L'Excuse

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Philemon

Sorti du chapeau

Publié le mercredi 11 juillet 2007 par Raging Bull
Imprimé le mercredi 03 décembre 2008

Prenez une pincée de jazz, quelques accords de guitare un peu pop et très varièt', un flow posé et décontracté, un storytelling adroit et des thèmes souvent intelligemment traités, une poignée de dreadlocks jaunes, et vous obtenez le premier opus longtemps attendu de Philémon. Sans pression apparente, le rappeur nantais ne débarque pas pour autant les mains dans les poches et en donnera pour leur attente à tous les auditeurs qui l'ont longtemps plébiscité sans rien voir venir. Artiste atypique de la scène française (et pas seulement en raison de son look coloré), Philémon propose L'Excuse comme invitation dans son monde, notre monde.

Les excuses peuvent être solennelles, elles peuvent être tristes et graves, elles sont parfois aussi les plus plates. Aucun de ces qualificatifs ne correspond pourtant à L'Excuse de Philémon. Rafraîchissantes, tantôt légères, tantôt sérieuses, mais toujours digestes, les narrations de l'artiste font souvent mouche, comme l'excuse alambiquée d'un rendez-vous oublié, ou celles sans artifice d'une rencontre manquée. Philémon est pourtant bien présent, malgré un peu de temps égrainé en route, et assure l'intérêt de l'opus jusque dans les moindres recoins. Chantant, rappant, récitant et causant, le rappeur nantais enchaîne ainsi les atmosphère dans une ambiance de discussion en terrasse. Sur « C'est moins grave », son intonation et sa narration sereine ne sont pas sans rappeler l'assurance et l'habileté d'Oxmo Puccino, alors que « El Jazziness (reste tranquille) » ne cache pas l'influence nantaise d'Hocus Pocus. Les histoires du quotidien (le sien ou celui des autres), que Philémon raconte avec humour et simplicité nous renvoient parfois au flow décontracté de 20Syl, sans pour autant occulter l'identité réelle de Phil'. Plein de finesse sur « Travailler », il évoque les difficultés éprouvées pour se lancer dans le métier d'artiste, notamment pour concilier une empreinte musicale personnelle et les exigences du carcan du milieu.

Le temps d'un « Mwana Mbok », l'eléctro revient au goût du jour. Courte intrusion dans les clubs, dans un ensemble résolument festif (au moins dans la forme), ce titre caractérise surtout l'absence de limite imposé par Philémon à sa propre musique. Rien n'est ici sujet à complexe, pas même le marivaudage de « Comment s'appelle-t-elle », qui ferait pâlir plus d'un ténor de la scène française par son côté doucement intime et discrètement fragile. Repoussant bien loin le cliché du rappeur proxénète qui a tant fait rêver (et dont beaucoup usent et abusent toujours), et laissant de côté le machisme ambiant de la scène actuelle, Philémon évoque la rencontre, le premier pas. Le rap revient au centre du propos à de nombreuses reprises, comme lorsque Philémon lance un « We will rap U », ou quand il entame son « Champion freestyle ». Au gré d'une escapade sur les îles (« Série Zouk »), il laisse s'installer des influences éclectiques, allant du jazz à la musique antillaise, en passant pas la variété et les débuts du Hip Hop.

Original dans son approche, Philémon se rapproche de ses voisins Hocus Pocus dans la lignée des rappeurs à l'aise dans les ambiances feutrées et jazzy. Sans bouleverser le genre, le nantais s'installe toutefois en bonne position dans le paysage français, grâce à une plume fine et à une maîtrise souvent impeccable des mots. Jongleur et joueur de la langue, Philémon confirme les espoirs placés en lui, quitte à se faire huer par la majorité bestiale des auditeurs. Ne venez en effet par chercher des histoires de banditisme, de trafic de stupéfiants, d'arme de poing ou de réseau de prostitution. Philémon est simple et honnête, il ne s'en cache pas, et ça lui réussit plutôt bien.

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