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Daz-ini

Daz-ini, Le Magicien, interview

Publié le vendredi 22 février 2008 par Sagittarius
Imprimé le vendredi 05 décembre 2008

Le Magicien de Daz-ini fut la découverte hip-hop français de ce début d'année 2008. Pour mieux cerner l'univers du bonhomme, ce qu'il appelle la ‘Dazinisphère', un rendez-vous s'est donné début Février au Virgin Café des Champs-Élysées. La discussion, plutôt qu'un entretien habituel, s'engage pendant près d'une heure et demi (!), voici ce qu'il faut en retenir.

Après avoir brièvement fait connaissance, les premières questions arrivent en même temps que nos sodas.

Pour commencer, d'où est venu ce blaze ‘Daz-ini' ?
En fait, c'est par rapport à mon prénom. J'en ai deux, Damien ou Dahlil, de A à Z, ‘ini' pour ‘inimitable' ou comme ‘initiale'.

Au début je pensais que c'était par rapport au célèbre magicien Houdini !
Ouais, mais non ! (rire)

Peux-tu faire un récap de ce tu as fait avant cet album ?
Je fais partie du groupe Force Pure, avec Da Pro et Diamond, et avec DJ Gero. On a fait un premier maxi en 99, puis des street-CDs, pas mal de mixtapes, de compiles. En 2003, on a sorti une sorte d'album entre l'album et le street-CD, qui s'appellait Lost Sound. C'était moi qui étais à la baguette mais c'était pas vraiment un album solo car il y avait des faces B, mais c'était mon premier projet géré de A à Z, avec tous mes proches. Après en 2005, j'ai fait un maxi vinyl 4-titres avec Mike, une face chacun. De 2003 à 2006, j'ai tourné avec le groupe Kalash, j'étais le 3e homme sur scène. En février 2007, j'ai sorti le maxi « Le magicien » qui annonçait l'album, puis là depuis le 21 Janvier, l'album est dans les bacs. Voilà un peu la rétrospective.

Comment as-tu construit ton univers pour cet album ?
En fait, j'ai travaillé en deux temps. La première je vais chez les beatmakers, j'écoute les sons, et ceux qui m'intéressaient je les prenais. Pis j'écris au fur et à mesure que l'inspiration vient. Au début je faisais que des morceaux mais pas pour un album. Après une fois que j'avais des morceaux, je me suis à cogiter sur l'album. Au début, je voulais l'appeler Une Etoile Dans l'Ombre. Cet album, je l'ai à peu près fini il y a un an et demi, j'avais fait un premier jet avec 15-16 titres. Vu qu'on a eu des galères au niveau de la pochette, le rendu de la cover par rapport à ce que moi je voulais amener, « une étoile dans l'ombre » ça suggérait quelque chose d'assez sombre et c'est pas ce que je voulais faire. Je me suis remis en cause, j'ai enlevé 4-5 titres et de là j'ai cogité sur un concept qui casse un peu avec la routine et les clichés du rap (mélancolie, gangster…), parce que moi dans le vie je ne suis pas comme ça. J'aime la musique et pour moi d'une manière général c'est un bonheur. Pour moi cet album c'est un hommage au Hip Hop, dans ma façon de penser je suis Hip Hop, donc quelque part je fais transcender le négatif. Et j'en suis venu à ce concept de « magicien », par rapport aux textes et aux flows que j'arrive à maîtriser, à créer. Après au-delà de ça c'est l'inspiration tout court. Par rapport à tout ça justement, le fait de se dire qu'à la base c'est une feuille blanche et qu'ensuite tu crées le texte, que tu le mets en forme… C'était pour moi la magie que j'apportais. Et comme ce concept de « magicien » n'a pas été pris, j'ai trouvé qu'il était très adapté à ce que je voulais amener. C'est dans un deuxième temps qu'on a trouvé ce concept.
Après, finalement, j'ai gardé la base des 10 morceaux, j'en ai rajouté 4-5 que j'ai complété par rapport au titre et à l'équilibre de l'album. Je voulais un disque qui soit complet tout en étant cohérent. J'avais plein d'autres bons morceaux mais j'ai gardé que ceux qui étaient vraiment adaptés.

Tu parlais d'un hommage au Hip Hop, quelles sont tes influences ?
Je suis pas spécialement nostalgique mais les sons de ce qu'on appelle l'âge d'or, de 94-95. C'est à cette période que je suis vraiment rentré dans le Hip Hop. Il y a une certaine nostalgique par rapport au Wu-Tang, à Pete Rock, aux Tribe Called Quest, toute la Native Tongues. Après je suis assez éclectique, je kiffe Snoop, Outkast, les Fugees. Maintenant c'est sûr que dans la lignée de la Native Tongues, je kiffe Common, Talib Kweli, The Roots, Mos Def… Eux sont à l'image de la musique que j'aime et que je veux faire.

Une musique assez inspirée de la Soul en fait…
En fait j'ai pleinement conscience que dans la musique, étant artiste, j'apporte ma sensibilité. Mon but c'est vraiment d'y contribuer, de m'inscrire dans la musique que j'ai écouté, que ce soit Soul, Funk… Après au niveau de mon implication et mon intention dans la musique, au-delà de vouloir faire le dernier truc à la mode, je vais plus dans le truc où l'on met son cœur, son âme et plus de sincérité. Pour moi, clairement, c'est les « back to the roots » tu vois, c'est vraiment dans cette direction que je me place.

Au niveau de l'album, il y a des morceaux qui sentent le vécu et d'autres des récits comme « Speak ».
En fait, bon, « Speak », il y a du vécu et aussi la volonté de… C'est-à-dire que, après dix ans de rap, ça m'intéresse plus trop de raconter la rue de façon basique parce que je l'ai déjà fait et j'ai du mal à me répéter. Finalement, vu que je suis un lyriciste, je travaille plus le fond que la forme. Le morceau « Speak », je le place plus dans la lignée Blaxploitation. Au lieu de parler d'un toxico, j'ai voulu le faire sous un œil différent

Un peu comme un anti-héros en fait.
Voilà, un peu comme un anti-héros justement. Dans la Blaxploitation, tu regardes Pimp d'Iceberg Slim, c'est tous des anti-héros. Ça parle de pimps, de prostituées, de bandits un peu loosers, et plutôt que de me mettre dans la glorification, je casse un peu l'image et je préfère remettre face à la réalité. Un toxico, on peut le juger, mais là c'est un anti-héros dans une dimension plus humaine et c'est vraiment ça que j'ai voulu apporter. C'était autant un défi en tant que lyriciste, parce que c'est plus facile de raconter un morceau sur le vécu. La narration, la fiction, c'était un défi, parce que c'est pas évident de raconter une histoire, d'intéresser l'auditeur, en même temps d'être précis… Dans le morceau « Si tu me quittes, je te tue », c'est pareil.

C'est une histoire vraie ça non ?
Ça c'est une histoire vraie maintenant c'est pas moi qui ait vécu ça ! Mais JR Eakee (qui a fait le son), lui a été amené à vivre ça (une relation fille ultra-possessive et méga-jalouse qui harcèle son compagnon, NdR). À la base c'est un clin d'œil pour lui.

Il s'en est bien sorti finalement ? (rire)
Il s'est est bien sorti oui ! (rire)) Et par rapport à ça, il y avait le défi supplémentaire de raconter quelque chose de drôle.

C'est un peu tragicomique.
Ouais, mais justement on a souvent l'habitude d'écouter des trucs tristes. Réussir à transmettre le comique de la situation c'est pas vraiment évident. Je ne suis pas humoriste, je peux raconter des blagues entre potes mais après réussir à raconter des histoires… Je le vois plus comme une fiction. En fait, souvent le rap c'est soit autobiographique, soit les gars qui sont dans la fiction. Moi en fait, de plus en plus je me rends compte que – j'aime la musique, j'aime rapper - mais l'écriture c'est super fort, je me vois bien écrire des romans. Quelque part c'est pour moi une façon de partir là-dedans. J'aime bien le côté cinématographique, on peut en faire un film ou un clip.

Une parenthèse s'ouvre à propos de Lipopette Bar d'Oxmo Puccino et son ambiance de polar, l'histoire qu'il a créée et surtout sa complexité. Une parenthèse dans la parenthèse, Daz-ini en vient à expliquer que le récit « Speak » n'était pas prévu à la base sur le tracklisting mais servait à remplacer un titre mal mixé.

Tu fais partie un peu d'une catégorie qui a été marginalisée, à savoir un Hip Hop au style soul/jazz marqué, comme Enz, Réel Carter,… et dans une autre mesure Hocus Pocus, Jazz Liberatorz… C'est un rap qui est un peu mis de côté quelque part…
Ce qu'il y a, c'est qu'on donne pas forcément la chance à ce rap d'être écouté. Après c'est vrai qu'il y a une image élitiste. Personnellement, je fais juste la musique que j'aime, après, c'est vrai que si c'était la musique du moment ça serait mortel. C'est élitiste parce que nos références sont plus pointues, on essaie de faire quelque chose de plus mature. Le gros des gens qui suivent la tendance, c'est pas forcément les gens qui ont grosse culture musicale. Nous je pense qu'on fait de la musique pour mélomanes, pour les gens qui connaissent. Alors ça devient élitiste par défaut. Par rapport à la tendance, on essaie d'amener quelque chose de différent, parce que le gros du public, à 15-20 ans, ils ont envie d'adrénaline, ‘nique la police' tout ça, mais c'est compréhensible. J'espère maintenant que ceux que ça touchera apprécieront à sa juste valeur. Tu vois des projets comme Hocus Pocus, Oxmo, Rocé, Abd Al Malik, qui ont déjà ouvert leur musique à un public plus large, ‘non-rap', ça peut laisser une lueur d'espoir mais ça montre aussi la voie. C'est pas un rap fait pour les gens qui ne savent pas vraiment pourquoi ils écoutent de la musique, mais pour un public plus âgé 25-35, des gens de la génération Hip Hop. […] Je sais que les meilleurs retours que j'ai eu, c'était des gens qui écoutaient pas de rap mais qui sont sensibles à ça. Ils se rendent compte qu'on est pas des caricatures, qu'on est des artistes et même si c'est minoritaire, c'est eux que je dois toucher. J'essaie de faire de la bonne musique.

Dans ses propos, Daz-ini apporte un peu d'espoir, celui de voir à nouveau jaillir un hip-hop riche et plus musical. Sur le plan artistique, il aspire à aller au-delà du rap, puisqu'il avoue être tenté par le broken beat (sorte de mélange de house et d'électro anglaise) par exemple. On le reprend en cours de route.

Tu peux me dire comment ça s'est passé au niveau des featurings (Enz, K-Reen, 20Syl,…) ?
Enz, en fait, on tournait avec Kalash, et des fois il y avait Dee Nasty, Dany Dan, Kohndo... Au moment où on tournait avec Kohndo, Enz était son backeur, on a été amené à faire vachement de dates ensemble et c'est comme ça qu'on s'est connu. Enz, Konhdo, Coup ?K de Kalash… Après il y avait des proches comme Mike. Les deux derniers Seism et Madjir, je les ai découvert récemment, Madjir notamment avec son travail avec Trad Vibes, Moar (sur Mes Influences, NdR),… C'est des gars dont j'ai kiffé ce qu'ils faisaient.

Pour 20Syl, ça paraissait étonnant de l'entendre dans un style moins ‘gentillet' tu vois…
Ouais, moins candide que Hocus Pocus mais c'était ça l'intérêt. C'est un pur MC, après sa musique elle est comme ça. De toute façon, vu qu'on est un peu dans la même mouvance, on avait été amené à se rencontrer. Je lui ai demandé simplement par MSN, je lui envoie le son avec la maquette, qui étaient dessus, et lui c'est le seul qui a enregistré de son côté. Avec les autres, on a enregistré. Depuis quelques années, comme il y a pas beaucoup de MCs dans notre mouvance, on se connaît tous un peu, la connexion elle est là de toute façon.
Après K-Reen, c'est vraiment le destin. On s'est contacté par Myspace. Il y a dix ans en arrière, c'était la Hip Hop Queen, la Mary J Blige française, je l'ai toujours kiffé. Ça s'est passé comme ça par hasard, et elle a pris le temps d'écouter et elle kiffait. C'est une opportunité de réaliser un rêve d'avoir un son avec elle, d'avoir K-Reen sur mon album. C'est une des belles histoires de l'album, surtout comme ça par Myspace et qu'elle fait pas beaucoup de featurings. J'ai pris ça comme un honneur et une certaine reconnaissance.

La dissertation sur l'état du Hip Hop en France reprend ensuite de plus belle, et tout y passe : sa culture mise à l'écart depuis quelques années au profit d'un rap sans vraies tendances, les anciens comme NTM et IAM, le problème des clichés et des médias… Le dernier clip de Justin Timberlake passe à la télé, c'est l'occasion de faire l'éloge de cet entertainer d'exception et sortir un peu du sujet, puis de parler des orientations pop et électro de Timbaland et Kanye West… De fil en aiguille, on en revient aux styles de prédilection de Daz-ini, la musique électro et notamment le Broken Beat (en citant les Bugz in the Attic, les sorties Ed Banger), le rock atmosphérique… Hip Hop, musique, tout y passe en long, en large, en diagonale.

Au terme de cet entretien, Daz-ini finit par dévoiler concrètement ses futurs projets, comme le projet d'album en commun avec Mil intitulé humblement L'album de l'année, un album de son groupe Force Pure, réaliser des morceaux en dehors du rap… Mais son principal objectif cette année 2008, c'est de développer son univers artistique (hip hop ou pas) et faire connaître sa vibe au plus grand monde. C'est tout ce qu'on lui souhaite en tout cas !

Version imprimable tirée du site www.Rap2k.com
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