Death Rap

Photo de Necro ©

Necro

Engore et engore...

Publié le mardi 30 octobre 2007 par mista jpkoff
Imprimé le mercredi 03 décembre 2008

PROLOGUE

La scène s'ouvre sur une nuit tranquille qui s'achève au bord de l'océan Pacifique. La caméra surfe dans les nuages au-dessus des lumières de Los Angeles... Plein cadre, on aperçoit une luxueuse villa bâtie à la française à flanc de colline. Elle surplombe majestueusement la Cité des Anges, dans un calme olympien. Le portail est grand ouvert, tout comme la porte d'entrée. Un corridor débouche sur l'escalier en marbre qui mène aux nombreuses chambres à coucher. Dans la pénombre, on distingue d'étranges taches sombres sur le sol... La visite se poursuit paisiblement, sans un bruit. Dans la première chambre, un homme est étendu. Son corps est zébré de cinquante et un coups de couteau. Son visage méconnaissable est écrasé par la violence des attaques. Il a reçu deux balles dans le dos. Dans la deuxième chambre, une femme est allongée sur le sol, les bras en croix. Ses yeux sont exorbités. Sa chair rouge en charpie porte les stigmates de violentes agressions. En fermant les yeux, on peut revoir la lame pénétrer frénétiquement son innocente peau. Dans la troisième chambre, un homme est pendu, lacéré à l'arme blanche. Il porte plusieurs impacts de chevrotine. A l'autre bout de la corde gît le corps d'une magnifique femme blonde. Elle est visiblement enceinte. Son abdomen est criblé de seize coups de couteau. C'était Sharon Tate, la superbe actrice, femme du cinéaste Roman Polanski. La caméra s'affole et tremble, fait demi-tour... Sur son chemin, elle rencontre d'immenses flaques de sang, plusieurs gallons d'hémoglobine versés sur la moquette. Un flash soudain... La porte de la salle de séjour, elle aussi souillée... Sur le mur, les globules rouges s'agglutinent et coagulent, pour former le mot PIG, dégoulinant jusqu'au sol.

L'image est brutalement coupée.

Dans son ranch de San Fernando, tranquillement installé dans un rocking chair, Charles Manson sourit. Il sait déjà que sa Famille a fait du bon travail.

Stabbing and stabbing and stabbing and stabbing and stabbing and stabbing and stabbing and stabbing and stabbing and stabbing and stabbing and stabbing and STAB YOU TO DEATH !

CHRONIQUE

Vous aimez la violence? Et oui forcément, tout le monde aime la violence. Vous aimez le rap? Ah. Vous aimez le metal? Non, puisque vous aimez le rap. Ces deux genres incompatibles, Necro les réconcilie depuis toujours. Ceux qui l'ont découvert avec la brutalité des strictement Hip-Hop « I Need Drugs » et « Gory Days » ignorent probablement que ce Juif de Brooklyn a débuté sa carrière avec son frangin Ill Bill dans un groupe de metal, Injustice. Depuis, il a rendu hommage à son style de prédilection sur « The Pre-fix For Death », premier mariage réussi entre deux styles qui n'ont rien en commun. « Death Rap » est la suite logique de ce carnage, un pas de plus dans le mélange, invitant plusieurs pointures comme Brian Fair, Mike Smith, Steve DiGiorgio, Mark Morton, Scott Ian, Dave Ellefson ou Harley Flanagan.

Les puristes grincent déjà des dents, mais sur les trop courtes 37 minutes de ce condensé de violence, seuls 4 titres sont dédiés aux chevelus adeptes de riffs dévastateurs. « Belligerent Gangsters » est le plus inaudible, avec son refrain pénible made in Harley Flanagan et sa boucle de violons spéciale film d'horreur assez limitée. « Evil Rules » est lui gâché par un refrain ringard style bande-son de catch WWF, malgré un gros beat bien lourd. Necro y construit son texte à base de noms de groupes de metal, tapant dans le registre de GZA pour l'occasion. « Suffocated To Death By God's Shadow » est une orgie de guitares saturées, un boeuf monstrueux entre Necro lui-même à la guitare, Steve DiGiorgio à la basse et Mark Morton, qui se fend même d'un bon vieux solo de gratte. La puissance du titre est renforcée par plusieurs changements de rythme, un break distillé avec classe, et un Necro impressionnant qui bat des records de vitesse sur deux de ses couplets. Enfin, « Keeping It Real » rappelle un bon vieux Metallica sauce Hip-Hop, à la réalisation impeccable. I'm keeping it real, for the streets You know the deal, we bring that heat, you don't want drama son you better fall back I'm keeping it real, for the streets... Deux grosses bombes, deux titres moyens, le bilan 'metal' est plus qu'honorable, mais de toute façon je suis certain que vous vous en foutez.

Ce qui vous intéresse, c'est la partie purement rap. De ce côté-là, on peut admirer à la fois l'oreille musicale de Necro, ses rimes affûtées et sa connaissance encyclopédique en matière de violence, brutalité et autres déviances. En témoigne « Creepy Crawl », titre introductif cinématique qui met en scène les fameux meurtres californiens perpétrés par la Charles Manson Family (voir prologue). La guitare ambiance western défile à toute vitesse en épousant le récit hardcore de Necro. Pucture pregnant bitch, rupture arteries, my horrific cult of vultures Butchering, no remorse, bludgeoning, slit ya throat, gushing like a flushed toilet, now ya hunched My infamous psycho posse, tagging PIG up on the door in blood, you can't stop me from stabbing. Quand je vous disais qu'il s'agissait d'un concentré de pure violence... Que ce soit sur les choeurs de monastère de « No Remorse », l'inquiétante boucle de piano de « Some Get Back » faisant l'apologie de la vengeance, le stressant premier single « Mutilate The Beat », ou le tranquille « Forensic Pathology » rappelant fortement The Sexorcist, Necro dévoile les méandres de son esprit tordu, ses rêves de cadavres pourris, de dissections ou de flots d'hémoglobine. Et avec la manière s'il vous plaît. Division on your flesh with the scalpel, from one shoulder to the next (...) You're unlucky you got dismembered, now i reassemble you back like a puzzle (...) The carcass looks like Parmesan with sprinkles of farmer cheese poured on someone's caved up arm.

Deux featurings rappés sont assurés par la proche famille, les talentueux Mr Hyde et Ill Bill, respectivement sur les excellents mais affreusement courts « Exploitation » à la basse bondissante et « As Deadly As Can Be », sample vocal et piano glaçant le dos. Un vrai film d'horreur, je vous dis ! En parlant de films, que dire de « Keep On Driving » ? Les sifflements et la guimbarde rappellent immanquablement les meilleures BO d'Ennio Morricone, pour une ambiance imparable. Enfin, ou plutôt déjà, Death Rap s'achève sur un terrible « Portrait Of A Death Rapper » plus nostalgique, au feeling 70s, et au refrain samplé prenant aux tripes His portrait hanging, face betraying, wicked gleaming, eyes of Satan.

Necro livre un album totalement original, un véritable espresso, noir, court et puissant. Il déroutera les puristes, dégoûtera les chochottes, et ne séduira pas non plus les fans de metal. Une superbe pièce brutale, à apprécier sans modération sous réserve d'avoir l'oreille et l'esprit ouverts. T'aimes pas? Je laisse la parole à Necro : YOU BETTER DIE FUCKIN FAGGOT I BEAT THE SHIT OUT OF YOUR ASS YOU PUNK ASS MOTHERFUCKER I LET YOU DRINK MY PISS AND I CRACK YOUR SKULL OPEN WITH A SCREWDRIVER THEN I EAT YOUR ROTTEN BRAINS OUT WITH A RUSTY FORK

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