
Si "Ghetto Heisman" (Def Jam Records) est déjà le deuxième album de WC, celui-ci a déjà eu une autre vie avant ses aventures en solitaire. Une vie déjà bien remplie qui passe bien évidemment par ses premières esquisses en 89 avec DJ Aladdin au sein de Low Profile, pour ensuite devenir un court instant WC & The Maad Circle en rameutant notamment autour d'eux DJ Crazy Toones (son frère), ainsi que Coolio qui se révélera au grand public un peu plus tard. Mais sa plus belle épopée sera avec sa Westside Connection par l'intermédiaire de leur opus "Bow Down" (1996) qui chamboula tout à sa sortie et fera bien parler de lui; un groupe formé en pleine rivalité Eastcoast/Westcoast avec Ice Cube et Mack 10. De bonnes bases qui l'amèneront à sortir "The Shadiest One" deux ans plus tard, mais avec un succès commercial qui ne sera pas vraiment au rendez-vous.
Un autre évènement va alors le propulser encore un peu plus médiatiquement, il s'agit de la célèbre tournée Up In Smoke Tour (2000) avec Dr Dre, Snoop Dogg, Eminem, Ice Cube et Xzibit. Un public plus vaste et international découvre alors cet énergumène charismatique à la drôle de barbichette faisant une démonstration de C-Walk sur scène. A ce moment-là, il jouit d'une plus forte côte de popularité, Def Jam sent la bonne affaire et l'engraine dans son écurie pour sortir fin 2002 ce "Ghetto Heisman". Une chance pour Dubcee qui s'attend enfin à connaître un large succès mérité... Et ceci est d'autant plus espéré à l'écoute du premier single très hot et olympique "The Streets", sur lequel il partage l'affiche avec Snoop Dogg et un refrain entraînant de Nate Dogg. Un tube fédérateur très efficace réalisé par Scott Storch, qui lui aussi prend de plus en plus d'ampleur depuis sa participation à la chronique "2001" de Dre. Et pourtant malgré cet hymne et la bonne qualité globale de son opus, celui-ci échouera considérablement au niveau des ventes. La faute à la mauvaise commercialisation et gestion du label qui délaisse un peu son produit, n'ayant peut être pas l'habitude de promouvoir un artiste de l'autre côte.
Ce n'est pourtant pas les bon gros sons westcoast qui manquent ici. Des mélodies brûlantes à vous donner des coups de soleil et des grosses basses à faire vibrer la carrosserie de votre caisse, voila ce qu'on y trouve. Parmi eux, "Bellin'", "Da Get Together" et les voix fumantes respective de Kokane et Butch Cassidy. Comment ne pas succomber et se laisser porter par les petits sifflements qu'amène Rick Rock à sa production sur "Flirt", cette réunion claquante du gangster, du killer et du dope dealer sur "Walk" produite par Battlecat. Non ce n'est pas fini ! Ice Cube revient avec MC Ren sur "Wanna Ride" de Tony Pizzaro, pour une virée le long de la rive avec Dubcee. Le très funky "Bang Loose" avec ses homies Dr.Stank, Lady T et Dauville, ou encore le rythme très exotique de "Let's Make A Deal" produit par Crazy Toones avec la douce voix de Lina.
Le point particulier qui distingue WC des autres rappeurs c'est bien évidemment son flow atypique qui jongle et fait rebondir les mots dans sa bouche. Cet album est vraiment l'image même de ce qui s'est toujours fait du côté de la Californie, avec des sons à l'ambiance joviale et festive, et des histoires de fesses ou de gang. Mais si vous vous demandiez si WC serait capable de faire d'autre style de morceaux, la réponse se trouve sur "Something 2 Live 4", sur lequel il démontre qu'il est également un bon conteur d'histoire. "Ghetto Heisman" regorge donc de tubes vitaminés en tout genre, ou le seul point noir seraient la présence de quelques morceaux qui contrastent fortement avec ces derniers; comme "Throw Your Hood Up", "Tears Of A Killa" ou encore cette collaboration plus légère qu'on aurait pu croire sur "So Hard" malgré la présence de Scarface.