
L'année 2007 aussi relevée soit-elle pour ses albums de producteurs, fut aussi l'occasion pour nombre de DJs habitués de mixtapes (avec une notoriété parfois supérieure à nombre de réels rappeurs) de sortir une compilation-album plus 'officielle'. C'est donc après DJ Khaled et Statik Selektah que DJ Drama prend lui aussi l'initiative d'oeuvrer pour son propre album, un artiste qui revient de loin quand on se penche sur les déboires rencontrés par ce Dj proche des artistes sudistes principalement (Young Buck, Lil Wayne et Young Jeezy en tête), mais surtout auteur de l'une des deux séries de tapes majeures sudistes la célébre Gangsta Grillz, decoupée en une petite trentaine de parties. Depuis le retrait de Dj Smallz (après la fin de la série Southern Smoke), Dj Drama se pose en toute légitimité comme représentant sudiste sur le support mixtape. Cette réputation est particulièrement palpable au vue du casting sudiste réuni, tous issus relativement de la même génération souvent défrayée par le public. Ainsi on retrouve au long de ce disque en vrac : T.I. (son producteur exécutif sur Grand Hustle), Young Jeezy, Young Buck, Diddy, Yung Joc, Lil Scrappy, les Outkast, 8Ball & MJG parmi bien d'autres encore qui seront évoqués au fil de la tracklisting et la chronique.
Après une intro faisant le rappel de son arrestation à son studio d'Atlanta et procès (pour avoir fourni de la musique 'illégalement' via les mixtapes), le contraste est marqué par l'introduction cette fois du Kings Of Crunk Lil Jon, qui répond présent pour une (brève) participation plus symbolique qu'autre chose. Il faut réellement voir "Takin' Pictures" pour voir l'album pleinement lancé. Premier constat : Jim Jones est bien le casseur d'ambiance actuel. Son 16 mesures, bien que correct, est en complète opposition avec le style développé par ses autres partenaires, mention ici à Young Buck et T.I. légérement au dessus du (gros) lot. D'ailleurs après un cinquième solo controversé, T.I. distille ici quatre prestations. Si sur un "No more" poussif, monopolisé par la bonne performance de Lloyd, il est quelque peu effacé, en contrepartie il s'affirme réellement sur le remix de "Cannon" (sa réunion initiale avec Busta Rhymes) et propose une intonation de voix particulière déjà tentée sur le remix de "Drive Slow". La reussite est complète, il boucle parfaitement la piste. Enfin, sur "5000 Ones" (produit par Jazze Pha), la prestation est plus symbolique (il est même absent dans le clip), quoique correcte; On retrouve ici uniquement le single hype censé lancer cet album (à la manière d'un "We Takin Ova"), la prod livre tout de même un débit de BPM relativement élevé, plaçant d'entrée la barre assez haute, les seuls à réellement répondre de manière aussi bonne sont finalement l'autre "trapeur" Jeezy et le TGV Twista. Morceau mitigé donc, mais un bon refrain de Nelly.
S'il faut reconnaitre une des qualités premières à Drama, c'est de ne pas avoir uniquement rempli son album de rappeurs mainstreams, c'est également de s'être donné la peine de proposer un casting de productions variées et globalement de bonne qualité. On passe donc d'un Jazze Pha à un Mannie Fresh en passant par les Runners sans oublier Drumma Boy, les producteurs "têtes d'affiches" du sud donc, donnant tous ainsi une certaine homogénéité au projet. Si la production des Runners est semblable à leurs précédentes, la prestation des P$C soldiers est bluffante, pas forcément les plus connus sur le papier, ils livrent avec "Aye" une des meilleures pistes de l'album. Ils n'ont presque rien à envier au trio de newcomers réunis sur la magnifique production de Mannie Fresh ("Keep It Gangsta"), j'ai nommé l'ancien duo revelé par Pimp C : Boosie et Weebie completé ici par l'opportuniste Yo Gotti, qui profite de sa voix particulière pour rentrer en veritable alchimie avec l'instrumental, finalement diminuée par la dernière performance de Boosie. Mais qu'importe, la piste de l'album est là! Enfin, pour souligner ce travail de production globalement bon, il convient de mettre en avant la production de Druma Boy pour un "187" réellement bon, avec un casting pour le moins attrayant. Jugéz plutôt : Project Pat, 8 Ball & MJG accompagné d'un B.G. des grands jours pour un refrain d'une simplicité qui n'a d'égal que son côté accrocheur dont il fait preuve. A noter aussi l'excellent couplet de MJG d'un point de vue technique
Réunion de gros producteurs, de gros rappeurs le tout en terres sudistes mais aussi new-yorkaises (Jadakiss, LA The Darkman,...) et d'ailleurs (Clipse, Twista, Pharrell Williams, les G Unit sans 50 Cent), quelle est donc la diffèrence avec les tapes habituelles de DJ Drama donc? La finition peut-être, en tout cas il faut féliciter Drama d'avoir réuni le duo venu le plus estimé d'Atlanta, j'ai nommé Big Boi & Andre 3000 des Outkast, qui aux vues de leur rareté actuelle confère tout de même une certaine dimension à ce projet. Et même si la 4éme partie de leur storytelling est plus faible que les trois précédentes, elle n'en reste pas moins une piste brillante, éblouissante de génie d'ecriture. A quand le septième disque de ce duo à la discographie quasi-classique? Drama y apporte peut etre ici les prémices... Cependant l'album n'évite pas les pistes ratées, en tête le très Houstonien "Gettin Money", peut-être trop sage vu l'affiche pourtant impressionante (Slim Thug délivre en revanche un bon couplet), puis "Grillz Gleaming" une affreuse combinaison des protegés de Lil Jon (Scrappy, Bo Hagon,...) : une ambiance ratée, des performances sans âmes, peu révélatrice sdes habitudes du label BME...
En définitive, c'est un bon album que nous livre ici DJ Drama, plus complet, plus long, plus réussi que son homologue DJ Khaled, mais surtout non-accaparé par des gimmicks insupportables. Il faut toutefois noter la très bonne implication générale des invités (producteurs et rappeurs), qui proposent ici des performances dignes d'album solo. Reste que le problème avec ce genre de projet est de tenter de percevoir autre chose qu'une grosse compilation sans ligne conductrice, passant du single fashion "5000 Ones" au lyrical " Art Of Story Telling Part 4" avant d'enchaîner sur le purement Dirty South "187". Toutefois, louons la possibilité faite avec ce disque de mettre en avant les diffèrents styles (et protagonistes) sudistes majoritairement. Bien que celle-ci ne soit pas révélatrice de l'ensemble d'une scène, elle n'en demeure pas moins une sympathique mise en avant par un Dj à qui nombres de rappeurs doivent une partie de leur succès. Avec ce Gangsta Grillz - The Album, Drama pourra prétendre qu'il a eu un retour relativement généreux de la monnaie de sa pièce!