
Après un M.I.A.M.I. auréolé d'un gigantesque succès festif, le rappeur cubain du roster TVT Records revint deux ans après un El Mariel déjà en nette recession par rapport à son premier essai (en mettant out ses deux disques de remix). Bien qu'ambianceur, ce disque laissait déjà entrevoir une baisse de régime, marqué par l'implication moindre de Lil Jon dans le projet. Si le cordon ombilical semble avoir été coupé entre le King of Crunk et son poulain, l'émancipation de ce dernier n'est en fin de compte pas des plus franches, et ce toujours d'actualité au long de ce disque. Il faut le reconnaître, loin de l'entourage de son mentor ou Mr Collipark (sûrement trop occupé avec les jeunots Soulja Boy et Hurricane Chris), Pitbull manque quelque peu de mordant.
En témoigne cette intro affligeante, qui en dit déjà long sur ce qui va s'ensuivre de Boatlift. Rares sont les réussites accapela et indéniablement, celle-ci n'en est pas une, notamment par le cercle sans fin gangsta, ballers, rappers réellement lourd. En parlant de mentor, les invités de ce disque sont dans la même veine de ses précédents opus. En tant qu'habitué, Trick Daddy se retrouve au côté de Fabo (des D4L) pour un remuant « Dukey Love » avec un dernier couplet de Fabo un peu en décalage alors que la combinaison Pitbull/ Trick fonctionnait à merveille, même si l'on reste loin d'un « Melting Pot ». Sans surprise, on retrouve egalement Cubo pour un « I don't See Em » sur une prod exotique, accomapgné d'un refrain particulier, correct en somme mais pour le moment, les sentiers battus s'avèrent quelque peu décevants. On peut en toute logique se dire qu'un feat de Lil Jon serait occasion à rebooster ce disque finalement eloigné de ses prédécesseurs sans en casser la ligne directive, contradictoire...
« The Anthem » est LE banger de ce disque. Sans se fouler, Lil Jon remplit parfaitement son rôle de cireur de dancefloor, sur une production samplant Dj Furax. Le tout est asez original, critiquable mais dans le fond entraînant. Par ailleurs, les productions de Lil Jon se font rares sur ce Boatlift, laissant des « Sticky Icky » et « Yin & Yan » tous deux composés au synthé (devenue la marque de fabrique actuelle de Lil Jon), accompagné d'un Jim Jones (correct à son habitude) sur la première, la seconde est un cran au dessus de par la prestation du Pitbull qui sur le coup retrouve un peu de gnac. Des pistes relativement dans la lignée artistique qu'on lui connaît, l'originalité est ailleurs...
Sur une piste comme « Candyman », l'alchimie avec un Twista relativement rapide prend bien sur fond de choeur et une production up-tempo. Déjà perceptible sur le précédent disque, les ballades cross-over r&b sont cette fois-çi légion. On a droit à son single « Secret Admirer » feat Lloyd, « My Life » accompagné d'un très bon Jason Derulo, par contre « Midnight » feat Casley sonne, elle, comme une prod ratée de Timbaland, alternant bons comme mauvais moments. La ressemblance est frappante en particulier sur le refrain. « Stripper Pole » est encore un cran en dessous du fait d'une absence totale d'alchimie entre Toby Love et Pitbull. Ces pistes particulières (il est vrai que le style de Pitbull est particulier à edulcorer d'un refrain guimauve) prennent fin avec le réussi « Tell Me ». La présence de Frankie J est l'occasion d'un remix pas franchement différent de l'original mais toujours réussi, à contrario, le remix de « El Fuego » est bien plus convaincant que sa version initiale.
Finalement, sans devenir un caniche, Pitbull perd quelque peu la réussite et l'énergie qu'on lui connaissait par le passé. Sans pour autant manqué de punch, ce nouvel opus est relativement mal orchestré, anecdotique. Pour finir, il conviendrait de critiquer le choix des singles : « Go Gurl » n'a jamais réellement été entendu, « The Anthem » très mal diffusé, ou un « Midnight » non selectionné et pourtant tout a fait en phase avec les singles sudistes actuels, plus basé sur l'alchimie que sur la puissance pure qu'on a pu connaître par le passé.