
22, v'là là un drôle d'énergumène qui débarque dans le peu-ra en ce début d'année 2008 (prononcez 'houit'), un branleur de service connu des services de polices bruxellois, dans toute la Wallonie et partout en France depuis le succès de son tube « Les blancs ne savent pas danser »… sauf Michael Jackson. Et pis Justin Timberlake alors hein, il pue des pieds ? Bon… récapitulons, James Deano débarque de Belgique, le plat pays souverain sans gouvernement où l'art culinaire se résume à la frite et la bière, et son papa est… policier, d'où le titre logique de son premier album, Le Fils du Commissaire. Alors là, fallait oser, car dans le rap, ça pose un ENORME souci de crédibilité. « Ah ! Quelle honte à lui, jetons-lui des tomates ! », « cataloguons-le avec Kamini et Fatal Bazooka ! » Hum… oui les réactions sont vives mais après tout, on s'en tape, c'est pas un scandale, il n'a pas choisi d'être né avec ces ‘handicaps', qu'il assume farpaitement en usant d'un humour belge décapant et décalé. Et oui messieurs dames, l'impensable s'est produit !
Pourtant, comme il le rappe bien sur son morceau « Le Fils du Commissaire », James Deano a dans sa tendre puberté levé son majeur face à son autorité paternelle en scandant ‘nique la police' comme son groupe préféré les NTM, mais en gardant un respect au nom des liens qui l'unissent avec son cher géniteur en képi, posant fièrement à côté de son fiston sur la pochette du CD. Mais sérieux, ce mec, il faut le prendre au sérieux ou quoi ? Non, la vraie question est : est-il sérieux ? Parce que vindju, sa façon de s'exprimer comme un belge, c'est… pittoresque, bizarre, spécial, unique en son genre, avec un vocabulaire de bouseux ! C'est sûr qu'après, ça n'a rien à voir avec des Baloji, Dontcha et consorts. Il est ben curieux tout de même ce chti gars, surtout lorsqu'il se prend pour « El Playboy », le portrait classique du blaireau des boîtes de nuit dans toute sa bogossité et pour qui les préliminaires se résument à une grosse pelle (à défaut d'un rateau). Maintenant que vous avez repris connaissance avec ce gaillard, ptet que vous allez capter son ironie et son sens inné de la dérision, surtout lorsqu'il décrit sans pudeur sa « Vie de Célibataire », avec un réalisme bluffant. C'est qu'il a de la technique niveau flow, des textes bien écrits et sans gène. En plus, pour hérisser les poils des puristes rap, il joue de la gratte électroche. Ben voyons !
Son album, c'est aussi des hits radio sympatoches (« Sans exception » feat Diam's, le « Riz sauce rien » sur riddim et le clairvoyant « Loin de la vérité ») et des délires sans réelle accroche (« Arrête de fuir » malgré un refrain entraînant, « Drogue dur à la drogue douce »). On aime, on aime pas, James Deano fait son numéro de comique, c'est commercial… Pfff, et alors ? Z'êtes extrémistes ? C'est pas grave tant qu'il est doué pour ce qui est des trips sans égo, tantôt dans la peau d'un riche peu scrupuleux (« Les gens sont stressés »), tantôt la star qui monte dans le showbiz (« Koh Lanta »). Le plus fendard, ça reste sa fiction du « 11 du 9 ». Imaginez la scène, celle du pov gars qui se retrouve coincé dans le World Trade Center le 11 Septembre 2001. Il faut rire ? On sait pas de quoi, mais c'est marrant la façon dont il le raconte, la panique rend hystérique. James ne finit pas de nous étonner, au risque d'en épater plus d'un, notamment sur le son smooth « Les femmes », aux antipodes d'un rap de playboy macho (ouh la contradiction humaine !), et l'humoristique « Tu t'es vu quand t'abuses » de la bibine. Parce que bon, on rigole tout ça, mais la moquerie et le second degré, ça sert souvent à cacher une réalité pas belle à regarder. Pis crotte, pétez un coup bon sang, ça rend pas idiot non plus de trouver ce Fils du Commissaire cool et amusant, ni même de l'avouer, une fois (prononcer ‘une foué').
Bon c'est vrai que ben, c'est pas le rappeur de l'année non plus et que son style lui fait défaut par moments, et que le chemin vers la reconnaissance sera sûrement couvert de crachats plutôt que des ‘hourra'. Oh, qui a dit Benny B ? ça par contre, c'est à proscrire, même si on peut en rire de James Deano, c'est pas interdit non plus. Ça n'empêche pas qu'il ne cache pas ce qu'il est et que niveau originalité, c'est du jamais vu, et ça rend pas plus bête qu'un rap qui prône la violence, le gangsterisme et compagnie.