitares hawaïennes sur battle rhyme, ce n'est pas du meilleur effet), Hype-nitis, I Honor U (un refrain sirupeux qui ruine tout) qui donnent raison aux détracteurs et font plonger la qualité de l'album.

D'un autre côté, plusieurs titres sortent du lot : Patriots, présentation guerrière des soldats de la Navy Canibus et Free sur fond de violons ; Nigganometry, où les lyrics de Canibus ont pour but de faire dégonfler la tête des jeunes MCs avec beaucoup d'humour, et un sample relaxant de Willie Hutch. Un nouveau mini-diss scratché à LL à la fin du morceau… ; What's Going On, titre bien soul discutant de la violence latente dans les clubs hip-hop. Je me permets d'ailleurs une parenthèse : ce titre motre toute la virtuosité lyricale de Canibus. Pour faire un constat sur la violence armée, il commence par décrire une scène dans une boîte de nuit où il doit rapper. Puis il raconte comment une soirée dégénère à base de fusillade. Enfin, il conclut en généralisant sur l'inutilité des armes à feu. Pour parler d'un même sujet, il se place à différents points de vue, analyse différentes perspectives, passe de la narration à la dissertation… Un talent d'écriture hors normes ; Channel Zero, un aperçu des complots qui se trament en haut lieu, médias et politique, dans la lignée des théories conspirationnistes des mouvements pro-black, avec un discours d'une logique implacable ; Let's Ride, très smooth avec des couplets egotrip, et un bel exercice de style lorsque Bis imite avec un grand naturel le phrasé en double-time des Bone Thugs ; Rip Rock, qui ne sera pas du goût de tout le monde : sur un riff de guitare hard-rock (allergiques aux guitares électriques s'abstenir), Canibus se montre sous son meilleur jour, ce qui prouve qu'il n'est jamais aussi performant que sur des beats qui ont la patate.

Bilan : forcément en-deçà des espérances, Can-I-Bus reste une déception. Mais il montre néanmoins que Canibus est un MC de tout premier plan, aux lyrics complexes autant dans la forme que dans le fond, une écriture intelligente et soignée, et un flow agressif de battle. L'échec artistique de l'album pousse Bis à stopper sa collaboration avec Wyclef.

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