
De la compilation Talents Fâchés au street-album Ghetto Drame, les TLF (pour Thug Life Forever) ont su progressivement grandir dans l'underground et se faire un nom dans l'ombre de Rohff, qui leur a forcé la serrure du coffre-fort de la SACEM en posant en featuring sur le décapant « Baise Tout ». Après cette validation de leur carte de séjour dans le monde du rap français, plus qu'un pistonnage familial diront les mauvaises langues (Ikbal est le petit frère de Rohff), le duo avait les bases solides et les moyens pour raconter leurs Rêves de Rue (Foolek Records/ EMI), leur premier braquage en major. Et pour eux, pas question de suivre les tendances, mais bel et bien affirmer leur identité musicale et apporter de la nouveauté.
La complémentarité du binôme n'est pas sans rappeler celle de leur modèle d'inspiration les Mobb Deep, leur empruntant au passage leur côté glacial et bétonné, qui se retranscrit musicalement par des sonorités... électro (« Bien » en est la meilleure démonstration avec son beat innovant et ces synthés techno). Les thématiques se décloisonnent des clichés ‘rap de quartier' habituels pour s'orienter vers un certain optimisme, que l'on retrouve dans les propos de « Sois Content Pour Moi », « Bien » et le morceau éponyme « Rêves de Rue » (feat K-Reen). D'autres titres tels que le single « GTA » (homonyme lettré du jeu vidéo du même nom), « Soom Soom » et « Mon Univers » résument avec efficacité leur 'lifestyle' en long et en large, provoquant les limites du politiquement incorrect et effleurant tout ce qu'il y a d'illicite, illégal et irrévérencieux. Vraiment avec justesse, au sens propre comme figuré.
Pour un Ikbal sans concession se trouve un Alain 2 L'Ombre au verbe habile, eux deux se complétant mutuellement de sorte à exploiter leurs idées à fond en les abordant avec réalisme et sous un angle si possible positif voire ‘rétroactif', comme c'est le cas de « Dans le Box » feat Kery James : le morceau traite de l'univers carcéral mais n'encourage certainement pas à vouloir finir enfermé entre quatre murs, pour éviter justement d'éviter la prison. Peut-être à cause de thèmes généralistes (voir les pistes citées plus haut) qui pourtant se démarquent bien de l'ensemble, les TLF accusent de quelques redondances, un désavantage qui se répercute par des récurrences dans les rimes et le fait de reparler des mêmes choses ça et là dans les textes des différents titres de l'album. Aussi, l'accroche se perd un peu après la seconde moitié de l'album, reprenant son souffle grâce à la présence de Rohff, notamment sur le refrain de « On Sait Qui » avant de passer le « Baise Tout » version remixé.
Les morceaux instrumentalisés par Weal Starr ont été judicieusement placés en fin de disque pour maintenir cette solidité jusqu'à la conclusion « Pourquoi je rappe », synonyme de profession de Foi. D'ailleurs, pour achever ce paragraphe, on tient à souligner la production impeccable de ces Rêves de Rue, qui plus est soignée et novatrice par instants, avec des ambiances grisantes parsemées de quelques éclaircies. Les TLF amènent le rap de rue au niveau supérieur et posent ici leur propre marque de fabrique, avec insolence et détermination. Si si.