Conférence avec Chamillionaire : l'ultime résumé

Photo de Chamillionaire ©

Chamillionaire

Chamillionaire, Ultimate Victory

Publié le mardi 09 octobre 2007 par Sagittarius
Imprimé le samedi 06 septembre 2008

Chamillionaire aime beaucoup notre capitale. C'est donc tout naturellement lors de son escapade parisienne que le MC de Houston nous convoque dans sa suite de l'Hotel Murano pour une ultime conférence de presse. Rencontre avec un artiste aussi intelligent et bavard que doué, venu défendre son nouvel album Ultimate Victory.

« Je l'ai appelé Ultimate Victory, parce que l'ultime victoire signifie que tu gagnes vraiment lorsque tu apprécies ce qui est réellement important, explique Chamillionaire, […] le fait d'achever ton album, honorer ton contrat et prendre des vacances. » Un titre bien mérité après un Sound of Revenge sacré disque de platine aux Etats-Unis. Mais pour cet opus, le rappeur y a un apporté beaucoup plus d'idées, avec un souci de perfection en plus. « Sur cet album, j'ai eu plus de contrôle : je suis DA, producteur exécutif,…, explique-t-il. Et au niveau créatif et artistique, j'ai pu faire ce que j'ai voulu faire en grosse partie. Bien sûr, il y a le label, tout ça… Mais pour la majeure partie, le corps de l'album devait contenir 12 titres, et j'en ai fait 19, parce que pour raconter une histoire, j'ai voulu pousser la conception plus loin et être plus créatif que d'habitude. » Il n'y a qu'à voir son single « Hip Hop Police », où l'on voit Cham jouer les trois personnages de sa chanson (la victime, le flic et le présentateur télé). « ‘Hip Hop Police' est un morceau conceptuel qui convient bien au ton de l'album, car je voulais que ce soit vu comme un film. Mais ce n'est pas une chanson qui parle de la police comme ‘Ridin' Dirty' parlait de relations la police dans le hip hop », explique-t-il en faisant ensuite allusion à ‘Murder Was The Case' (un célèbre classique de Snoop Dogg).

Vous l'aurez compris, Chamillionaire a mis l'accent sur la créativité, avec un contrôle sur le choix des morceaux, des thèmes et des invités. « J'ai collaboré avec Lil Wayne, Krayzie Bone, Bun B, Devin the Dude, Pimp C, et bien sûr Slick Rick, raconte-t-il. Slick Rick j'ai travaillé avec lui parce que c'est une personne qui n'est pas sur n'importe quel album. Je pense que les rappeurs maintenant deviennent des suiveurs et font exactement tout ce que les autres font. En tant que rappeur, tu te dois d'être un artiste et être créatif. » Et concernant Lil Wayne ? « Quand j'ai demandé à Lil Wayne, il a écouté le beat très vite et il m'a répondu par email. Et juste quand il m'a répondu, j'ai pensé que c'était pour me dire comment le beat sonnait, mais il avait déjà posé son couplet dessus. Je me suis dit ‘mince, comment peut-il bosser si vite ?' » s'étonne Chamillionaire. Seul regret pour lui : il n'a pas pu bosser avec Jay-Z. « J'adore Jay-Z, je suis un fan de Jay-Z, avoue Chamillionaire. J'aime Eminem aussi, Kanye, j'aime beaucoup les gens passionnés par la musique, qui prennent ça sérieusement. »

En ce qui concerne la thématique, « Si je parle de thèmes comme l'argent, j'essaie de le faire de manière créative. J'ai une chanson qui s'appelle ‘I Think I Love You', et l'argent est une fille. Les gens se battent pour ton argent, te poursuivent en justice pour ton argent, et tous les jours tu es pourchassés par des choses comme ça. » D'ailleurs qu'en est-il de ses relations avec l'argent? « J'adore l'argent, ça m'apporte beaucoup, répond-il. C'est marrant parce que quand j'étais plus jeune, j'ai toujours voulu avoir de l'argent, d'avoir des jantes de 20 pouces sur ma caisse. Et une fois que j'ai eu cet argent pour les jantes, je ne voulais plus des jantes de 20. Et une fois que je me suis fait plein d'argent, je n'ai pas vraiment dépensé mon argent comme ça parce qu'il y a des tas de choses tellement simples qui sont bien plus importantes. (Vous savez je passe tellement de temps sur la route que je ne dors quasi pas dans mon propre lit.) C'est vraiment des choses toutes simples comme s'acheter un sandwich. » Et d'ajouter ensuite : « Les gens disent que tu changes quand tu as de l'argent parce que les gens autour de toi te voient autrement. Genre, des gens viennent frapper à ma porte pour venir te vendre des arroseurs, et je leur demande ‘combien' et ils répondent ‘7000$'. Quoi ? 7000 ? Maintenant qu'il pense que je suis connu, il croit peut-être que je vais lui acheter un arroseur pour 7000 dollars ? Les gens changent autour de toi quand tu as de l'argent, […] tu te rends même compte que tu as des membres de ta famille que tu n'as jamais vu auparavant. Ça rend les gens dingues. » Fin de la parenthèse.

Bien lancé pour parler de son album, Chamillionaire continue d'expliquer les différents morceaux conceptuels : « Il y a ‘Morning (News)' et ‘Evening News' qui sont des morceaux conceptuels. J'ai tenu à porter un discours social sur cet album, parce qu'on va en studio comme beaucoup de de rappeurs en se disant ‘parlons de toutes les choses qu'on a'. Mais dans la musique, personne n'en parle. Et tous le matins je me lève je regarde les infos du matin, je vois qu tout part en vrille dans le monde et le soir, il y a des trucs stupides comme parler de Paris Hilton toute la journée, des fois je me dis ‘pourquoi on parle de ça ?' Je voulais faire une chanson à propos de ça. ‘Morning News' je me mets à la place d'une personne assise dans son canapé et qui regarde CNN et ce se passe dans le monde, dans ‘Evening News' je suis le présentateur. » Après l'argent, la police et les infos, Chamillionaire a même écrit un morceau qui raconte ses rapports avec la musique et les critiques. « Le concept d'une chanson comme ‘Me Breakin Up' porte vraiment sur comment je ressens la musique, explique-t-il. Le refrain raconte que j'essaie de rester amoureux, mais peu importe ce que je fais pour elle, ça n'est jamais suffisant. »

Certains ont pu remarque toutefois que le morceau « Not A Criminal » ne figure par sur l'album. « ‘Not A Criminal' à l'origine, c'est un morceau qui est sorti alors que ça ne devait pas être le cas, justifie-t-il. C'est politique. Des gens voulaient sortir ce titre et je leur ai dit qu'ils ne devraient pas le faire. Mais ils l'ont diffusé, parce qu'ils disaient que je devais rester sur les feux de la rampe mais ce n'était pas mon avis, je voulais d'abord finir mon album. Ça ne sert à rien de défendre un disque s'il est toujours en enregistrement. » Ceci justifie le report de la sortie du disque, en remettant son label en cause : « Je n'avais pas fini mon album, c'est pour ça qu'ils ont affiché toutes ces dates de sorties. L'album devait sortir tel jour, mais c'était voulu par le label. Je m'en fiche de la date de sortie, s'ils me disaient ‘l'album sort demain', je leur dirai ‘non mon album ne sortira pas'. » Une liberté certes entravée mais qui porte ses fruits, comme lorsqu'il met à disposition Mixtape Messiah 3 sur son site officiel. « Les mixtapes c'est très important, commence-t-il. Quand tu regardes les plus grands artistes dans le rap game, Lil Wayne, 50 Cent, tous ceux qui sont au top ont débarqué grâce au circuit des mixtapes. » Et Chamillionaire en vient aussi. « Tu te construis un public solide, une base de fans qui évoluent au fil des années en fonction de ces sorties de mixtapes, donc ils me connaissent déjà. Mais pour la personne lambda, je suis juste un nouveau gars qui est arrivé avec une chanson qui s'appelle ‘Ridin Dirty'. Donc les mixtapes sont un bon moyen de nourrir ton public plutôt que te faire bootléguer ton CD. C'est pourquoi j'ai mis à dispo Mixtape Messiah 3 en libre téléchargement sur mon site Internet, pour rester en attache avec mon public. »

Autre détail qui a son importance : Chamillionaire utilise très peu le N-Word (voir la news "Chamillionaire veut ôter le N-word de ses textes"), tout comme le font certains rappeurs maintenant comme Master P ou encore Kanye West. « Il s'est passé le problème avec Don Imus et ça a créé des tensions au sein du Hip Hop, les médias et les gens sont venus vers moi en disant ‘tu devrais cleaner tes lyrics' alors que je ne blasphème même pas, raconte-t-il. Tous les gens ont commencé à s'étonner ‘Quoi ? tu ne blasphèmes pas ?' Ils ont enfin trouvé un rappeur qui ne blasphème pas ! Tout le monde a commencé à dire ‘viens voir lui il ne blasphème pas !' Et je leur répondais ‘pourquoi en faire tout un tas ?' Si vous téléchargez ma mixtape et mon CD, les gens ne se sont pas rendus compte qu'il n'y a aucun blasphème. C'est toujours de la matière brute mais sans blasphème. » Mais pour lui, ce n'est pas un choix purement artistique (quoique), mais découle d'une hygième de vie très saine. « J'essaie moi-même d'avoir une vie meilleure, par exemple je n'ai jamais fumé, je n'ai jamais dépensé pour fumer, c'est une habitude qui coûte cher, je n'ai pas envie d'être dépendant. En ce qui concerne boire, je parle par expérience parce que je buvais avant, je ne vais pas dire que j'ai jamais bu, raconte Chamillionnaire. Je prends du Red Bull parce que le Red Bull me donne la pêche pour travailler, mais la prochaine chose que je ferai, ça sera d'arrêter le Red Bull, tous les jours j'essaie de diminuer. Alors plus de Red Bull, plus d'alcool, pas de clope et ensuite le N-word est parti. J'ai utilisé le ‘N-word' pendant longtemps mais j'en ai pas vraiment besoin. »

Retour aussi sur sa relation avec Paul Wall, avec qui il a réalisé des albums en commun durant sa période indé. « Moi et Paul Wall sommes cools, répond Chamillionnaire. On a grandi ensemble […] et les gens voudraient que ça reviennent, que Paul Wall et moi refassent quelque chose ensemble. Mais refaire un album en commun ça n'arrivera pas, on a apprécié la musique qu'on a fait par le passé et cette musique est toujours là. On parle d'un retour des Hot Boys, des Fugees, du Wu-Tang, on veut qu'ils reviennent ensemble mais toutes les choses ont une fin, et il faut apprécier ces moments qui font partie de l'histoire. Si les Fugees reviennent ensemble, ça ne sonnera pas comme ce qu'ils ont fait ensemble auparavant, et c'est justement ce que les gens voudraient. Ils pensent que si moi et Paul Wall revenaient ensemble, ça reparlerai de jantes, de diamants comme avant, mais il faut comprendre que j'ai évolué. »

Et pour conclure, Ultimate Victory meilleur que son premier? « Oui certainement. Je pense même que les fans, les médias, les bloggers, ont trouvé cet album meilleur que Sound Of Revenge. […] Au niveau musical et conceptuel, c'est mon meilleur à mon avis. »

Version imprimable tirée du site www.Rap2k.com
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