Best Of

Photo de Max Romeo ©

Max Romeo

Il est libre Max

Publié le samedi 16 février 2008 par Raging Bull
Imprimé le vendredi 05 décembre 2008

D'abord chanteur un brin hardcore et reporter de la violence des rues de son île natale, Max Romeo est ensuite entré dans la légende en empruntant le noble chemin de la spiritualité et de la fraternité. Loin de ses débuts virulents avec The Emotions, le chanteur compte aujourd'hui comme l'un des piliers de la culture Rasta, monstre sacré par son talent d'artiste et figure de proue d'un mouvement d'ampleur mondiale. Si ses escapades américaines n'ont pas toujours été bien admises ni suivies par son public (et le public en général, du reste), comme lorsqu'il rejoignait Keith Richards (des Rolling Stones) pour enregistrer I Love Music, le grand Max demeure un monument à bien des égards. Auteur de l'intemporel War Inna Babylon, l'homme né en 1944 dans les rues de Kingston, méritait plus que beaucoup d'autres que les auditeurs le retrouvent en forme. C'est le label Mediacom (chez qui il avait sorti son dernier opus en 2004) qui lance la charge avec un Best Of à écouter, et qui accompagne la tournée actuelle de l'artiste.

Chroniquer une anthologie de Max Romeo, au même titre qu'une compilation des meilleurs morceaux de Peter Tosh ou de Jimmy Cliff (entre des dizaines d'autres), c'est surtout l'occasion de tourner les projecteurs vers des parcours et des discographies hors normes, parfois injustement méconnus du public. Ainsi, plutôt que de juger effrontément de la qualité de la musique d'une icône de la musique Reggae Roots, éprouvée par les fans et les années, l'intérêt réside sans nulle doute dans la découverte, ou la redécouverte de trésors incontestés du patrimoine musical. Si les fans du Jiggaman seront heureux de découvrir la chanson samplée pour le « Lucifer » de son Black Album, beaucoup auront avant tout le plaisir de déguster le sublime « Chase The Devil », l'une des pépites certifiées de Max. Le début de cette tracklist de luxe est d'ailleurs placé sous le signe du classique de l'artiste avec le terrible « One Step Forward », « War Inna Babylon » ou encore « Uptown Babies (Don't Cry) ». Originalité de cette collection de hits, toutes les versions recueillies ici sont interprétées en duo avec des artistes de l'entourage de Max Romeo. C'est ainsi que Winston Francis, par exemple, prête sa voix sur l'hymne « We Love Jamaica », ou encore que The Congos viennent soutenir un Romeo aérien et inspiré sur « A Little Time For Jah » (l'un des titres les plus récents de l'ensemble, et pas le moins séduisant).

Si le discours pacifiste d'amour et de solidarité est le plus exposé par la sélection des morceaux de ce Best Of, Mediacom et Nocturne s'immiscent également dans les aspirations plus terre à terre de Max Romeo, comme lorsque retentissent les notes du sulfureux « Wet Dream », dont le nom et le contenu explicites avaient entraînés une censure expéditive du titre en radio. Exemple flagrant de l'étendue de la palette de Max Romeo, cette compilation revêt un charme certain. La tracklist comporte son lot de subtilité (et varie significativement d'une anthologie sortie en 2003), et la tournée française de l'artiste s'en voit ainsi fortement conseillée. Si les fans absolus du chanteur ne feront pas l'impasse sur son Open The Iron Gate (qui retraçait ses années folles de 73 à 77), les oreilles les plus averties, comme les autres, se délecteront sans doute de cette nouvelle Saga du grand Romeo.

A noter quand même la pauvreté extrême du livret qui accompagne cette sortie, qui ne comporte pas un poil de biographie, et qui ne replace aucun des morceaux compilés dans la discographie de l'auteur. Le minimum syndical dans ce domaine, y compris dans le travail graphique, dont la désuétude est fort regrettable.

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