
Chanteur jamaïquain à la voix de miel, Wayne Wonder a explosé mondialement sur le tard lorsqu'en 2003, son tube « No Letting Go » (sur le Diwali Riddim) portait jusqu'en haut des charts l'opus No Holding Back. Signé sur VP Records, l'artiste n'en est toutefois pas à son coup d'essai avec la sortie très attendue de Foreva. En effet, depuis ses premières notes poussées dans la chorale de l'église de son quartier, en passant par une foule de reprises de tubes US (« Forever Young », « Never Gonna Give You Up », etc.) et une bonne collection d'albums originaux, Wayne Wonder n'a jamais vraiment cessé de tenir le haut de l'affiche parmi la pléthore des singjays qui écument les scènes de Jamaïque et du monde entier pour y défendre leur savoureux mélange de reggae et de Rnb.
Bien avant Da'Ville, mais juste après Sanchez, Wayne Wonder s'inscrit dans la grande tradition des chanteurs yardie dont la musique s'inspire essentiellement de l'amour, reprenant à leur compte mélodies et hits internationaux à la sauce reggae. Avec les relations hommes/femmes comme pièce maîtresse dans l'approche artistique, l'écriture de Wayne Wonder se nourrit des candeurs et des désillusions du Sentiment Noble. Ainsi, à l'instar de l'ensemble de la discographie du chanteur, ce Foreva pivote autour de titres évocateurs : « Gonna Love You », « Original Share My Love », « For My Love », « The Way You Love Me », « Love & Affection », ou encore (pour ceux qui auraient manqué la place du cœur dans l'anatomie particulière du chanteur…) « L.O.V.E ». Si pour certains (certaines, diront les mauvaises langues) la récurrence du sentiment amoureux donnera de la hauteur et de l'âme à cet opus, les autres regretteront sans doute le manque d'originalité dans les thèmes comme dans la façon de les traiter. Le rendu final s'avère effectivement un peu mou, malgré le bon sentiment qui anime l'ensemble. Wayne Wonder multiplie les odes à la femme et à la relation, oubliant trop souvent son talent pour les titres plus animés. Un talent qu'il exploite toutefois à de trop rares occasions, comme lorsque l'opus reprend son souffle avec le tonique « Beetween The Sheets », ou l'enflammé « Hotter Than Fire ».
Destinée à un public majoritairement Rnb, cette nouvelle livraison du Fabuleux Wayne décevra peut-être les amateurs de dancehall qui l'attendaient dans un registre dansant et accrocheur. La tendance de cet opus n'est pourtant pas surprenante au regard de la carrière de l'artiste, et les ballades et autres couplets à l'eau de rose ne feront que rajouter à la discographie édulcorée (mais non dénuée de charme pour autant) du tombeur. Jouant les R.Kelly du côté de Kingston, Wayne Wonder s'en va surtout reconquérir le Billboard avec ce Foreva qui ne fera pas oublier « No Letting Go » à ses fans éphémères. Les autres se replongeront en priorité dans les premières ogives du chanteur (Da Vibe en tête).